CHRONIQUE

Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 00:41

Mon général, je me présente je suis un artisan-artiste. Les  sfaxiens nous ont  fabriqué un joli  sobriquet  « sta » pour nous nommer, autrement dit, « maître », dans une des innombrables corporations des métiers du bâtiment. Et comme souvent ces « sta »,  je m’adonne à la musique et mon instrument de prédilection est une simple « caisse » qui nous vient du Pérou et que ces derniers nomment joliment « El Cajon péruviano ». Pour tout vous dire, avec cette instrument, j’ai pu exprimer une sensibilité et un trop plein d’émotion en jouant  tous les styles de musique, du jazz, en passant par le flamenco, les rythmes cubains, africains voir asiatiques. Sur You Tube ou Daily Motion, (que votre police du net interdit d’accès)  il se trouve quelques vidéos où je fais une modeste démonstration de mon modeste talent.  Dans mon métier,  la rénovation des vieilles bâtisses, j’ai pu approcher  tous les savoirs faires qui font qu’aujourd’hui  je peux construire, de mes mains, une maison en prenant en considération les derniers développements en matière d’économie d’énergie, d’utilisation de matériaux « nobles », non polluants et qui résistent à l’usure du temps…
Pour parfaire ma « bio », j’ai été renvoyé de tous les lycées de la Tunisie « par décision ministérielle pour participation à des actions de troubles de l’ordre public » le 5 février 1972, à l’occasion de la plus grande manifestation de la jeunesse lycéenne et estudiantine  de l’ère de feu le président Bourguiba, celui-là même que vous avez renversé à l’occasion de votre « coup d’Etat Médical » en 1987, en ce « 7 novembre » jour béni pour tous vos soutiens. C’est dire que je n’ai pas attendu ma cinquante cinquième année (je suis né en 1955, année de l’indépendance) pour manifester ma révolte, celle-ci chemine avec moi depuis mon adolescence et rien n’est venu l’atténuée, pas même l’âge, au contraire…
Mon Général, vous venez d’organiser,  en grande pompe, et aux frais du contribuable, un grand happening que vos thuriféraires et vous-même avaient appelés « élections » présidentielle et législatives. En coordonnant avec quelques amis à Paris un modeste « collectif pour le boycott des élections en Tunisie », nous avons intitulé cette « takhmira »(transe), « farce électorale ». Notre talentueux caricaturiste, le blogueur Z (débat Tunisie) sur le net, vous a taillé un portrait où la finesse du trait et les scénarios de ses bandes dessinées  valent milles programmes politiques. Vous et les vôtres en guise de fin des festivités et alors même que les rues de Tunis portent encore les traces du grand gâchis écologique (ces tonnes de papier imprimé à votre gloire), vous avez lancé votre milice, toujours payé par le contribuable, pour « casser la gueule » à un journaliste, Slim Boughdir, vous avez monté de toutes pièces une cabale contre notre ami journaliste Taoufik Ben Brik, et saisi ce prétexte pour l’embastiller. Il faut reconnaître à cet ami, un talent fou, pour vous brocarder vous et les vôtres, les « humeurs ben brikoises » nous faisaient sentir par l’écrit, et c’est là sa force, la déliquescence d’une société que vous dirigez avec une main en fer depuis vingt deux longues années. Depuis quelques jours nous n’avions plus de nouvelles d’un autre jeune journaliste, Mohammed Soudani, raflé, comme tant d’autres. Auparavant, votre police avait réservé une réception « musclée » dans l’enceinte de l’aéroport à notre ami Hamma Hammami, de retour de Paris où il avait commenté  sur France 24 et El Jazira les frasques de votre règne et appeler au boycott. 
En pleine campagne « électorale » vous avez refoulé l’envoyée spéciale du journal « Le Monde », sous des prétextes fallacieux, et votre presse aux ordres s’est fendue d’une campagne à son encontre dont l’indignité et la bassesse sont une injure à notre intelligence.
Pourtant rien ne laisser prévoir cette dérive répressive. Vous avez été « élu » avec prés de 90%, votre parti, le Rassemblement Constitutionnel Destourien, (« le plus vieux parti du continent africain ») a raflé la « majorité absolue » aux législatives. Vous avez ordonné de remercier les « partis » de décors en leur octroyant, toujours avec l’argent du contribuable, de substantielles prébendes (130 000 dinars pour les candidats « opposants » à la présidentielle, et une belle rente pour les futurs représentants de la future chambre d’enregistrement).
Votre « bilan est globalement positif », toujours selon vos plumitifs, et la Tunisie est appelé durant les cinq prochaines années à chanter vos louanges et profiter de votre « baraka ».
A vous entendre, à vous lire, quand cela est possible, certains papiers n’atteignent pas le seuil minimum de la lisibilité, sont indigestes, injurieux, mal rédigés et pourtant leurs prosateurs sont payés par le contribuable…, la Tunisie baigne dans une véritable « nachoua » (ivresse). Jamais les tunisiens, (jadis Bourguiba faisait remonter sa généalogie à Jugurtha et Hannibal),  ne se sont sentis aussi bien que sous votre règne.
La prospérité dont jouissent mes concitoyens, et vous le répéter à satiété frise le nirvana. 
Vos organes de propagande entonnent la même litanie à propos de la place qu’occuperait la Tunisie dans les différents classements internationaux à propos de tout et n’importe quoi.
Les affiches publicitaires vantant « le soleil », « la mer », « la sérénité », le « jasmin » toujours payées par le contribuable, se chargent de donner l’impression que le Tunisie si proche est un havre de paix. Les tarifs annoncés pour jouir de ce havre de paix sont tellement bas que l’on a du mal à croire que ceux-ci couvrent les véritables coûts du séjour vendu !
Mais votre petite musique sonne faux (et j’ai l’oreille musicale). Cela remonte à ce 5 janvier 2008 où la région de sud-ouest s’est soulevée contre votre tyrannie et l’incurie de votre « clairvoyante direction ».
Le bassin minier de la région de Gafsa, avec ses villes rebelles, Redeyef, Oum El Arayess, Métlaoui, Mdhila etc… ont fait tomber le masque derrière lequel vous vous camouflé.
Comme un seul homme et une seule femme, les populations de ces contrées ont crié leur haine de votre domination, du népotisme et de la corruption que vous avez érigez en système de gouvernement, de la misère noire dans laquelle vous les avez laissés croupir, avec son cortège de chômage endémique, de pollution, de vie chère, d’exclusions.
Durant six mois, vous avez cru pouvoir étouffer leur colère en ceinturant la région avec un cordon policier et militaire. Au final, vous avez fait tirer par vos ganaches, dans le tas, en assassinant de jeunes gens qui ne voulaient plus vivre dans l’indignité.
Pour vous venger, vous avez organisé un simulacre de procès à l’encontre des principaux animateurs de ce mouvement, et vous avez condamné Adnane Hajji et ses camarades syndicalistes à huit longues années de prison. Et pour parfaire votre vengeance, vous avez condamné par contumace, mon ami Mohiédine Cherbib, simple employé d’hôtel à Paris, et animateur avec nous d’un Comité de soutien avec les populations du bassin minier de Gafsa, à deux années de prison « pour complot et participation à bandes organisées »… Vous vouliez par ce geste nous menacer à travers cette condamnation comme vous l’avez fait en arrêtant le jeune rédéfien de Nantes, de retour au pays pour se marier, et qu’une campagne de dénonciation internationale a arraché de vos griffes. Les citoyens tunisiens vivant à Nantes et dont une grande partie sont originaires du bassin minier avaient manifesté, nombreux, en solidarité avec leurs proches.
Vous vous êtes acharné, sur un médecin psychiatre, Mr Ahmed El Eich, de retour à Tunis après un long exil, le condamnant à son tour et manière expéditive dans un simulacre de procès, à trois ans de prison, pour « ancienne appartenance » au mouvement Ennahdha ; il a fallu une formidable mobilisation de ses collègues et une pétition internationale pour l’arracher à votre vindicte.
Comme une mauvaise nouvelle ne vient pas seule, la même année qui a connu le mouvement de protestation le plus massif depuis votre « coup d’Etat médical », a vu se déclencher le « tsunami » qui a emporté le système capitaliste dans une de ses crises systémiques dont notre cher Karl Marx avait décrit, il y a plus d’un siècle et demi, le secret. Les plumitifs et les portes flingues de ce système ont beau se rassurer tous les matins en guettant l’improbable « sortie de crise » tant claironnée, on peut affirmer avec certitude qu’on est loin de l’éclaircie souhaitée. Les plus sérieux des analystes nous annoncent, des jours à venir, plutôt turbulents.
Vos thuriféraires ont beau s’échiné à nous expliquer que la Tunisie est sortie « indemne » de cette épreuve rien ne vient étayer leur thèse. Faut-il vous rappeler, que depuis début 2008, vous avez fait sauter les dernières protections douanières, dans le cadre de l’ouverture toujours prononcée du pays vers l’extérieur. Que les privatisations des derniers services publics vont bon train et que vous continuez à parier sur « l’émergence » par l’export et l’ouverture des frontières alors même que vos maîtres à penser nous tiennent un nouveau langage sur « la moralisation du capitalisme », « le rôle déterminant de l’Etat », « la nécessaire protection contre le dumping » et autres « joyeuseries ».
Tous les indicateurs que l’on peut analyser de manière fiable montrent que la Tunisie est rentrée dans une zone de turbulence. Mais, cela, mon Général, c’est aussi un classique déjà expérimenté par des pays beaucoup plus armés que la petite Tunisie. Nous avons encore en mémoire les crises d’Argentine, du Mexique, de Thaïlande…. Avec leur lot de  faillites en cascades, de fortunes défaites, de paupérisation des fameuses « classes moyennes ». L’accumulation-expropriation connaît des cycles avec un stade qui s’apparente à la naissance, ensuite nous avons un âge qui est celui de la peine possession des moyens ou âge mûr et vient enfin celui du troisième âge et la sénilité (et vous en connaissez un rayon mon Général, sans vous vexez).
Vous qui adorez les chiffres, nous pouvons vous en fournir. Ce que vous dilapidez dans vos agapes bachiques provient d’un impôt dont l’assiette repose essentiellement sur la population salariée. Le différentiel entre le capital et le monde du travail est de 20 points, correspondant aux deux décennies de votre « bonne et clairvoyante gouvernance ». Dans les années quatre-vingt, avant votre « coup d’Etat médical », la richesse produite était partagée à 60% pour le monde du travail et 40 % pour le Capital. Aujourd’hui, ces chiffres se sont inversés. 60% vont dans vos poches (la revue Forbes estime votre niveau de richesse personnelle à 5 milliards de dollars !) et celle de vos soutiens familiaux et autres ; les 40% restant sont à partagés par la majorité de la population ; salariés, petits artisans, petits commerçants, petits agriculteurs, jeunes précaires (avec ou sans diplômes) etc…
La fraude fiscale dont vous et vos amis sont responsables est estimée selon vos propres officines officielles à 747 milliards, et ce n’est qu’une estimation officieuse.
Les salaires en dinars constants n’ont pas bougé depuis votre prise de fonction en 1987. Votre beau-frère, le nouveau « riche » Belhassen Trabelsi est fier d’agiter le chiffre de 5000 dinars comme moyenne de revenu perçue en Tunisie. 5000 dinars étant une moyenne !!! cela nous donne un salaire mensuel moyen de 416 dinars.  Nous voudrions simplement lui demander comme on le fait dans la fameuse émission française « vie ma vie » de tenter de sortir de son ensorcellement et de tenter de vivre, un seul mois, avec cette somme, en ayant à charge, une famille lambda ; papa, maman et deux enfants.
Avec les 416 dinars, nous voudrions qu’il nous fasse la démonstration que cela possible, que cela est faisable.
Nous lui facilitons la tâche, nous présupposons que la famille en question est propriétaire de son logement (les tunisiens sont « propriétaires » de leur logement à plus de 80% selon la propagande officielle), que papa et maman travaillent. Que les deux appartiennent à cette « classe moyenne » tant vantée par les thuriféraires du régime. Etes- vous  prêt à tenter l’expérience, Monsieur Belhassen Trabelsi !
Ces « nouveaux riches » ensorcelés par la rapidité avec laquelle ils ont fait fortune, vivant dans de véritables bunkers avec gardes armés et vidéosurveillance, ne circulant que dans des limousines derniers cris (pour certains ce sont les fameux « Hammers » américains à plus de 100 000 euros l’unité), ne fréquentant que leurs semblables dans des palaces et clubs « Wall disneyen », la réalité du petit peuple  leur est presque inconnue. (voir les chroniques de notre ami Ben Brik sur Nouvel Obs et Médiapart).
Ils ne vivent pas dans le même pays. Et lorsqu’ils se sentent à l’étroit dans les banlieues chics de la capitale, ils viennent s’aérer les neurones et faire du shopping à Paris, à Londres ou ailleurs, descendant dans des palaces où les suites sont facturées plusieurs milliers d’euros la nuitée.
Aujourd’hui, ce sont entre 150 000 et 200 000 jeunes qui se trouvent au chômage, avec différents niveaux d’études et de diplômes. L’Etat a créé différents dispositifs d’aides à l’emploi des jeunes diplômés. Aujourd’hui, le contribuable participe pour moitié dans la rémunération des jeunes diplômés employés pour la première embauche. Leur salaire tourne autour de 300 dinars (150 euros) avec prise en charge de la moitié du salaire par les subventions. Et même à ce prix, les employeurs rechignent ou « oublient » d’honorer les charges sociales afférentes à ces salaires.  Aujourd’hui, il y a une véritable bombe à retardement constituée par ces dizaines de milliers de jeunes qui à 76% d’entres eux déclarent, dans une enquête effectuée auprès d’un panel de jeune de 15/30 ans, ne désirer que « fuir l’enfer » qui leur est réservé au pays des « miracles ».
Mon général, vous avez le don de la prestidigitation, vous êtes un magicien producteur de miracles.
Vous avez prétendu être à l’origine de la métamorphose du pays depuis votre avènement. Votre prédécesseur, Bourguiba, nous a fait « peuple » à partir d’un amas de poussières. Vous vous targuer d’avoir fait de la Tunisie, un pays « émergeant » qui caracole en tête des classements. A l’heure des bilans, le compte n’y est pas. Si on peut constater que vous et votre « smala » aviez amoncelé une richesse qui se chiffre en milliards de dollars et qu’une bonne partie de celle-ci a été mise à l’abri (avant le tsunami financier !) des paradis fiscaux. Vous vous êtes mis en tête d’édifier un château en Argentine (pourquoi si loin !!). Sans compter vos biens « mal acquis » possédés un peu partout dans le monde. Votre beau fils, le petit prince bigot Sakhr vient, à 29 ans, d’acquérir une superbe villa à 2,5 millions de dollars au Canada et a fait accoucher votre fille au Canada afin que votre petit-fils puisse acquérir la nationalité canadienne (on n’est jamais trop méfiant). Le même beau fils, El Materri, vient de s’offrir une banque au capital de 30 milliards, la fameuse Banque Zitouna. Au tour de table du conseil d’administration de celle-ci, on trouve les nouveaux « barons » tunisiens, milliardaires qui ont « fait leur chemin » sous votre règne, mon Général.
Il faut les voir, la mine réjouit, autour du petit prince bigot, posant pour la photo de famille autour de celui en qui ils voient un successeur à votre généralissime.
La Tunisie sort exsangue de 22 ans de règne despotique. Certains souhaitent prolonger encore cinq bonnes années leur festin. C’est ne pas prendre en considération les clignotants qui virent au rouge les uns après les autres. Ce n’est pas le tintamarre de cette « récréation », pour reprendre le bon mot de Mustapha Ben Jaafar, qui peut cacher plus longtemps le début de ce qui s’annonce comme les signaux d’une fin de règne.
Ce ne sont ni vos menaces, ni celles de vos portes flingues, qui pourront dévier le cours des choses. La peur a changé de camps. Il y a aujourd’hui, dans la jeunesse, dans les rangs des travailleurs et des salariés un vent de fronde annonciateur de contestation de masse de votre tyrannie et de la tyrannie de la classe bourgeoise « samsara » qui a amplement profité durant ce dernier quart de siècle. Bourguiba a vu son aura dégringolé à partir de notre mouvement du 5 février 1972 où nous avions été des dizaines de milliers à crier dans la rue « qu’avec ou sans études, il n’y a point d’avenir » (« Takra oula ma takrach moustakbal ma famach »). La grève générale du 26 janvier 1978 a été le moment où le pouvoir a vacillé et vous étiez déjà là, mon Général, pour l’empêcher de tomber. La suite vous la connaissez mieux que quiconque puisque vous étiez aux premières loges. Dans ces conditions, il n’est pas question de vous faire un dessin. Juger simplement par ce qui se passe autour de vous si vous êtes encore capable d’avoir les « bon conseils » et les bons rapports de police sur la colère qui monte, qui monte.
Je crains fort que comme, Bourguiba, vous avez tellement multiplié les niveaux de responsabilité de votre appareil de répression, cloisonné les départements de police et de sécurité, joué ces départements les uns contre les autres pour empêcher qu’il ne vous arrive la même mésaventure que votre prédécesseur, que vous vous trouviez aujourd’hui au milieu d’un échiquier où vous n’êtes plus le seul maître du jeu.
Rappelez-vous les mésaventures de tous les dictateurs de ce dernier quart de siècle ! Ils sont passés à la trappe. Qui se rappelle encore de « l’aigle des Carpartes », du « génie de Bagdad », qui se rappelle aujourd’hui de votre ami Jaruzelski, ou de son compère Est Allemand Honnequer et sa fameuse police tant redoutée « la Stasi ». Tous balayés…
Certes sur le continent africain vous ne devez pas vous sentir seul. Les dictateurs de votre acabit sont en bonne forme. Khadafi au Sud et Bouteflika à l’Ouest vous font sentir une solidarité sans faille. Protégé sur ces deux frontières par des voisins avenants cela vous laisse penser que rien ne vous atteindra.   Mais la vieille taupe creuse lentement et s’apprête à refaire surface.
Dans notre Maghreb, les craquements se font sentir. Nous avons eu la révolte de Gafsa, suivi de celle de Sidi Ifni au Maroc, aujourd’hui c’est au tour des gueux de la bien nommée « Cité Echams » (Cité Soleil) en plein centre d’Alger, de s’en prendre à la tyrannie de Bouteflika. La bonne vieille taupe creuse je vous dit…
Hamadi AOUINA
Le 02 novembre 2009

Par TUNISIE STOP TORTURE - Publié dans : CHRONIQUE
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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /2009 02:37
 

TUNIS, (TNA) 

 

On s’embrasse, crie, hurle, siffle, se congratule, klaxonne, danse, chante : c’est une explosion de joie qui envahit les rues de Tunis. Le président Zine el-Abidine Ben Ali vient de démissionner, sous la pression du peuple. Une "révolution de jasmins" qui n’a pris que deux jours et n’a pas fait couler le sang.

"Je n’arrive pas à croire que tout cela est vrai. Quand je suis née, il était déjà directeur de la Sécurité militaire. Quand je me suis mariée, il était président de la république. Quand je suis devenue mère, il était toujours là. Je craignais qu’il ne soit là quand je serai grand-mère" : pour Mejda Rahmouni, juriste de 32 ans, "la Tunisie entre enfin dans son XXIe siècle, celui du bonheur et de la liberté".

Les Tunisiens ont oublié ce soir que Ben Ali, qui a dominé la vie politique de la Tunisie depuis 1987 et jusqu’à sa démission forcée dimanche, avait su, du temps de la guerre civile en Algérie, faire de la petite république tunisienne un îlot de bien-être, et qu’il fut l’un des principaux artisans de l’accord d’association avec l’Europe.

Ils ne gardent en mémoire que la corruption massive engendrée par son système de pouvoir et la lassitude de vivre depuis quinze ans sans liberté d’expression ni respect des droits humains les plus élémentaires.

La Tunisie se sent libérée. "Les voix, qui avaient été ignorées et volées lors des législatives, sont finalement reconnues", dit Omar, hilare. La falsification du scrutin, dénoncée par l’opposition radicale, a été l’un des principaux moteurs de la mobilisation de la population.

Et, de mémoire de Tunisiens, Tunis n’avait jamais vu une si grande manifestation que celle organisée samedi. 50.000 personnes, 100.000, et même peut-être plus. L’opposition, sans résistance des forces de l’ordre, a pris le contrôle du parlement, du palais de la présidence à Carthage, pour finalement obtenir le départ du chef de l’Etat.

"Qui va prendre votre succession ?" "Ce n’est plus mon problème", déclare Ben Ali sur la chaîne de télévision officielle Canal 7. Un écran géant installé devant le Parlement au Bardo, où des milliers de partisans de l’opposition campent depuis samedi, retransmet les images.

La foule hurle. Des feux d’artifice éclatent. Les rues se remplissent à une vitesse folle. "Vive la Tunisie sans Ben Ali". "A notre victoire". La musique éclate. Les klaxons ne s’arrêtent plus. On danse, on se promène les enfants sur les épaules, drapés dans le drapeau tunisien.

"Liberté, Fraternité, Egalité" : dans le désordre, mais en français, une banderole géante affiche le slogan sur un abri-bus. "Good Bye Zaba !", dit une autre en anglais.

Mounir Mokrani, leader du Mouvement national, qui a pris la tête de la contestation depuis trois semaines, vit "le plus beau jour de sa vie".

Il l’avait déjà dit samedi, alors que l’hymne national résonnait pour l’opposition dans le Parlement envahi par ses partisans.

Dimanche, le bonheur est à son comble. "La décision courageuse de Ben Ali restera dans l’histoire", dit-il en sortant de la résidence du président à Hammamet où il était entré peu de temps auparavant accompagné de Béchir Lahmar, un des leaders du Bloc démocratique.

Ben Ali, le vieux "super-flic" de Bourguiba, fatigué, lui, "rentre à la maison". "Ce n’est pas une tragédie", confie-t-il très dignement : "j’ai beaucoup de travail, je vais pouvoir me dédier entièrement à la préparation de mon bac".


Source . http://www.tunezine.com/article.php3?id_article=8

 
Omar Khayyâm


Omar Khayyâm
Par TUNISIE STOP TORTURE - Publié dans : CHRONIQUE
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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /2009 02:31
Article du journal Liberation traduit du togolais par O.K.

Désigné à la mort de son père, le président tunisien Mohamed Zine El-Abidine est incité à la démission.

Tunis, envoyée spéciale dans le futur

Quasiment inconnu avant la mort de son père, le général-président Ben Ali, Mohamed Zine El-Abidine Ben Ali apparaît aujourd’hui comme l’homme qui détient les clés de la crise en Tunisie. Avant de prendre manu militari les rênes du pouvoir, le 5 février, cet homme de 20 ans n’avait jamais fait parler de lui. Le titre de l’article consacré à son investiture dans le quotidien La Presse est à cet égard éloquent : « Faisons connaissance avec le chef de l’Etat. » Mais son règne pourrait être de courte durée. L’Union Africaine (UA) exige sa démission avant d’abroger les sanctions instaurées contre Tunis. Hier, l’Union européenne a exigé le « retour sans délai à l’ordre constitutionnel et légal » en Tunisie.

« Missions discrètes ». Quand les Tunisiens évoquent Mohamed Zine Ben Ali, c’est sans animosité contre sa personne. « Il n’est pas mauvais. Hormis la manière dont il est arrivé au pouvoir, je ne peux pas dire qu’il a démérité », souligne l’un des principaux opposants. Jusqu’à son accession au trône, Mohamed Zine El-Abidine était étudiant en télécommunications. Il partait souvent en voyage « pour des missions discrètes », explique un proche du pouvoir. Mais il était surtout chargé de gérer les affaires de son père. Autrement dit, les finances du pays. « On n’a rien contre lui, il n’a rien à faire là, c’est tout », estime un responsable de l’opposition.

Technocrate. Si l’on en croit sa biographie officielle, Mohamed Zine porsuit depuis 3 ans ses études supérieures à l’Ecole Nationale de Télécommunications et de Radiodiffusion. Ce parcours universitaire explique sa réputation de « technocrate » et de « bon gestionnaire ». Pour certains, il jouit d’une image de rassembleur en raison de son pedigree : sa mère est du clan Trabelsi de Tunis, son père du clan des Ben Ali du Sahel, et il a été élu député de Carthage à l’âge de 18 ans.

Dans les cercles du pouvoir, sa nomination est tout sauf une surprise. « Il n’est pas exagéré de dire qu’il y avait un consensus autour de son nom. Cela faisait longtemps que le remplacement de Nassima Ghannouchi à la tête de l’Assemblée était discuté », explique le ministre de la Communication, Samir Ben Rayyana. La Constitution prévoyait un intérim de deux mois maximum du chef de l’Assemblée en cas de décès du chef de l’Etat. Au lendemain de la mort du « Vieux », Mme Ghannouchi a été destituée à la va vite pour faire place à Mohamed Zine. « Le casting était déjà prêt, mais Ben Ali est mort trop tôt », résume un diplomate.

Mohamed Zine est perçu par certains observateurs comme « la caution civile des organes la Sécurite ». Sans grande expérience politique et sans pouvoir. Pour toute référence militaire, sa biographie officielle mentionne son passage comme stagiaire au lycée militaire de Bizerte. « Il ne fait pas ce qu’il veut, il n’a pas les mains libres » : tel est le leitmotiv entendu à Tunis. « Une marionnette ? C’est mal le connaître et mal connaître la Tunisie », rétorque Samir Ben Rayyana, dans une allusion au rôle que jouait Mohamed Zine auprès de son père. « Ben Ali disparu, on découvre aujourd’hui dans les allées du pouvoir, des éléments plus durs, appuyés sur des réseaux financiers, dont des réseaux mafieux. Mais c’est la veuve du président défunt, Leila Trabelsi, qui a les clés des comptes de Zurich », confie un diplomate.

Modernistes. Alors que les portraits de son père sont encore placardés dans les ministères, Mohamed Zine aura du mal à incarner un quelconque renouveau. Même s’il est, au sein du Rassemblement Constitutionnel Démocratique, comme le chef de file des modernistes. Selon le ministre de la Communication, « Mohamed Zine est là pour respecter la voie tracée par le défunt Zine El-Abidine Ben Ali ». Une voie qui apparaît aujourd’hui comme une impasse.

http://www.tunezine.com/article.php3?id_article=662
Omar Khayyâm
Omar Khayyâm
24-02-2005
Par TUNISIE STOP TORTURE - Publié dans : CHRONIQUE
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Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /2009 22:28
On s’est tous un peu habitués depuis vingt ans aux fugues de l’éternel candidat Ben Ali. L’on savait cette "bête" politique quelque part à serrer des mains, à prendre des bains de foule, à présider des meetings, à tenir des conférences virtuelles à partir de son bunker de Carthage où notre as du virtuel se réfugie le plus clair de son temps au milieu de "ses" fils électriques, "ses" caméras, "ses" écrans, bref toute la panoplie nécessaire à un plombier qui se respecte… Les plombiers, pour ceux qui l’ignorent, sont ces barbouzes qui, dans les années 70, ont été prises la main dans le sac en tentant de s’introduire dans les bureaux du journal satirique "Le Canard Enchaîné" pour y installer un système d’ écoutes.

Déguisé en boucher

Mais chez nous, en Tunisie, c’est différent. Tout est transparent depuis qu’en 1988, une émission de télévision nous a fait visiter les ateliers présidentiels de "l’ingénieur-président", de blouse blanche vêtu, blouse dont l’éclat n’était pas sans nous rappeler la tenue d’un boucher s’apprêtant à étaler les tripes et les têtes de son gibier…

Aujourd’hui, les victimes sont embarrassées de ne plus regarder leur bourreau sur les écrans de télé. A quelques jours de la cinquième grande imposture d’octobre, le Général est tout à la fois un Président absent et un candidat fantôme. Il déserte l’arène dans laquelle il est censé apporter sa vision prophétique quant aux questions de l’heure et les problèmes qui agitent le monde.

La télévision, les journaux nous en parlent comme d’un dictateur occupant plus que jamais les espaces médiatiques. Mais la rue, elle, y va de ses rumeurs les plus invraisemblables. Et il y a de quoi : disparaître de la scène depuis bientôt trois semaines est de nature à alimenter toutes sortes de thèses. Prions pour ne pas voir surgir un zombie ou un sosie le 25 octobre devant des urnes préalablement bourrées de faux bulletins, devant de faux électeurs, de faux journalistes, de faux observateurs.

Enregistrement télé en trompe-l’oeil

Que l’on ne nous reproduise pas la comédie du conseil interministériel sur l’eau dans la région de Gabes, enregistrée longtemps auparavant et diffusée pour couper court aux légitimes spéculations !

Il y a des lustres que le bon peuple n’est plus dupe, et craint surtout, dans ces mauvais jeux de rôle, que Zinochette se substitue à Zinochet sans y voir que du feu. Et pour cause : jamais Leïla n’a autant tenu son rôle de "Régente". Elle est partout, elle ordonne de tabasser Hamma Hammami à son retour de Paris où il avait insisté sur son détournement des deniers publics avec son clan ; au même moment, elle rend visite aux personnes du 3ème âge pour leur caresser les mains et leur tapoter sur les épaules telle une bonne mère de famille. Elle fait envahir Paris et les grandes villes françaises par les sbires à sa solde pour rafler un livre qui la déshabille et la peint sous son vrai visage, pendant que son mari alité n’en a pas fini la re-lecture, dit-on.

Annonce d’un faux meurtre d’opposant

"Ses" Services créent pour elle toutes sortes de diversions, comme ce lundi 5 octobre où il fut annoncé le meutre à Montréal de l’opposant Tarak Mekki. L’ignominie de ce régime ira jusqu’à diffuser une vidéo sur Dailymotion, avec lecture de versets coraniques, sans le moindre égard pour les proches et la famille du faux défunt.

Et les Tunisiens s’interrogent sur les lendemains qui déchantent déjà.
"Un seul être (leur) manque et tout est dépeuplé", comme ronronnait le poète…

Slim BAGGA


"Bakchich"
6 octobre 2009 à 18h37
Par TUNISIE STOP TORTURE - Publié dans : CHRONIQUE
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Samedi 1 novembre 2008 6 01 /11 /2008 00:12

Après la tenue de la deuxième réunion préparatoire du Sommet mondial de la société de l'information ( SMSI ) à Tunis en novembre 2005, les relations diplomatiques se sont dégradées entre le gouvernement de Ben Ali et la Suisse, co-organisatrice de cette manifestation sous l'égide des Nations Unies.
Président de la Confédération hèlvétique durant cette période, Samuel Schmidt n' a pas hésité, à Tunis même et en direct à la télévision du pays, de demander l' application concrète des fondements du SMSI, à savoir l' ouverture à la liberté des médias, le libre partage des informations, du savoir et des opinions sur Internet, ici  même, en Tunisie. Il s' est ensuite prononcé pour la mise en exergue, durant cette deuxième phase tunisienne du Sommet sur la société de l'information, de l' article 19 de la Déclaration universelle des droits humains, précisant que la liberté d' expression constitue un droit humain fondamental dans toute société réellement démocratique.
Son discour en direct sur la chaine tunisienne 7 a été coupé, l' ambassadeur tunisien à Berne rappelé et un chargé d' affaires l' a remplacé pour expédier les affaires courantes jusqu' à la nomination de Mme Rafi'a El Imam Bawandi en tant que nouvelle ambassadrice à la fin de cet été 2008.

Cet incident a fait le tour de la planète et discrédité le pouvoir tunisien qui, sous le coup de la colère de ses dirigeants, a démontré clairement qu' il ne tolètre aucune critique et qu' il est véritablement répressif. Le rappel de l' ambassadeur tunisien à Berne et la vacance  de cette charge durant près de trois ans n' a été profitable ni aux immigrés tunisiens travaillant et résidant en Suisse, ni aux échanges économiques entre les deux pays ni à l'investissement suisse en Tunisie.

La colonie tunisienne en Suisse s' attendait à ce que la nouvelle ambassadrice Mme Rafi'a El Imam Bawandi allait se réunir avec ses membres, s' enquérir de leurs besoins et de leurs conditions, entendre leurs doléances et essayer de résoudre leurs nombreux problèmes. Peine perdue et l' ambassadrice de Tunisie à Berne s' est contentée d' envoyer à chacun des Tunisiens de Suisse cette invitation, datée du 18 septembre 2008 en tant qu' inauguration de son poste : " Dans le cadre de la bienveillance qu' accorde le président de la République Zine Eddine Ben Ali aux membres de la communauté tunisienne de l' étranger et notamment ceux de la deuxième et troisième génération pour leur permettre de célébrer les diverses fêtes musulmanes, ce qui leur permet de s'attacher encore plus à leur religion et à leur patrie, il nous plait de vous inviter à la soirée de célébration de la nuit du destin ( léalatou el kadr ), et ce le 25 septembre, à l' hotel Warwick, à Genève, à 21 heurs 30 ".

Faut-il rappeler ici qu' à Genève, où vivent près de 30.000 Arabes, il ya plusieurs lieus de prières et principalement la mosquée du Petit Saconnex, le Centre islamique et plusieurs associations islamistes. Les Tunisiens de la Cité de Calvin n' ont donc aucun problème pour célébrer la nuit du destin. Ils ont au contraire d ' autres préoccupations plus sérieuses à résoudre d' autant plus qu' ils manquent d' organisations, contrairement aux autres communautés étrangères, pour règler eux-mêmes leurs problèmes.

Que le gouvernement tunisien ait opté pour l' envahissement du champ islamique pour l' intègrer à son idéologie et couper ainsi l' herbe sous les pieds d' Ennahdha et d' autres courants religieux, c' est son choix bien que cette stratégie ne sert à long terme que les adeptes de Cheikh Ghannouchi et son clan. Mais delà à voir l' ambassadrice de Tunisie à Berne mettre en priorité la célébration de cette fête religieuse avant de se présenter à ses compatriotes résidant en Suisse et s' enquérir de leurs problèmes et de leur conditions de vie, c' est vraiment un comble et une mauvaise appréciation de ses actions diplomatiques et sociales.
Si notre ambassadrice à Berne rétorque qu'elle n' est pas là pour faire l' assistante sociale et que son travail est d'abord et surtout d' ordre diplomatique, alors on lui répondra qu' à ce moment, et pour être logique avec elle même, il ne faut pas qu' elle s' adonne à une mission de prosélytisme ni à une fonction de propagantisme de l' idéologie destourienne auprès des immigrés tunisiens en Suisse.

 Lorsqu' un nouveau ambassadeur débarque en Suisse, il est vite mis sous l' influence du personnel de l' ambassade qui lui présente la situation des Tunisiens résidant en Confédération hèlvétique sous les meilleurs auspices. C'est exactement comme losqu' on change de gouverneur ou de délégué dans les régions de  Tunisie, le oumda, le président de la municipalité, le secrétaire général du comité de coordination et les différents élus du parti au pouvoir RCD prennent en charge le nouveau nommé et lui cache la réalité du gouvernorat et de la délégation.

En Suisse, les Tunisiens y résidant sont livrés à eux-mêms et certains d' entr' eux ont fini par se diriger vers les organisations islamiques , la Mosqué du Petit Saconnex, le Centre islamique et l' association créée par les membres d' Ennahdha réfugiés en Confédération hèlvétique. Certains ne recoivent même pas une convocation pour les élections qui se passent dans le pays parce qu' ils sont opposants au régime de Ben Ali.
Et pourtant, les Tunisiens de Suisse envoie chaque année plus de dix millions de dinars dans leur pays. Ils demeurent ainsi de simples vaches à lait puisqu' ils ne bénéficient même pas d' une réduction sur les billets d' avion et de bateaux lors des vacances d' été et même de décembre, considérées comme des périodes de haute saison durant lesquelles toute faveur se trouve suspendue!

Houcine.ghali@bluewin.ch

Par Houcine Ghali / Genève - Publié dans : CHRONIQUE
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Mercredi 17 septembre 2008 3 17 /09 /2008 15:18

Zakia Dhifaoui est en prison. Militante de la premiere heure au FDTL, responsable au sein de la fédération régionale à Kairouan où elle est correspondante du journal Mouatinoun, elle est aussi très active dans le champ associatif ( LTDH, ATFD et AI) et syndical ( UGTT).
C’est pour tout cela qu’elle a été arbitrairement arrêtée quelques heures après avoir couvert dans la ville de Rdeyef une manifestation pacifique qui a rassemblé plusieurs certaines de femmes en solidarité avec les familles des militants emprisonnés à la suite du mouvement de contestation sociale qui s’est développé dans la région du bassin minier de Gafsa tout au long du premier semestre de 2008.
La suite, on la connait. Un interrogatoire musclé dans les locaux de la poBVV lice à Gafsa suivi d’un simulacre de procès semé d’irrégularités touchant aussi tien la procédure que le fond et aboutissant, le 14 Août 2008, à une condamnation à huit mois de prison ferme qui par sa sévérité a surpris tous les observateurs et en premier lien les avocats venus en grand nombre pour révéler le vide juridique et dénoncer le non droit.
L’instrumentalisation de la justice pour régler ses comptes avec les opposants est une pratique coutumière du pouvoir. C’est l’acharnement contre Zakia et la sanction «  exemplaire » dont elle est victime qui suscitent surprise et indignation.
L’explication est dans la frilosité extrême du autorités à propos de tout ce qui touche la situation dans le bassin minier. Une frilosité qui frise l’obsession, et suscite toute sorte de dérapages allant jusqu’à extorquer des aveux sous la menace de viol...
Les autorités en veulent à tous les activistes. C’est un fait établi et les exemples ne manquent pas. Elles ont tout fait pour isoler Rdeyef, la ville la plus remuante. Elles en veulent à Zakia d’être venue «  d’ailleurs »  et d’avoir franchi l’infranchissable frontière cadenassée de Rdeyef. Comment expliquer autrement qu’elle fut seule à être arrêtée parmi les centaines de femmes présentes à la manifestation du 27 juillet ?
Il y a aussi le « crime de solidarité » avec ceux et celles que le pouvoir a décidé de combattre. Là aussi Zakia a enfreint la règle imposée du chacun pour soi dans un pays où le pouvoir veut décider de tout et prétend  être à la fois l’Etat et la société.
C’est aujourd’hui mercredi 10 septembre que  Zakia passe devant la cour d’appel de Gafsa. La voix de la raison et du droit finira t- elle par se faire entendre¨.

(Source : « Mouwatinoun » (Hebdomadaire – Tunis), organe du FDTL, N° 73 du 10 septembre 2008)

Par JOURNAL Mouwatinoun - Publié dans : CHRONIQUE
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Dimanche 7 septembre 2008 7 07 /09 /2008 01:08

En périodes de turbulences, nos blogs jouent un rôle informationnel de tout premier plan. Que de trop nombreux titres de nos médias «reconnus» ont renoncé à jouer. Ils se sont mis gentiment sur la touche, pour laisser la parole aux jeunes. Tant mieux, puisque l’année leur est consacrée ! Le dialogue avec les jeunes passe désormais aussi par le net. Et ils ont la langue bien pendue ! Sur les blogs les phrases sont lapidaires, ce qui n’offre guère d’espace à la redondance, et autres discours ronronnants. Pour diverses raisons, bien connues des Tunisiens.
Paradoxalement, même des journalistes généralement «bien informés», commencent leur journée par une lecture attentive de quelques blogs. Et depuis l’avènement des «agrégateurs», ces sites qui rassemblent sur une page les commentaires de dizaines de blogs différents, la tache n’en est que plus aisée. La blogosphère tunisienne a déployé ses ailes pour s’intéresser à tous les domaines touchant le Tunisien.
Nous n’avons pas, dans la presse écrite traditionnelle, des journaux spécialisés dans le marketing et la publicité, par exemple. Des blogueurs tunisiens ont pallié ce manque. Analysant, décortiquant les campagnes de pub, et donnant leur point de vue de professionnel. Car quoiqu’on en dise, ce ne sont pas toujours des amateurs qui s’expriment sur le Net. Mieux : ce sont souvent des professionnels chevronnés, passionnés par leur métier, qui font profiter leurs lecteurs en ligne de leur expérience. Quelques uns commencent même par faire autorité.
Les blogueurs y gagnent en notoriété, leurs lecteurs acquièrent des connaissances introuvables sur d’autres supports. Vu que la presse spécialisée dans les hautes technologies, le marketing, et autres secteurs pointus de l’économie, est encore à ses premiers balbutiements dans notre pays. Sans même parler de la presse satirique tunisienne, autrefois florissante, et qui s’est aujourd’hui perdue. Voilà que nos blogs s’y mettent aussi ! Des plumes acérées (quoique le mot clavier aurait été plus approprié), un sens de la dérision parfois poussé, que l’on aimerait trouver plus souvent dans nos journaux imprimés.
Et quand les agrégateurs de blogs ne suffisent pas, restera toujours la possibilité de suivre les liens que les blogueurs mettent sur leur site. Offrant ainsi la possibilité aux internautes d’approfondir leurs recherche dans le même champ d’intérêt. Que l’on soit intéressé par le haut débit (pas si haut que ça, dans nos contrées), ou par les dernières actualités concernant la communauté tunisienne au Canada, le raccourci des blogs permet de gagner du temps, et de s’informer sur des sujets généralement soit délaissés, soit traités à la légère par une presse qui, décidément, s’éloigne des intérêts de ces concitoyens.
Certains mettent pourtant en cause la crédibilité de nos blogueurs. Ces derniers ne la revendiquent pourtant pas. Puisqu’il s’agit clairement d’opinions personnelles, d’impressions individuelles a priori non-généralisables. Mais le nombre tous les jours croissant de blogs traitant d’un même sujet, permet pourtant d’obtenir une image nette de la réalité évoquée. Et après tout, la «presse classique» n’est pas, à cet égard, tout à fait irréprochable. On ne compte d’ailleurs plus les journalistes qui, parfois, après plus de 30 ans de carrière, sont venus renforcer les rangs du net, par blogs interposés. Si les blogs et les portails d’informations sont florissant, c’est aussi, peut-être, parce que les tenants de la presse traditionnelle, leur ont abandonné le terrain. Tant mieux pour le net tunisien. Dommage pour nos quotidiens.
(Source : webmanagercenter.com (Portail d’infos – Tunis), le 11 juin 2008 à 05h33)
Lien:
http://www.webmanagercenter.com/management/article.php?id=43503

Par Oualid CHINE - Publié dans : CHRONIQUE
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Mardi 12 août 2008 2 12 /08 /2008 03:05
Le second président tunisien, Zine el-Abidine Ben Ali, a poursuivi la voie tracée par le fondateur de la Tunisie moderne vis-à-vis des femmes et comme son prédécesseur accordé à son épouse un rôle important dans la vie politique. Un article extrait que le magazine Matalana n°12, actuellement en kiosque, consacre aux « amours présidentielles » au Maghreb.
Par Khaled A. Nasri
Habib Bourguiba restera comme le libérateur de la femme tunisienne. Mais Zine el-Abidine Ben Ali, son successeur, au pouvoir depuis le 7 novembre 1987, est le continuateur de cette oeuvre. Car, s’il n’est pas à l’origine du Code du statut personnel (CSP), il est directement responsable de plusieurs de ses améliorations, notamment un amendement, remontant à 1993, très important sur le plan symbolique : celui consistant à donner la possibilité à la femme de transmettre la nationalité tunisienne à sa progéniture, chose jusqu’alors impossible dans le monde arabe. Mais le plus grand des mérites de Zine el- Abidine Ben Ali est sans doute celui… de n’avoir pas abrogé, pour raisons de convenances personnelles, ce fameux CSP en réintroduisant la bigamie ! Une hypothèse pas si farfelue que cela. Explication : en 1988 : les islamistes, qui constituaient une force politique puissante, réclamaient à cor et à cris son abrogation. Et le tout nouveau président, qui était à l’époque déchiré entre deux femmes, son épouse légitime et sa maîtresse, aurait pu… couper la poire en deux, et, sans rétablir la polygamie, pour ne pas donner l’impression de renier entièrement Habib Bourguiba, autoriser, à titre exceptionnel la bigamie. Il ne l’a donc pas fait.
Zine el-Abidine Ben Ali, né le 3 septembre 1936, à Hammam Sousse, est entré dans l’armée immédiatement après l’indépendance. Avec d’autres jeunes recrues, il est envoyé en France parfaire sa formation militaire, et, à son retour en Tunisie, est affecté au service du général Kéfi, un des plus hauts gradés de l’armée. Une épaisse zone d’ombre entoure les circonstances de sa rencontre avec Naïma, la fille de son patron. Toujours est-il qu’il finit par l’épouser en 1964. Trois filles, aujourd’hui toutes les trois mariées à des hommes d’affaires en vue, naissent de cette union : Ghazoua, Dorsaf (qui a épousé Slim Chiboub, longtemps le grand manitou du football tunisien en tant que président de l’Espérance sportive de Tunis), et Cyrine. Pour Zine el-Abidine Ben Ali, c’est un mariage presque inespéré, qui donne un coup d’accélérateur à sa carrière. Le jeune sous-officier devient, la même année, directeur du renseignement militaire. Son destin de « super-flic » est tracé. Au milieu des années 1980, Zine el-Abidine Ben Ali, qui est entre-temps devenu général, rencontre Leïla Trabelsi. Cette dernière est une fille du peuple, issue d’une famille nombreuse (elle a dix frères) et exerce la profession de coiffeuse. C’est, dit-on, une femme de moeurs légères, qui multiplie les conquêtes masculines. Pulpeuse, elle subjugue son amant, qui, parvenu au pouvoir, choisit finalement de divorcer d’avec Naima, en 1988, avant de l’épouser en 1992. Là encore, comme dans le cas d’Habib Bourguiba, les épousailles s’assimilent d’abord à une opération de régularisation : leur première fille, Nesrine, est née en 1986, à Bruxelles. Elle est aujourd’hui mariée avec Sakher el-Materi, rejeton d’une grande famille tunisoise et fils d’un ancien putschiste impliqué (à un degré mineur, il est vrai) dans le complot de 1962 contre Habib Bourguiba. Moncef el-Materi, le père de Sakher, avait été condamné à mort et n’avait eu la vie sauve qu’après l’intercession de Wassila Ben Ammar, la femme d’Habib Bourguiba…
Au cœur des luttes d’influences
Leïla, devenue « présidente », ne tarde pas à prendre ses marques. L’empire qu’elle exerce sur son mari est indéniable. A l’instar de Wassila Ben Ammar, quoique moins ouvertement, elle se transforme en acteur politique de premier plan. Ses ennemis la disent manipulatrice. Une chose est sûre en attendant : mieux vaut aujourd’hui avoir les faveurs de la Première dame pour espérer durer au gouvernement. Et les observateurs croient de plus en plus discerner sa patte derrière les promotions et les disgrâces. Abdelwaheb Abdallah, le ministre des Affaires étrangères, une des éminences grises du Président, doit sa longévité à l’amitié qu’il a su forger avec Leïla et son clan. A l’inverse, tous ceux qui étaient proches de la première épouse du Président ou de ses premières filles ont fini par se retrouver éjectés du sérail. La Première dame est aujourd’hui au coeur des luttes d’influences qui ont redoublé depuis que la rumeur de la maladie du président a pris naissance, il y a un peu plus de quatre ans.
Leïla Ben Ali Trabelsi est maintenant doublement incontournable. Le 20 février 2005, elle a donné un fils à son mari, fils aussitôt prénommé Mohamed Zine el- Abidine. Mais surtout, elle est au sommet de la pyramide de l’entreprenant clan des Trablelsi, qui a littéralement fait main basse sur tout ce que la Tunisie compte de secteurs rentables. Belhassen, le frère aîné de Leïla, est aujourd’hui le « capitaine d’industrie  » le plus en vue du pays. Il dirige la compagnie aérienne Karthago et vient de faire une entrée fracassante au conseil d’administration de la Banque de Tunisie, plus ancienne et plus prospère des banques privées du pays. Imed et Moez, ses neveux, âgés d’une trentaine d’années, qui ont grandi dans un inquiétant sentiment d’impunité, sont sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par un juge français d’Ajaccio pour vol et recel. Le yacht de Bruno Roger, président-directeur général de la banque Lazard, ami intime de Jacques Chirac et proche de Nicolas Sarkozy, dérobé à Saint- Tropez, a, en effet, été retrouvé amarré à Sidi-Bou-Saïd, maquillé et immatriculé au nom d’Imed Trablesi.
La mansuétude du chef de l’Etat pour sa belle-famille s’explique difficilement. Sans doute, a-t-il au début encouragé les Trabelsi et leurs affidés dans leurs entreprises pour s’affranchir de l’establishment traditionnel des affaires et constituer une nouvelle bourgeoisie, entièrement dépendante de lui. Et sans doute, à l’instar du docteur Frankenstein, a-t-il fini par être dépassé par ses créatures et par devenir l’otage des clans. Grande, élégante, pulpeuse, s’habillant chez les plus grands couturiers de Paris et plus encore de Milan, Leïla, elle, est en quête de respectabilité. Elle reste la cible des railleries et des moqueries du petit peuple, qui l’appelle encore « la coiffeuse » et continue à se délecter de blagues à son sujet. Mais elle n’a plus grand-chose à voir avec la femme qu’elle était à la fin des années 1980. Ses activités à la tête de l’association caritative Basma sont très médiatisées. Ses prises de paroles plus fréquentes et plus assurées. Elle est maintenant présente à toutes les cérémonies officielles et lit parfois des discours à la place de son mari. Ceux qui l’ont rencontrée l’assurent : elle est intelligente, douée et apprend vite. Elle est maintenant bardée de diplômes : le baccalauréat, qu’elle a passé par correspondance, au début des années 2000, et une maîtrise en droit de la faculté de Toulouse, passée toujours par correspondance. De là à dire qu’elle vise plus haut et pourquoi pas la présidence, il n’y a qu’un pas. Que la vox populi s’est depuis longtemps empressée de franchir.

(Source : « Afrik.com », (portail d’information – France) le 30 juillet 2008)
Lien : http://www.afrik.com/article14902.html
Par Afrik.com - Publié dans : CHRONIQUE
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Mardi 15 juillet 2008 2 15 /07 /2008 00:03

On peut être pour ou contre l’Union méditerranéenne de milles façons, il n’en demeure pas moins que le projet est en soi une bonne idée. Créer une structure de rencontre entre voisins aux relations difficiles et aux cultures différentes, dessiner un nouvel espace de coopération sur des questions aussi cruciales que la protection de la nature et le développement durable : qui pourrait trouver à y redire ? Pour les intellectuels arabes et surtout maghrébins de ma génération, la création d’une maison commune permettrait enfin de réconcilier leur inné culturel arabo-musulman et leur acquis occidental.
On feint de croire que les Arabes et les Israéliens ne sont pas à couteaux tirés, ou que les chefs d’Etats arabes assis à côté d’Ehud Olmert sont représentatifs de leurs peuples. Or, la première loi enseignée par l’histoire stipule qu’on ne construit pas les unions politiques avec des partenaires en guerre larvée, et sans perspective sérieuse de paix. La deuxième loi, dont fait fi ce projet d’Union méditerranéenne, dit qu’on ne fait d’unions politiques négociées qu’entre des régimes démocratiques. Seuls de tels régimes, à l’écoute de leurs peuples, gérant le pouvoir comme une fonction temporaire et non comme un privilège qu’on ne lâchera que contraints et forcés, peuvent concéder des abandons de souveraineté et accepter librement des lois communes. Si l’unité arabe ou maghrébine est toujours un rêve, c’est à cause de l’impossibilité de réunir cette condition fondamentale, chaque dictature ne cherchant qu’à asseoir un pouvoir sans partage sur sa «propriété». On ne peut davantage unir des dictatures et des démocraties. Ce n’est pas par hasard si l’unité européenne n’a démarré qu’après la chute des régimes nazi et fasciste. L’entrée de l’Espagne ou du Portugal dans l’Union européenne n’aurait pu se faire avec des hommes tels que Franco ou Salazar. Or, voilà une bien curieuse Union qui veut réunir sous le même toit les premières démocraties de la planète et ses dernières dictatures.
Des esprits pragmatiques peuvent nous objecter ici que la politique comme la vie avance en bricolant. L’UM pourrait avancer en créant la première des conditions de son existence, à savoir la paix au Proche-Orient. On ne voit pas en quoi elle serait un meilleur cadre de négociations que tous ceux qui existent déjà. Le conflit est si profond, si complexe, que la question du cadre est tout à fait secondaire. Ce n’est pas en faisant l’UM qu’Arabes et Israéliens feront la paix, mais en faisant la paix qu’ils feront l’UM. Quid de la seconde condition ? L’UM pourrait-elle faire avancer lentement mais sûrement le processus de démocratisation sur la rive sud, et ce par la persuasion ? Si tel était le cas, nous autres démocrates arabes approuverions sans hésiter la nouvelle structure. Malheureusement, nous avons toutes les raisons de croire que, non seulement l’UM ne va pas promouvoir la démocratisation de nos pays, mais qu’elle en sera au contraire un frein.
La ville choisie, Tunis, pour en abriter le secrétariat est une cité en état de siège policier depuis 1991, où les libertés fondamentales ont cessé d’exister, où les militants des droits de l’homme sont chassés à courre par des hommes de main d’un dictateur qui se prépare, en 2009, à être élu pour la cinquième fois avec 99 % des suffrages. Lors de sa visite à Tunis au mois de juin, Nicolas Sarkozy a exprimé tout haut ce que les dirigeants occidentaux pensent tout bas. Le message implicite, reçu par les dirigeants tunisiens, était on ne peut plus clair : pour votre combat contre l’islamisme, tout vous sera pardonné, y compris votre combat contre la démocratie.
L’ardoise effacée de Kadhafi, les yeux doux à Bachar Al-Assad, Hosni Moubarak ou Abdelaziz Bouteflika, sont autant de facteurs de légitimation internationale pour des hommes qui n’ont plus depuis longtemps aucune légitimité interne. L’appui franc et massif aux pires dictatures arabes, entériné et renforcé par l’UM, n’est en fait que la continuation d’une stratégie occidentale qui a existé bien avant l’apparition du tsunami islamiste, présenté aujourd’hui comme l’explication de la frilosité d’un Occident craignant à la fois le terrorisme et le résultat d’élections libres à la palestinienne. On soutient aujourd’hui Ben Ali ou Kadhafi comme on a soutenu hier Saddam, sans états d’âme. D’où notre amusement à entendre des hommes comme Hubert Védrine appeler l’Occident, et notamment l’Europe, à cesser d’être «gentil» et «naïf» en voulant contraindre des Etats rétifs et des peuples immatures à adopter cette valeur occidentale qu’est la démocratie.
Contrairement aux idées reçues, le processus de démocratisation de nos sociétés est un fait objectif dû aux transformations sociales et technologiques, ainsi qu’à la naissance d’un fort courant d’idées, après la défaite de 1967, prônant l’appropriation par les Arabes de cette technique de gouvernement et de gestion sociale efficace qu’est la démocratie. Non seulement ses adeptes n’étaient pas une cinquième colonne de l’Occident, mais leur combat s’est développé sous le regard indifférent, voire hostile, des ambassades et des chancelleries occidentales, notamment américaines et françaises. Pire, le travail des démocrates arabes pendant trente ans, pris entre le marteau de l’islamisme et l’enclume de la dictature, a failli être entièrement détruit par l’intervention américaine en Irak, intervention qui a rendu le mot de démocratie lui-même détestable aux oreilles de millions d’Arabes. Aujourd’hui, l’UM parachève dans l’esprit de nos peuples cette image de plus en plus détestable d’un Occident cynique, aux valeurs à géométrie variable, qui déroule le tapis rouge sous les pieds des derniers dictateurs de la planète, se donnant bonne conscience en intervenant ponctuellement pour tel ou tel cas humanitaire.
L’UM, dont M. Moubarak risque d’être le coprésident et M. Ben Ali le secrétaire général, va donc rendre plus difficile la situation des démocrates arabes. Une partie de la jeunesse arabe, voyant cette nouvelle alliance entre les anciens occupants et ces véritables régimes d’occupation interne que sont les dictatures, l’interprétera comme dirigée contre leur lutte pour la seconde indépendance, et sera encore plus sensible aux arguments de l’islamisme, qui se présente comme le seul mouvement de résistance à la dictature et à l’hégémonie. Heureusement, l’UM ne risque pas de nous causer des dégâts irréversibles. Nous connaissons bien nos dictateurs pour leur faire confiance en matière de blocage et de stérilisation. Au pire, ils feront du nouveau «machin» une pompe à fric et un cadre supplémentaire pour la coopération policière, au mieux, ils en feront un édifice fermé pour congé illimité dès la fin de la séance d’ouverture.
L’idée est pourtant bonne. Elle est nécessaire pour promouvoir la paix, la stabilité et la coopération entre de vieux peuples beaucoup plus proches qu’ils ne le croient. Elle doit continuer son chemin pour devenir un jour une belle réalisation. Cela suppose qu’elle devienne l’affaire des sociétés civiles des deux rives rattrapant le gâchis des uns et des autres.
 
(Source: "Libération"(Quotidien - France) le 11 juiellet 2004).
Lien: http://www.liberation.fr/rebonds/338393.FR.php

Par Moncef Marzouki médecin, écrivain, opposant tunisien - Publié dans : CHRONIQUE
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Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /2008 23:12

En périodes de turbulences, nos blogs jouent un rôle informationnel de tout premier plan. Que de trop nombreux titres de nos médias «reconnus» ont renoncé à jouer. Ils se sont mis gentiment sur la touche, pour laisser la parole aux jeunes. Tant mieux, puisque l’année leur est consacrée ! Le dialogue avec les jeunes passe désormais aussi par le net. Et ils ont la langue bien pendue ! Sur les blogs les phrases sont lapidaires, ce qui n’offre guère d’espace à la redondance, et autres discours ronronnants. Pour diverses raisons, bien connues des Tunisiens.
Paradoxalement, même des journalistes généralement «bien informés», commencent leur journée par une lecture attentive de quelques blogs. Et depuis l’avènement des «agrégateurs», ces sites qui rassemblent sur une page les commentaires de dizaines de blogs différents, la tache n’en est que plus aisée. La blogosphère tunisienne a déployé ses ailes pour s’intéresser à tous les domaines touchant le Tunisien.
Nous n’avons pas, dans la presse écrite traditionnelle, des journaux spécialisés dans le marketing et la publicité, par exemple. Des blogueurs tunisiens ont pallié ce manque. Analysant, décortiquant les campagnes de pub, et donnant leur point de vue de professionnel. Car quoiqu’on en dise, ce ne sont pas toujours des amateurs qui s’expriment sur le Net. Mieux : ce sont souvent des professionnels chevronnés, passionnés par leur métier, qui font profiter leurs lecteurs en ligne de leur expérience. Quelques uns commencent même par faire autorité.
Les blogueurs y gagnent en notoriété, leurs lecteurs acquièrent des connaissances introuvables sur d’autres supports. Vu que la presse spécialisée dans les hautes technologies, le marketing, et autres secteurs pointus de l’économie, est encore à ses premiers balbutiements dans notre pays. Sans même parler de la presse satirique tunisienne, autrefois florissante, et qui s’est aujourd’hui perdue. Voilà que nos blogs s’y mettent aussi ! Des plumes acérées (quoique le mot clavier aurait été plus approprié), un sens de la dérision parfois poussé, que l’on aimerait trouver plus souvent dans nos journaux imprimés.
Et quand les agrégateurs de blogs ne suffisent pas, restera toujours la possibilité de suivre les liens que les blogueurs mettent sur leur site. Offrant ainsi la possibilité aux internautes d’approfondir leurs recherche dans le même champ d’intérêt. Que l’on soit intéressé par le haut débit (pas si haut que ça, dans nos contrées), ou par les dernières actualités concernant la communauté tunisienne au Canada, le raccourci des blogs permet de gagner du temps, et de s’informer sur des sujets généralement soit délaissés, soit traités à la légère par une presse qui, décidément, s’éloigne des intérêts de ces concitoyens.
Certains mettent pourtant en cause la crédibilité de nos blogueurs. Ces derniers ne la revendiquent pourtant pas. Puisqu’il s’agit clairement d’opinions personnelles, d’impressions individuelles a priori non-généralisables. Mais le nombre tous les jours croissant de blogs traitant d’un même sujet, permet pourtant d’obtenir une image nette de la réalité évoquée. Et après tout, la «presse classique» n’est pas, à cet égard, tout à fait irréprochable. On ne compte d’ailleurs plus les journalistes qui, parfois, après plus de 30 ans de carrière, sont venus renforcer les rangs du net, par blogs interposés. Si les blogs et les portails d’informations sont florissant, c’est aussi, peut-être, parce que les tenants de la presse traditionnelle, leur ont abandonné le terrain. Tant mieux pour le net tunisien. Dommage pour nos quotidiens.
 
(Source : www.webmanagercenter.com , (portail d’infos – Tunis), le 10 juin 2008 à 05h33)

Par Oualid CHINE - Publié dans : CHRONIQUE
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