Tunisie, l’empire taillé sur mesure de Sakhr El-Materi

Publié le par JOURNAL LE MONDE

En Tunisie, l’empire taillé sur mesure de Sakhr El-Materi, 30ans, le gendre du président Ben Ali Elu député en2009, il est membre du comité central du RCD, le parti au pouvoir Tunis Envoyée spéciale Mohamed Sakhr El-Materi est un homme d’affaires comblé. Ce mardi 13 juillet,il a été le premier chef d’entreprise tunisien à faire tinter la cloche à la Bourse de Casablanca, comme le veut la tradition à chaque nouvelle introduction boursière. Héritier d’une famille illustre, M.Materi est, à tout juste 30 ans, à la tête d’un puissant groupe qui réalise ainsi une première dans le Maghreb: une double cotation sur deux places financières différentes, en Tunisie et au Maroc. Il est aussi député, membre du comité central du parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) et, ce qui ne gâte rien, le gendre du président Zine El-Abidine Ben Ali. En moins de cinq ans ,M.Materi s’est bâti un petit empire rassemblant dans sa Princesse Holding des activités aussi fructueuses que diversifiées dans les domaines de l’automobile, de l’immobilier, du tourisme, de la banque, des médias ou encore de l’agriculture. Aujourd’hui, il cède une part, –limitée à40%–,du capital du fleuron de son groupe, Ennakl, une entreprise spécialisée dans l’importation de voitures de marques étrangères (Volkswagen, Porche, Audi et depuis peu Seat et Kya), rachetée en 2006 pour 22 millions de dinars (11,7 millions d’euros). Inédite, l’opération est présentée comme la « volonté de provoquer quelque chose en faveur de l’intégration économique maghrébine», selon Firas Saied, un dirigeant de Princesse Holding. Elle permet, au passage, de bénéficier d’une réduction d’impôt dans le cadre d’incitations fiscales pour encourager les introductions en Bourse. «Charia compatible» «C’est une autre première», se félicite M.Saied, en décrivant le succès des souscriptions closes par anticipation au bout de trois jours. Rien qu’à Tunis, où a lieu le gros de la vente (seulement 10% étant réservés à Casablanca), la demande a été «23 fois supérieure à l’offre initiale», affirme-t-il. « Sur près de 50000 souscripteurs, 42000 sont des personnes physiques qui demandaient au maximum des titres pour une valeur de10000 dinars,doncessentiellement des petits porteurs », indique Ferid El-Kobbi, président du conseil du marché financier. « Depuis un peu plus d’un an, on sent une reprise », avance prudemment Mahmoud Ben Romdhane, économiste, membre du parti d’opposition Ettajdid, qui ajoute dans un grand sourire: «Mais je ne serai pas étonné que cette introduction connaisse, au moins pendant un temps, un certain succès.» La proximité de M.Materi, titulaire d’un diplôme de gestion décroché à Bruxelles, avec le chef de l’Etat tunisien dont il a épousé la fille, Nesrine, en 2004, apparaît comme un accélérateur d’affaires. «Son groupe est un des derniers de la classe mais il grossit très, très vite», note un diplomate en poste à Tunis. En quatre ans, souligne Mustapha Jaber, ancien dirigeant d’Ennakl devenu un fidèle de M.Materi, l’entreprise «a multiplié par 4 son chiffre d’affaires, à 330 millions de dinars (175 millions d’euros) et par 17 le résultat net, à 22millions (11,7millions d’euros)». L’existence de quotas d’importation de voitures n’est pas un obstacle. En Tunisie, le volume attribué à chaque constructeur est lié à sa production, sur place, de pièces détachées. Rien de plus simple pour M. Materi qui a fait ouvrir pour Volkswagen sept nouvelles usines en l’espace de deux ans. Il y a à peine trois mois, le 28 mai, il lançait la première banque islamique de Tunisie, Zitouna, du même nom que la radio islamique qu’il dirige également depuis 2007. Quelques-unes des plus grandes fortunes du pays, comme Abdelwahab Ben Ayeb, président duplus gros groupe privé Poulina, ou Aziz Milad, patron du premier opérateur de tourisme, TTSGroup, ont rejoint son tour de table. Une première, là encore avec des règles spécialement adaptées pour être «charia compatible». Ainsi le prêt avec intérêt est proscrit (remplacé par une marge), la carte de crédit porte le nom de «carte de paiement», etc. Alors que l’on prête de plus en plus d’ambition politique à M. Materi, jusqu’à en faire le dauphin potentiel de son beau-père, cette approche des affaires lui permet de prendre pied dans les milieux conservateurs, plutôt hostiles, jusqu’ici, au palais présidentiel. Le gendre préféré n’a pas l’intention de s’arrêter là. Les capitaux levés grâce à l’introduction en Bourse d’Ennakl sont impatiemment attendus pour financer, avec les mêmes principes que la banque, une compagnie d’assurances islamique baptisée Takaful.Une autre opération, bien plus prosaïque mais tout aussi ambitieuse, est prévue, avec un projet de dessalement d’eau de mer à Djerba. L’appétit, dit-on, vient en mangeant. Isabelle Mandraud Amnesty dénonce l’infiltration à la tunisienne Un général sous mandat d’arrêt, mais en liberté Dans un rapport rendu public mardi 13juillet Amnesty International dénonce le «harcèlement des personnes qui critiquent le gouvernement et des militants des droits de l’homme» en Tunisie.«Une tactique insidieuse consiste en l’infiltration d’une organisation par les partisans du gouvernement en vue d’en prendre le contrôle», écrit-elle en citant notamment la Ligue tunisienne des droits de l’homme. Le9 juillet, un porte-parole du département d’Etat américain, MarkToner, a indiqué que «les Etats-Unis [étaient] profondément inquiets d’un déclin des libertés politiques » en Tunisie après la condamnation d’un journaliste (Source : « Le Monde » (Quotidien – France) le 14 juillet 20

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