APPEL URGENT

Publié le par PROFESSEUR MONCEF MARZOUKI

Dr Moncef Marzouki
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Sousse le 3-11-2006
Déclaration
 

En rentrant en Tunisie le 21 octobre, après avoir lancé  sur Al-Jazeera un appel à la résistance pacifique contre la dictature de Ben Ali, je savais ce qui m’attendait . Je n’ai donc pas été  surpris de ma convocation  le jour même de mon arrivée devant le juge d’instruction pour  ‘’ Incitation à la désobéissance civile’’.

Cependant  j’étais à mille lieux d’imaginer que le pouvoir pouvait , comme ce fût le cas  le vendredi 27 octobre , en plein centre de Sousse, lancer une cohorte de voyous derrière moi me traitant de traître , de Juif , de vendu au Qatar et ce pendant plus d’une heure . Il va sans dire que ces ''citoyens indignés'' étaient encadrés par la police en civil et en uniforme.

Le surlendemain , c’est dans la marina d’El kantaoui que j’ai été pris à partie , d’abord par une femme hurlant que je l’importunais , puis par une nouvelle cohorte de voyous me menaçant de …viol.

Cette  double agression n’est qu’un aspect  de procédés largement  utilisés par le  dictateur et à ses sbires  contre les opposants , alliant chantage, punition de la famille, intimidation, fabrication de cassettes pornographiques, vols de voitures, renvoi du travail, interdiction de voyager  ou de communiquer, effractions de domicile et j’en passe.

Le but de la manœuvre en ce qui me concerne est de m’interdire tout simplement la rue, afin que je ne puisse plus parler aux Tunisiens, et de transformer chacune de mes sorties en cauchemar. Il y a aussi le  projet très clair de susciter de ma part, ou de celle de mes amis, une réaction pouvant dégénérer en pugilats , donnant le droit au pouvoir de crier à la violence et au désordre sur la place publique suscités par ce soit disant non- violent.

De tels incidents, dans l’esprit des brillants stratèges qui ont conçu les deux opérations, outre  mon humiliation, doivent me pousser à retourner en exil excédé par la répétition des’’ manifestations populaires spontanées’’ contre moi.  

J’ai longuement réfléchi avec mes amis quant  à la conduite à tenir face à  cette stratégie du pouvoir. Après mûre réflexion, j’ai décidé :

1-De  ne pas retourner en exil affirmant mon droit au sol.
2- De refuser de comparaître devant une  justice de simulacre  pour répondre de violations de pseudo- lois  édictées par un pseudo- parlement  et dont la seule finalité est d’habiller de légalité démocratique, la fourberie et la brutalité de la dictature.
3-D’entériner que je suis assigné de facto à  résidence. Je resterai donc dans ma maison encerclée par la police politique , jusqu’à  un changement radical de la situation politique me permettant ainsi qu’à tous les Tunisiens de marcher librement dans les rues et d’exercer tous nos droits et libertés sans peur ni restrictions.

Je réitère mon appel, à la jeunesse notamment,  pour entrer dans une résistance civile utilisant tous les moyens pacifiques afin de mettre fin au  lent pourrissement de la société et de l’Etat, et d’empêcher  toute violence, vers laquelle pousse une dictature  irréformable.

                                                                  Moncef Marzouki

Publié dans SOS COMMUNIQUE URGENT

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