PURGES POLICIERES CONTRE LES FORCES ARMEES TUNISIENNES

Publié le par CAPITAINE " BARG ELLIL "

Par Capitaine BARG ILLIL

 

 

La dictature tunisienne depuis l'affaire de  SOLIMAN,  a radié 27 officiers et sous-officiers de l'armée et de la garde nationale   pour  des "raisons disciplinaires",  et 18 autres pour "attitude et comportements islamistes", à l’issu d’une épuration policière sans précédent.

La dictature tunisienne procède souvent à des  purges  au sein de des forces armées tunisiennes, de la garde nationale, et même de sa police. Cette fois, la purge semblait plus importante que les fois précédentes, ca elle est prise en charge par les officiers de la sécurité intérieure et de la DST, sous la supervision  de juges appartenant  aux tribunaux d'exception de la justice militaire, dont le fameux MOHAMMED ou RIDHA Dérouiche, un  juge originaire de DENDEN et ami d'enfance de feu SAHNOUN JOUHRI et du colonel KOLSI dont on reparlera plus tard.

Encore une fois, l'état major de la pauvre armée tunisienne, et celui de la garde nationale composé d'officiers supérieur s et de superviseurs politiques, n’ont émis aucune réserve concernant ces mises à pied, arguant du fait que les officiers  peuvent faire appel de la décision auprès de la présidence de la république (sic). Les services de la sécurité intérieur du ministère de l’intérieur, les renseignements généraux accentuent leurs pressions sur  les régiments d’élites de la garde nationale et de l’armée, et aussi de la police,  plusieurs arrestations  de sous-officiers et d’officiers ont eu lieu, pratiquement tous les officiers qui étaient proches du colonel KOLSI HEDI limogé il y’a quelques temps pour ses sympathies islamistes, c'est un officier très respecté par les hommes de troupe. Cette offensive, parfaitement coordonnée se déroule sur plusieurs fronts. L’islamisme est devenu la menace principale contre le gouvernement de ben Ali, même s'il n'a pas une véritable existence dans sa version djihadiste en Tunisie.  deux colonels, HAJRI et DAOUED de la garde nationale qui avaient participé à la mise en place  du dispositif  militaire lors des combats de SOLIMAN et de DJEBEL ERRESSAS ont été radiés pour "sympathies fondamentalistes" pour avoir maintes fois assisté à la prière du vendredi selon un rapport de la  DST (direction de la surveillance du territoire, calquée sur la DST française, mais avec beaucoup plus de pouvoir et sans aucun  contrôle judiciaire, ni aucun autre contrôle que celui du dictateur et son homme de main, le directeur de la sécurité, ce dernier est plus important que n'importe quel ministre, et a ses entrées au palais à n'importe quelle heure) . Le Premier ministre , son ministre de la défense et celui de l'intérieur sont les trois seuls membres politique s a assister au Conseil de la sécurité intérieur de 15 membres , le reste ce sont des membres de la DST et du RCD sous la présidence directe de   BEN ALI, des technocrates pour la plus part formés à la lutte anti terroriste à l'étranger, des bruits courent  qui prétendent qu'Israël et l'Amérique latine ont été leurs lieux de formation .Ce conseil décide souverainement des affaires militaires, policières, juridiques  et "des menaces internes et externes pour la sécurité du pays". Normalement, ce Conseil se réunit une fois par mois, c'est lui aussi qui décide des problèmes de carrière et de purges dans l'armée, la garde nationale, la police et le gouvernement, ainsi que le parlement et même les gouverneurs et les présidents de cellules du RCD. Les décisions de ce conseil  sont transmis à tous les officiers des trois corps pour exercer sur eux un maximum de pressions, la délation est encouragée et toujours récompensée. 

Les diktats de ce conseil vont sans doute contribuer à radicaliser une mouvance islamiste tunisienne qui jusqu'ici avait récusé la violence et accepté le jeu politique .ce n'est plus un secret pour personne que la troupe issues des milieux populaire, un milieu souvent très dévot, peut basculer  d'un moment à un autre, d'ailleurs  la plus part des appelés ne suivent  pratiquement plus d'instruction  au maniement d'armes et au combat. C’est assez révélateur de la peur  et la paranoïa du régime.

Depuis le putsch du 7 novembre surtout, des dizaines d’officiers et sous-officiers de l'armée et de la garde nationale, ainsi que des policiers en tenues ou en civil  ont été chassés de la fonction publique tunisienne. Si l’on ajoute ceux qui ont été chassés pendant leurs études dans les écoles spécialisées de ces corps, et ceux qui ont préféré demander à partir prématurément à la retraite, leur nombre serait trop important pour un aussi petit pays que la Tunisie. On leur reproche d’aller prier à la mosquée, et surtout, leurs femmes sont coupables de porter le voile.

"Ma faute", raconte l’ex-colonel KHOLSI, "c’était de prier, et d’avoir une femme qui portait le voile. Mais jamais je n’aurais imaginé que cela pourrait avoir de telles conséquences... Il y avait bien des rumeurs selon lesquelles si l’on voyait sur vos genoux, et votre front, que vous aviez été prier, on risquait d’avoir des ennuis, mais je ne le croyais pas.

Le capitaine M'RABTI de la garde nationale: "Je n’avais pas changé de style de vie: je priais depuis le début, il y avait une mosquée à l’école militaire. Et quand je me suis marié en 1991, ma femme portait déjà un foulard...

Mais cela n’avait pas d’importance. Au contraire, j’avais été félicité pour mon apparente rectitude et le respect que me témoignait mes subalternes, parce que je priais et je privilégiais toujours et avant tout l'humain sur les directives et l’autoritarisme, je travaillais dur, on pouvait compter sur moi. Pendant la guerre civile algérienne,  j’étais le seul officier responsable d’une unité dans le désert, à la frontière avec l'ALGERIE et LA LYBIE où souvent nous avons eu à faire face à de multiples tentatives d'infiltration de groupes armés ou même de l'armée algérienne et libyenne, et le fait de croire à un autre monde qui soit meilleure donnait du moral".

Mais tout cela s’est écroulé en quelques secondes. Deux ans avant son départ à la retraite, le colonel KHOLSI  s’est retrouvé sans emploi, sans sécurité sociale, sans rien -- avec une femme malade -- et avec l’impossibilité de travailler pour une autre administration.

Le colonel KHOLSI nie avoir milité dans une organisation religieuse: "C’était interdit, et je n’avais pas le temps", dit-il. "Et si cela avait été le cas, non seulement j’aurais été chassé de l’armée, mais j’aurais été mis en prison".

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Capitaine GASMI : "Ou votre femme enlève son voile, ou vous êtes chassé de l'armée"

Plus jeune, GASMI, né à SILIANA, dans le centre de la Tunisie d'un père instituteur et d'une mère au foyer, fait partie de ces nombreux officiers de l’armée tunisienne qui ont pratiquement passé toute leur jeunesse dans le moule de l’armée: dès l’âge de 17 ans, excellent élève , il est entré à l'académie militaire avec mention, . Il en sort lieutenant en 1988, et sert alternativement dans l’infanterie et dans l’artillerie en tant qu'instructeur

il est nommé en 1992 et 1995 au sud tunisien. En 1997, il est promu capitaine. Et cinq ans plus tard, en août 2.002, il est ... chassé de l’armée, après avoir passé 22 ans dans l’armée.

"Un dimanche matin, le commandant de mon bataillon sonne à la porte de mon appartement, à Bâb saadoun, et me dit: "Je suis désolé, mais vous êtes chassé de l’armée!" Il était venu me voir avec un minibus, accompagné de deux soldats armés, et nous sommes allés à la garnison, où j’ai rendu mes papiers et ma carte d’identité militaire. Le lendemain je suis retourné en civil chercher mes affaires; et j’ai dit au revoir à mes camarades. C’était fini!"

"Est-ce que je me doutais de quelque chose? J’avais entendu de mauvaises nouvelles à la télévision, mais je ne pouvais pas croire que cela m’arriverait... C’était pour les autres!

Mais quand je me suis marié, après le 28 février 1997 -- après l’ultimatum de ben Ali contre l'islam politique je savais que j’aurais des problèmes, parce que ma femme était voilée et que j'étais pratiquant. Mais je le préférais ainsi, c’était mon style de vie".

"Pourtant, je n’ai pas eu de problème au début", raconte l’ex-capitaine, "je ne cachais pas mes idées, mes supérieurs me connaissaient, ils connaissaient mon style. Mais un jour mon commandant m’a dit: "Vous devez dire à votre femme d’enlever votre voile, sinon vous serez chassé de l’armée". Je lui ai répondu que c’était ma religion, et si j’étais croyant, je devais respecter les règles... Et quelques mois plus tard, c’est arrivé: j’ai été chassé de l’armée, à 5 ans de la retraite. J’ai tout perdu, ma carrière, mon salaire, ma sécurité sociale, tout".

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Un des plus jeunes militaires chassés de l’armée, FAHEM JELASSI, né en 1970, est lui aussi passé par l'académie militaire, puis l'école militaire, celle de la marine, en France, à Toulon, où il est entré en 1990, à 20 ans. Il en est sorti en 1995, après quelques péripéties: il n’y avait pas de salle de prière à l’Ecole de la marine de Toulon, mais FAHEM JELASSI, croyant pratiquant, allait dans une mosquée le web end à Marseille; et pendant la semaine, il faisait ses prières dans le dortoir, en cachette. Manifestement, il s’est fait repérer, car en 1995, lors de la cérémonie annuelle des prix, il s’est fait exclure de l’Ecole sur ordre du ministère de la défense tunisien. pour "indiscipline". FAHEM JELASSI vit maintenant  à GAZA, où vit et prospère une petite communauté tunisienne dont certains militaires et officiers  en fuite qui avait rejoint les rangs de l'O.L.P à BEYROUTH? Ces Officiers étaient  pourchassé par la sécurité militaire depuis  l'époque de BOURGUIBA et sa paranoïa  islamophobe en 1982 ou 19984, BEN ALI était à cette époque  un de ses ministres ou homme de main le plus important et le plus sanguinaire sûrement, les opposants tunisiens de gauche, ou islamistes se souviennent très bien de cette époque et de ces officiers qui avaient fuis l'armée et le pays, certaines de leurs familles avaient payé le prix fort de leur engagement.

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Comme l'armée de terre, la garde nationale est considérée comme une entité ayant en son sein des éléments nationalistes et réfractaires, où l’on se montre sans pitié à l’égard des officiers soupçonnés de pratique religieuse "excessive" -- comme le commandant JAOUADI MUSTAPHA, 39 ans, en a fait l’amère expérience. Né à GAFSA, il est entré à l’académie militaire juste après le bac, en 1991,  et en est sorti lieutenant en 1995. Après avoir fait une spécialisation dans la logistique à Izmir en TURQUIE, il est nommé à BIZERTE, puis à GAFSA, où il passe 6 ans, avant d’être affecté à GABES, en 2.000, quand il fut promu commandant.

Mais derrière cette carrière apparemment brillante, se cachent beaucoup de problèmes. Cela commence à Bizerte, pendant le contrôle annuel, un contrôle qui dure 3-4 jours. "Pendant l’heure du déjeuner j’avais l’habitude d’aller prier dans la salle de prière de la garnison, avec 3 ou 4 simples soldats. Malheureusement pour moi l’officier responsable du contrôle a visité la salle de prière, et il m’a vu en train de prier. Il m’a interrogé: "Pourquoi faites-vous vos prières? Est-ce que vous faites aussi le jeûne du Ramadan"? J’ai répondu à ses questions, et il n’a pas réagi. Mais une demi-heure plus tard le général commandant la garnison était au courant, et il m’a convoqué. Il m’a demandé pourquoi j’allais à la salle de prière pendant le déjeuner, et m’a demande d’écrire un rapport.

Mais c’est quand JAOUADI a été nommé à GABES, en 2000, que ses ennuis sont devenus sérieux. "Dès le premier jour, j’ai été convoqué au bureau du commandant, qui m’a demandé si ma femme était voilée, si je priais, si je buvais de l’alcool. Il m’a dit: "Onze officiers sont arrivés ici avec des femmes "fermées" ("voilées"). Je les ai fait "ouvrir" (dévoiler) leurs femmes... Ou vous le faites, ou vous divorcez" ! J’ai répondu que ma femme était avocate, c’était à elle de décider"....

Les officiers qui portaient la barbe et dont la femme était voilée n’avaient pas le droit d’avoir un logement de fonction dans les cités spécialement réservées aux militaires. JAOUADI avait  voulu louer un appartement en ville, mais il n’a pas eu le droit de le faire, et finalement il a décidé avec sa femme qu’elle irait vivre à Tunis chez ses parents: "Pendant deux ans nous nous sommes vus le week-end, je faisais 8 heures d’autobus pour aller la voir".

En 2000, JAOUADI est muté à BENGUERDANE -- alors que règlementairement, après avoir fait deux séjours dans le sud de la Tunisie  les officiers peuvent demander une affectation à l’ouest ou au nord. "J’ai demandé Tunis ou le Kef, et on m’a envoyé à BENGUERDANE. C’est là, en décembre 2.000, que j’ai été chassé de l’armée. Un jour mon colonel m’a convoqué et m’a montré une lettre de quatre lignes me disant que j’étais chassé pour "comportement indiscipliné". Il m’a demandé de signer, et m’a demandé de lui donner mon revolver, mon uniforme, ma carte d’identité militaire, etc... J’avais eu les meilleures récompenses, je n’avais pas de problème de service, mais ma carrière était finie". Aujourd’hui JAOUADI est taxiste.

JAOUADI se défend d’avoir eu la moindre activité politique: "C’était défendu de faire de la politique. Dans l’armée, on obéit, c’est tout", affirme-t-il. Après avoir été chassé de l’armée. 

Comment expliquer une telle répression dans un pays où plus de 95 pour cent de la population est musulman? Le colonel KHOLSI, le plus ouvertement politisé des officiers que je connais et qui n'a pas peur d'être cité sous son vrai nom, fait l’analyse suivante: "En Tunisie, on peut distinguer trois sortes d’islam: le véritable islam; et puis l’islam populaire, vécu comme une tradition; et enfin l’islam du gouvernement, un islam de convenance. On peut dire que 30 pour cent de nos officiers supérieurs sont des athées qui sont arrivés à des postes clés au moment du putsch de novembre 87, ils connaissaient personnellement BEN ALI depuis son époque à la tête de la sécurité militaire: ces officiers supérieurs pensent que l’islam, c’est un habit, que l’on peut laisser à la porte en entrant dans l’armée. Sinon, l’islam est l’ennemi à abattre. Les autres officiers, la très grande majorité, ne sont pas comme ça, mais ils n’agissent pas, ou ils n’ont pas la possibilité de le faire".

PS : Seul le colonel KHOLSI parle sur sa véritable identité, les autres camarades ont choisi  des noms de code données à certaines manœuvres ou mots de passe.

(Source :  l’e-mag « ELKHADRA” N° 74 mis en ligne le 31 juillet 2007)

Lien : http://elkhadra.over-blog.com/article-6993761.html

Publié dans ESPACE INFO

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