Appel pour le boycott des élections d’octobre 2009 en Tunisie

Publié le par TUNISIE STOP TORTURE

Le 25 octobre 2009, les citoyens tunisiens seront appelés aux urnes pour élire leur président de la république et les représentants de la chambre des députés. La réforme pseudo constitutionnelle du 26 mai 2002 ayant supprimé la limite de nombre de mandats successifs pour le président sortant, elle lui octroie le droit de briguer un cinquième mandat et lui permet, concrètement, de se tailler une présidence à vie.

Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat « médical » le 7 novembre 1987, Ben Ali, fut durant deux mandats, l’unique candidat à sa propre succession. En 1989 il fut « élu » avec 99,27% des voix et en 1994 il obtint 99,91% des voix. Les élections pseudo pluralistes inaugurées en 1999 maintiennent le statu quo, la participation de deux candidats de « l’opposition » ne l’empêche pas de remporter les présidentielles avec 99.45%. En 2004, malgré la présence de trois candidats, Ben Ali est « réélu » avec 94.49% des voix. Rien ne permet de croire que l’échéance électorale d’octobre 2009 sera différente, bien contraire, tout indique qu’elle aura lieu dans des conditions encore plus graves que les précédentes.

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Les mécanismes et les lois électoraux ajustés par le pouvoir, et surtout l’absence totale de toute forme de liberté, privent les tunisiens du droit de choisir librement leurs gouvernants. Sur le plan juridique les sept des neuf membres du Conseil constitutionnel, à qui incombe, notamment, la tâche de valider les candidatures à l’élection présidentielle, sont nommés par Ben Ali. Ainsi, les candidats officiels sont imposés par le Président lui même. A chaque élection il fait voter des lois exceptionnelles pour mettre au point des "élections " sur mesure et choisir par là ses adversaires.

Les lois électorales restreignent les candidatures, à la présidentielle comme aux législatives, aux adversaires choisis et validés par Ben Ali et excluent du vote la majorité de la population tunisienne. Le code électoral est même façonné pour permettre de certifier la triche et d’accepter que le président-Etat-Parti chapeaute les différentes étapes des élections à sa guise. Aucune forme de contrôle indépendant n’est possible. Sur le plan politique le régime ne cesse d’affirmer son totalitarisme en dominant la vie sociale, économique, politique et culturelle du pays. Les organisations syndicales et politiques, les institutions et les acteurs de la société civile n’ont jamais été aussi persécutés et assiégés. Ils subissent quotidiennement la répression, les violations de leurs droits à s’organiser, à s’exprimer et à manifester librement. L’intimidation, le harcèlement, la prison, la violence, la torture et même l’assassinat sont les seules réponses que les autorités fournissent à la population et à la société civile. Rappelons les récentes actualités : Les militants du bassin minier de Gafsa qui croupissent depuis de longs mois en prison dans des conditions inhumaines, les milliers de jeunes accusés de terrorisme, victimes de torture, de traitement inhumain et de procès inéquitables, l’interdiction du congrès de l’UGET, l’emprisonnement et l’expulsion de ses militants des universités, le passage à tabac des opposants, le putsh qui se trame contre le SNJT et qui dit long sur l’état de la presse et de la liberté d’expression, l’interdit qui frappe les activités de la LTDH, la persécution que subisse les militants et les représentants de l’Association de Magistrats et de l’Association Tunisienne des Femmes démocrates, etc. Allergique à toute forme de pensée et de critique, le pouvoir ne tolère que les louanges. Le matraquage médiatique orchestré par le régime domine tous les espaces. Radios, presses, télévisions et autres médias, accaparés par le parti unique ne peuvent que glorifier le Président et sa politique. L’état de délabrement total du système judiciaire fait de lui un outil d’asservissement entre les mains de l’exécutif. Dépourvue de toute indépendance, la justice, dont ses propres fonctionnaires sont parfois ses victimes, est aux ordres du pouvoir. Le ministère de la Justice parait comme annexé au ministère de l’intérieur et il n’a d’autre mission que de garantir la survie du régime.

Dans ce contexte politique, les conditions les plus élémentaires ne sont pas réunies pour garantir un déroulement libre et démocratique des élections de 2009.

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Sur le plan socio-économique, le régime fait régner l’injustice, les inégalités, la corruption et remet en cause les acquis et les droits des femmes. Par ces élections, le pouvoir de Ben Ali cherche à s’habiller d’une légitimité démocratique qu’il n’a jamais possédée. D’autre part il veut garder les mains libres pour continuer une politique économique libérale, en défaveur des couches populaires, dictée par l’intérêt des plus riches familles au pouvoir et l’intérêt des capitaux européens et internationaux ; une politique qui asservit d’avantage la Tunisie au capitalisme à travers ses institutions, la Banque Mondial, le Fonds Monétaire International et l’Union Européenne. Et pourtant les luttes politiques et sociales, spontanées ou organisées, contre les choix socio-économiques du pouvoir n’ont jamais cessé. Manifestations, occupations, grèves des travailleurs, grèves de la faim et soulèvements populaires font d’ores et déjà partie du quotidien social. Les femmes, les travailleurs, les jeunes et les chômeurs du Bassin minier qui ont osé braver l’interdit en sont le meilleur exemple. *** Nous sommes convaincus du droit incontestable de l’opposition tunisienne à pouvoir se présenter à des élections réellement libres et démocratiques. Nous sommes convaincus aussi que le peuple tunisien a le droit de voter librement sans crainte et sans entrave. Cependant, la participation aux élections, dans les conditions actuelles, ne fera qu’être l’écho d’une comédie dans laquelle les jeux sont faits d’avance. Elle ne sera politiquement bénéfique qu’à la dictature, pas à l’opposition, ni au peuple tunisien. D’autant plus qu’au fond de sa conscience, le citoyen tunisien est parfaitement convaincu que, vu l’état actuel des choses, les urnes de Ben Ali ne pourront apporter aucun changement au quotidien de leur vie.

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C’est ce constat qui donne toute sa raison d’être à notre action qui, en résonance avec la voix de la majorité des tunisiens, appelle au boycott des élections d’octobre 2009.

Face à cet état des lieux, il nous incombe, signataires de cet appel, de nous constituer en Collectif démocratique, laïque et pluraliste, ouvert à toutes les tunisiennes et tous les tunisiens qui s’identifient à sa plateforme politique, pour :

Refuser cette mascarade électorale, dénoncer son caractère fantoche et rejeter la présidence à vie. Rassembler les tunisiens et les tunisiennes pour réclamer des élections libres et démocratiques rompant avec le totalitarisme et la dictature. Organiser des manifestations de protestation visant à dénoncer cette supercherie électorale.

Nous invitons tous les militants et toutes les militantes, intellectuels, épris de justice et de liberté, toutes les tunisiennes et les tunisiens qui aspirent à la démocratie sociale et politique à rejoindre notre initiative.

Collectif pour le boycott des élections d’octobre 2009 en Tunisie

Premiers signataires :

1. Wassim Azreg, militant politique, Paris.
2. Nejib Baccouchi, Doctorant en Philosophie, Paris.
3. Rania Majdoub, étudiante, Paris
4. Raja Albahri, Paris.
5. Raja Chamekh, militante féministe, Paris.
6. Lotfi Hammami, Doctorant en Philosophie, Paris.
7. Lamia Guizani, indépendante, Perpignan, France.
8. Hamadi Aouina, Paris.
9. Adel Thabet, Paris.
10. Béchir Abid, militant, Paris.
11. Abdelwahab Hammami, Paris.
12. Samir Hammouda, Paris.
13. Mohsen Rezgui, Paris.
14. Anis Ben FARHAT, militant indépendant, Paris.
15. Mohsen Chebbi, Paris.
16. Ezzeddine Boughanmi, militant de gauche Saint-Etiennes, France.
17. Faouzi Ouerghi, militant des droits de l’Homme, Marseille.
18. Loumamba Mohsni, Marseille.
19. Adel Al-khammar, communiste tunisien, Grande-Bretagne.
20. Anouar Nsiri, Grande-Bretagne.
21. Mondher Sfar, Comité d’Appel à la Démission du président Ben Ali, Paris.
22. Kais Doghri, doctorant sciences politiques, Paris.
23. Abdelaziz Agoubi, Lyon France.
24. Mohamed Tag Elbehi, Docteur en chimie-physique, USA.
25. Rachid Trabelsi, Paris.
26. Lassaad Zitouni, réfugié politique, France.
27. Chokri Yacoub, Forum Tuniso Suisse des libertés, Genève.
28. Khaled ben M’barek, France.
29. Souad Binouche, Paris.
30. Ali Tenjel.
31. Faten Braham, Paris.
32. Shawky Arif, reseacrher in economics, UK.
33. Mourad Zid, Montreal, Canada.
34. Karim hamdaoui : ingénieur en mécanique des équippement et instrumentation nucléaire, France.
35. Belgacem Hammami, président du Bureau juridique de la Zitouna, Suisse.
36. Brahim Hamdi, Paris.
37. Abdennacer Nait-Liman, AVTT Association des Victimes de Torture en Tunisie, Suisse.

Nous avons également reçu les signatures suivantes de Tunisie :

Jamel M’Sallem.
Ahmed Galai, Bizerte.
Fathi jerbi, Membre fondateur du CPR, Enseignant universitaire.
Najeh Saghrouni, secretaire generale de bureau federal UGET à la faculté de gestion Sfax.
Ahmed Souissi, membre de bureau federal UGET à la faculté de gestion Sfax.
Ali Ben Salem, Bizerte.

Pour signer l’appel, envoyez votre signature à contact@boycottelections2009.net

Publié dans ESPACE INFO

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