Menaces de mort sur l'opposition et jeu de massacre à Carthage

Publié le par TUNISIE STOP TORTURE

Quand les Trabelsi se réunissent en conclave, c’est pour voir comment faire la peau aux opposants. Charmant. Ben Ali ne l’a jamais osé, Leïla est en passe de le concrétiser. Il s’agit des liquidations politiques. En 22 ans de règne policier et brutal, Amnesty International a enregistré quelques quarante morts sous la torture, en particulier des islamistes. Par ailleurs, d’autres organisations de défense des drois de l’homme, tunisiennes ou étrangères, ont recensé des milliers d’exactions, d’agressions et de bavures policières de la part de la flicaille du président Ben Ali. Mais hormis la tentative d’assassinat du journaliste Ryadh Ben Fadhl en 2000, au lendemain de sa publication d’un article pourtant mesuré dans les colonnes du « Monde diplomatique », la Tunisie n’est pas connue pour franchir le pas et assassiner ses opposants comme on a pu le voir au Maroc ou en Syrie. Pourtant, c’est de cela que l’on a récemment discuté au sein du clan Trabelsi. Nos informateurs sont formels, catégoriques : l’hypothèse de liquidations politiques est plus que retenue. Selon nos sources, « chez les Trabelsi, la seule hypothèse qu’ils n’aient pas envisagée est de laisser le pouvoir leur échapper et leurs milliards volés partir en fumée. Ils ne tiennent en aucune façon à revenir là où ils étaient avant que Ben Ali ne leur confie les coffres de l’Etat et les richesses du pays. Pour cela, ils sont prêts à tout. De plus, ils ne raisonnent pas en politiques, ils raisonnent en clan menacé ». Voilà qui a le mérite d’être clair. Ainsi, au cours des conclaves du clan Trabelsi qui n’ont pas échappé à plusieurs observateurs avertis du régime tunisien qui voient le pays partir à vau-l’eau, Belhassen Trabelsi, le frère préféré de Leila qui est en contact permanent avec sa Zinochette de soeur, a considéré qu’« assassiner un activiste servira d’exemple et calmera le plus grand nombre face à la contestation qui s’élargit. La presse étrangère qui ne nous est pas acquise gueulera, et tout le monde oubliera vite ». Un clan trop nerveux De l’avis de tous, les Trabelsi sont très nerveux en ce moment. Trop nerveux. Et ils flirtent avec la ligne rouge. La conduite de Leïla Ben Ali pendant la “campagne” pour les dernières élections présidentielles a laissé entrevoir sa crispation et son énervement à la suite de la publication à Paris du livre « La Régente de Carthage ». L’ouvrage a d’ailleurs coûté son poste au ministre de la Communication, Rabeh Dekhil. Il en est de même des menaces présidentielles à la veille du scrutin, menaces suivies d’effet puisque pas moins de cinq journalistes ont été déjà tabassés ou incarcérés depuis le 26 octobre. Quelques jours auparavant, la sauvage agression du secrétaire général du parti ouvrier communiste tunisien (POCT), Hamma Hammami, et le sabotage de la voiture du numéro 2 du CPR, Abderraouf Ayadi, où l’on a mis un produit inflammable dans son réservoir, ôtent tout doute sur les intentions du clan et sur la frilosité du régime. Pour ce qui est d’opérations éventuelles en dehors de Tunisie, les services européens ont été avertis à Londres et Paris notamment. Et, semble-t-il, prennent au sérieux cette thèse de graves agressions sur leurs sols… Bras de fer entre Ben Ali et Leila Dans ce contexte, les proches de Ben Ali (particulièrement ses premières filles et son ministre de la Défense, Kamel Morjane, bien vu des Américains) ont entamé un tour de force pour le dissuader de laisser les mains libres à Zinochette. L’objet de leur courroux : les calculs de Leila pour faire nommer le patron des patrons, Hedi Jilani, le 14 novembre prochain, à la présidence de l’Assemblée nationale. Si d’aventure le président Ben Ali venait à décéder, c’est cet homme, valet des Trabelsi, qui assurerait alors l’intérim… Le chef de l’Etat, épuisé, a déjà demandé à l’actuel Président de l’Assemblée, Foued Mebazza, de rester en poste. Ce que ce dernier ne semble pas souhaiter, essayant de pousser en avant l’actuel maire de Tunis, Abbes Mohsen. Une ambiance électrique règne donc au sommet de l’Etat où la mafia règle ses comptes par elle et pour elle, ignorant que onze millions de Tunisiens sont concernées par ce jeu de massacres qui se déroule en coulisses. Quand Sakhr Materi évoque « La Régente de Carthage » sur ses deux quotidiens Quelle mouche a donc piqué Sakhr Materi, le gendre de Ben Ali et Leila, pour laisser évoquer le livre « La Régente de Carthage » dans les quotidiens du Groupe Essabah sur lequel il a mis la main ? C’est en tout cas la question qu’a posée le 8 octobre Ben Ali en personne. Comment ? En téléphonant furieux à son ministre de la Communication, Rabeh Dekhil. Ce dernier a alors répondu qu’il n’avait aucune emprise sur les quotidiens de Dar Essabah. Ce qui n’est pas faux : le gendre gominé du Président bénéficie d’un traitement particulier. Fou de rage, Ben Ali a insulté le ministre comme son gendre avant de raccrocher le téléphone. Lorsque Sakhr Materi est rentré de voyage peu de temps après, Rabeh Dekhil a alors fait part à l’héritier de la colère de son beau-père. C’en était trop. Ben Ali l’a limogé sur le champ, le samedi 10 octobre. Il aura fallu tout le tact de notre gominé pour calmer l’ire présidentielle. Résultat : Rabeh Dekhil sera envoyé dans les prochains jours comme ambassadeur à Berlin, en Allemagne. Voilà comment on limoge un ministre et comment on nomme un ambassadeur en Tunisie. Avec Zinochet et Zinochette, on n’a pas fini de découvrir des recettes pour gouverner un pays….

Slim BAGGA www.bakchich.info chakchouka tunisienne 3/11/2009, 18h 27

Publié dans ESPACE INFO

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