LE GOUVERNEMENT TUNISIEN ACCEPTE LE PRINCIPE DE L’EXHUMATION DE BARAKAT

Publié le par TUNISIE STOP TORTURE

Besançon, le 8 octobre 2009

                 Développement capital inespéré dans l’affaire; Faïsal BARAKAT est toujours vivant


Il y a 16 ans jour pour jour, le 8 octobre 1991, le jeune étudiant Faïsal BARAKAT décédait dans le bureau du capitaine Abdelfattah LADIB, chef de la brigade de Recherches de la Garde nationale de Nabeul, à la suite d’une journée de torture non stop menée par une demi-douzaine d’agents tortionnaires.
« C'est un accident de la circulation », claironne le gouvernement depuis le début de l'affaire. Mais alors, comment expliquer la « perforation de la jonction rectosigmoïdienne », relevée dans le rapport d'autopsie ? Autrement dit, qu'est-ce qui a entraîné une atteinte très localisée, voire quasi-chirurgicale, au niveau de la jonction entre l'intestin gros et le rectum, déversant leur contenu dans l'abdomen, ce qui explique la dernière et lugubre mention du rapport d'autopsie tunisien : « Estomac vide »?
Les médecins légistes britanniques, danois et français* qui se sont prononcés sur le rapport d'autopsie tunisien ont déclaré possible qu'un accident de la circulation aboutisse à ce type de lésions. Mais alors il faudrait qu'elle soit accompagnée d'atteintes aux os environnants et de fractures au niveau du bassin, ce qui n'a pas été relevé par l'autopsie. Etant précisé que les dermabrasions et autres blessures relevées notamment au niveau de la plante des pieds, ne peuvent aucunement résulter d'un accident, de l’avis de tous ces éminents experts, qui ne se sont jamais concertés sur le cas.
Pour départager définitivement les thèses en présence, le Comité contre la torture avait demandé dans ses Décisions dans l’affaire BARAKAT en date du 20 novembre 1999 que le squelette de la victime soit exhumé et ré-autopsié EN PRESENCE DES MEDECINS LEGISTES INTERNATIONAUX qui avaient eu à se prononcer sur
ce dossier. Cette démarche ingénieuse vise à départager les deux thèses simples qui s’affrontent :
a- Celle de la famille et de son mandataire au Comité, selon laquelle il s’agit bien d’un acte criminel délibéré par lequel on a fait exploser les intestins de la victime, entraînant sa mort.
b- Celle de l’Etat tunisien, selon laquelle il s’agirait d’un accident de circulation suivi de fuite.
Le raisonnement du Comité est le suivant : s’il s’agit d’un accident, un véhicule n’aurait pas pu cibler les intestins seuls. Le choc par tamponnage doit avoir provoqué de très importants dégâts dans les os du bassin où on devrait observer de multiples fractures. Mais si les os en question sont intacts, il faudra se rendre à l’évidence : ce sera sans nul doute possible LA PREUVE que la victime est décédée d’une agression humaine atroce et délibérée. Il suffirait donc de regarder le squelette de près…
Voici ce que nous écrivions l’an dernier pour la même occasion :
« Dans le cadre de sa nouvelle organisation, le Comité contre la torture poursuit ses efforts auprès du gouvernement pour obtenir que ses recommandations dans cette affaire en 1999 soient suivies d’effet. Il y a lieu d’espérer que l’affaire finira par bouger … »
Or, il semblerait que nous ayons été entendus. Il nous est donc agréable d’annoncer à l’opinion tunisienne et internationale que le gouvernement tunisien a fait savoir à qu’il avait procédé à la réouverture du dossier BARAKAT dans les termes fixés par le Comité et qu’il avait fait désigner un juge d’instruction pour reprendre l’affaire, dans la perspective de l’exhumation du squelette, tel que recommandé par le Comité.
Nous saluons cordialement ce développement capital. Mais nous nous en tenons là pour l’instant en attendant de voir comment va évoluer la situation dans les semaines qui viennent.
Khaled BEN M’BAREK, Coordinateur
Auteur des Communications CAT 14/1994 & CAT 60/1996
* Respectivement Pr. J. D. POUNDER, Département de médecine légale, université de Dundee (GB), Pr. B. NIGHT, Institut de Médecine légale du Pays de Galles (GB), Pr. L. Fournier, Institut de Médecine légale de l’université René Descartes (France) et Pr. Jørgen Thomsen, chef de l’Institut de Médecine légale de l’université d’Odense (Danemark)


CENTRE D’INFORMATION ET DE DOCUMENTATION SUR LA TORTURE
CIDT-TUNISIE
Association de citoyens du monde pour le droit des Tunisiens à ne pas être torturés
Membre du Réseau SOS-Torture de l'OMCT-Genève

Comité d’honneur :
M. Jacques FRANÇOIS
Mgr Jacques GAILLOT
Dr. Hélène JAFFÉ
M. Gilles PERRAULT
M. François DE VARGAS

Président :
Jean-Marc MÉTIN

** Les liens suivants portent les textes du Comité contre la Torture sur l'affaire Barakat :
http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf/23a89bf90e53e6ccc125656300593189/46b5caf9f05f83f9802567a6004cfd23?OpenDocument&Highlight=0,barakat
http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf/23a89bf90e53e6ccc125656300593189/3a3747c41a942b8e802568b8005058fb?OpenDocument&Highlight=0,60%2F1996
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Centre d’information et de documentation sur la Torture (CIDT-TUNISIE)
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23, rue Brulard F25000 Besançon. FRANCE. Tél./Fax : (33 3) 81 41 33 22 . E-mail: cidtunisie@free.fr
CCP N° : 6 458 94 X DIJON
Source : www.unhchr.ch

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