L’épouse d’un journaliste emprisonné poursuit le combat

Publié le par Angélique Mounier-Kuhn

Tunisie samedi20 mars 2010

Taoufik Ben Brik, incarcéré le 29 octobre dernier après la publication de tribunes acerbes dans la presse française sur le régime Ben Ali, devrait recouvrer la liberté fin avril, après six mois de prison

Il a déjà passé quatre mois et demi derrière les barreaux. Dans un mois et demi, Taoufik Ben Brik, écrivain tunisien et correspondant de médias français, devrait recouvrer la liberté. Si tout va bien. Son épouse, Azza Zarrad, s’est juré de ne pas baisser la garde tant que le prisonnier n’aura pas remis les pieds à l’air libre. Elle était de passage vendredi à Genève pour attirer une fois encore l’attention sur le sort de son mari incarcéré le 29 octobre dernier.

A l’époque, le président Ben Ali, 73 ans dont vingt-deux ans au pouvoir, vient d’être massivement reconduit à la présidence pour cinq ans. Réputé pour sa plume acérée, Taoufik Ben Brik a publié, dans les semaines précédant la présidentielle, des tribunes dans Le Nouvel Observateur qui expriment sans détour son exécration du régime. Personne dans l’entourage du journaliste ne croit aux hasards: le 22 octobre, trois jours avant le scrutin, une voiture se colle à l’arrière de celle de Taoufik Ben Brik, venu chercher sa fille à l’école. «Une femme est sortie du véhicule. Elle s’est jetée sur mon mari en criant et lui a déchiré ses vêtements.» Taoufik Ben Brik comprend qu’un piège tendu par les autorités s’est refermé sur lui.
Publicité

Une semaine plus tard, il est convoqué au commissariat où on lui signifie ses chefs d’accusation: agression, atteinte aux bonnes mœurs entre autres. La conductrice a porté plainte. Le journaliste a été condamné à 6mois de prison ferme en première instance. Sa peine a été confirmée en appel le 23 janvier, malgré la dénonciation d’un procès politique dans les médias européens par Reporters sans frontières et des politiciens français. Il la purge dans une prison éloignée de cinq heures de route de Tunis. Ses parloirs sont strictement surveillés.

«Condition humiliante»

«La semaine passée, relate son épouse, on lui a proposé de le libérer sous condition qu’il n’écrive plus sur la famille Ben Ali. Il a rejeté cette condition humiliante.» Quand on lui demande quel article en particulier a suscité l’ire présidentielle, Azza Zarrad s’égaye, car «le rire est le meilleur moyen de poignarder le ridicule». «On ne peut pas dire que c’est tel ou tel article, car en Tunisie, il est interdit de parler de tout. Il y a des années, Taoufik a eu des problèmes quand il a écrit que les mouches blanches contaminaient les oranges de Tunisie. Il aurait aussi bien pu avoir les mêmes ennuis en évoquant les tonnes de poubelles dans les rues tunisiennes.» Soudain, le sourire se voile. «J’ai vu Taoufik il y a deux semaines. Il m’a dit qu’il comptait sur le soutien de tout le monde. Nous attendons avec impatience sa liberté. Mais quelle liberté? Notre maison est toujours surveillée. Nos mails sont coupés et notre téléphone écouté.»

Publié dans ESPACE INFO

Commenter cet article