LE HOLD UP DE TUNIS AIR

Publié le par Ghazi El Gabsi

Tunis Air ou la chronique d’une faillite annoncée 

Les signes se multiplient. Et ils vont tous dans le même sens. La Direction qui réunit les employés, et les prépare au pire. La chute spectaculaire des cours de l’action Tunis Air en Bourse. Ainsi, un des fleurons de l’économie tunisienne, déposerait,  incessamment sous peu, le bilan. C’est donc la faillite ?

Rachetée par Carthago ?

Tunis Air est la seule compagnie aérienne au monde à offrir certains trajets à sa concurrence. En l’occurrence, il s’agit de Carthago, appartenant à Belhassen Trabelsi, c’est-à-dire au propre frère de Mme Ben Ali. Spectaculaire trajectoire que celle de Mr Trabelsi, d’ailleurs : à coup sûr particulièrement intelligent et travailleur, le voici hissé par sa lutte ascensionnelle acharnée PDG de cette étoile montante du ciel tunisien. La direction de Tunis Air a sans doute estimé que tant d’abnégation méritait récompense. Voici qu’elle lui offre, joignant le geste à la parole certains itinéraires intérieurs, voire même des lignes internationales. Mr Trabelsi, estimant que ses services n’ont pas été  jugés à leur véritable valeur, revendique un appui plus conséquent : sa compagnie manque de pilotes. Qu’à cela ne tienne ! Un coup de fil à Tunis Air, et en voici! En veux-tu ? En voilà ! 

 Tunis Air offre donc les services de ses pilotes à Carthago , tout en continuant de payer leurs salaires! Que de générosité ! Peut-on trouver de tels encouragement à l’initiative des jeunes entrepreneurs où que ce soit dans le monde ? Non ! C’est une spécificité purement tunisienne !!

 

Mais Tunis Air ne réserve pas ses largesses aux seuls dynamiques hommes d’affaires qui font la gloire de la Tunisie. Non, trois fois non ! Ainsi, elle propose un Boeing 737 pour que Mme Ben Ali puisse elle aussi profiter des soldes parisiennes. Qu’importe si le séjour de notre Première Dame se prolonge : l’avion l’attendra jusqu’à un mois sur le tarmac de Roissy Charles de Gaulle s’il le faut. Les frais de stationnement de l’avion (l’équivalent de quelques centaines de  milliers de nos dinars en devise !)  seront payés rubis sur l’ongle. Mais n’est ce pas la moindre des choses que l’on puisse faire pour la deuxième femme de notre bien aimé  Ben Ali national?

 

Du miracle économique et de la poule aux œufs d’or

 

IRSIT, fleuron de la recherche scientifique tunisienne, cité en exemple dans le Monde Diplomatique, comme étant l’un des rares pôles technologique en Afrique et dans le monde arabe à réellement être à la pointe de l’informatique. « Privatisé ». Entendez par là que la fille de Ben Ali se l’est approprié. Le voici peu à peu vidé de sa substance. Sans parler de tout le secteur des technologies de l’information, dépecé par la voracité du Clan. En sera-t-il de même du transport aérien national ?

 

Tous les éléments convergent en ce sens, et la faillite de Tunis Air viendrait fort à propos pour ceux qui guettent l’occasion de s’en accaparer, nous pensons bien évidemment à la clique des Trabelsi, par le biais de Belhassen et de sa société Carthago.

 

Dans les conditions actuelles, le véritable miracle économique est que les entreprises tunisiennes continuent à fonctionner. Le niveau d’éducation de nos concitoyens, atteint grâce à de grands sacrifices et à une politique éducative particulièrement volontariste sous l’air de Bourguiba, le sérieux de la plupart des cadres de notre pays lui a maintenu, (bon an mal an),  jusqu’ici  la tête hors de l’eau.

 

Mais sous les coups de boutoirs des hordes de bêtes sauvages amorales qui déferlent sur l’économie tunisienne, le véritable miracle serait d’éviter la faillite de tout le pays. Y compris de ses prédateurs, puisque ils auront dévoré la poule aux œufs d’or, après l’avoir consciencieusement déplumée. 

Ghazi El Gabsi

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