Les rumeurs sur l'état de santé de Ben Ali

Publié le par Fatima Kabba

Les rumeurs sur l'état de santé de  Ben Ali sont en train de pénaliser le pays...


Fatima Kabba sur la foi  des informations de nos correspondants à Tunis
 
A nouveau, les rumeurs concernant l’état de santé de  Ben Ali gagnent en force et en insistance. Non seulement les salons tunisiens, nourris des confidences des milieux médicaux, en bruissent mais aussi les chancelleries  qui suivent de près l’évolution de la situation de la Tunisie. Selon ces rumeurs, la période de rémission  ne semble pas avoir donné des signes d’amélioration, et ce malgré les traitements les plus pointus administrés au patient. Et le mal serait  - qu’à Dieu ne plaise - en progression.
 
La rumeur vaut ce que vaut une rumeur, c'est-à-dire pas grand-chose ; sauf que cette rumeur là, comme le cancer qui l’a engendrée, mérite un traitement. On ne peut pas laisser se propager une rumeur aussi dangereuse sur la santé même du pays sans lui souscrire et lui appliquer une médication appropriée ! Et ce ne sont certainement pas les dénégations acrimonieuses des membres du gouvernement (voir rubrique Su)  qui peuvent  le faire. Seul un communiqué dûment signé par des autorités médicales au-dessus de tout soupçon  quant à l’état de santé réel de  l’homme qui gère, sans partage depuis 18 ans les affaires du pays,  serait en mesure de tuer ou calmer la rumeur -  s’il en est.
 
Jusqu’ici, la classe politique tunisienne, y compris l’aile radicale de l’opposition, a adopté une attitude vis-à-vis de cette  grave question marquée du sceau de la prudence et d’une certaine dignité. Elle a refusé de faire de cette « question personnelle ou privée » un cheval de bataille politique, préférant déployer ce combat sur le champ  des institutions, des valeurs et des principes. Seuls les deux militants, Sihem Ben Sedrine et Omar S’habou, dans un communiqué commun publié sur le site de Tunisnews du 6 mai 2003  ont adopté une autre approche. Ils ont estimé que «  Dans un état de droit, la santé du Président de la République cesse d'être un fait privé. Elle relève du champ public. En Tunisie et en vertu des termes de la Constitution - surtout après la réforme de mai 2002 -le Président dispose de pouvoirs exorbitants. Son état de santé en devient organiquement lié, en quelque sorte, à la santé du pays.
 
Nous estimons par ailleurs que la nocivité et la dangerosité des rumeurs et des informations relatives à l'état de santé du chef de l'Etat sont aujourd'hui telles qu’elles risquent d'installer le pays dans un état d'attentisme, voire de fin de règne, préjudiciable à une marche saine de la vie publique.
 
Aussi et pour l'ensemble de ces considérations, nous pensons qu'il relève de la sagesse et du sens de responsabilité élémentaire d'y mettre un terme, dans un sens ou dans un autre, par la publication d'un communiqué dûment signé par une autorité médicale crédible sur l'état de santé du Président de la République. Nous souhaitons et voulons savoir la vérité sur son état de santé. Toute dissimulation équivaut dans le cas d'espèce à un gravissime manquement à l'intérêt supérieur de l'Etat et du pays.
Tous les Etats dignes de ce nom s'y obligent régulièrement. Ils ne font nullement preuve, ce faisant, de faiblesse qui atteigne à leur autorité. Au contraire, ils renforcent celle-ci en répondant à un droit légitime des citoyens d'être tenus informés de l'état de santé  de l'homme qui préside à leurs destinées et à celles de leurs enfants. »
 
Ce qui est en revanche sûr c’est qu’il n’est pas un seul homme politique, en Tunisie, du régime ou de l’apposition, qui n’ait pas intégré la maladie de  Ben Ali et ses éventuelles conséquences dans son équation personnelle. Leur silence est  cosmétique. Mais quelles que soient les approches et les arrières pensées des uns et des autres, la question de l’état de santé de  Ben Ali revient de nos jours avec acuité et ne peut plus objectivement être considérée comme ayant un caractère exclusivement  privé, tant ses incidences sur la vie nationale tunisienne commencent à se faire sentir. A titre d’exemple, la prospérité évidente du commerce des coffres-forts perceptible à Tunis.
 
Sur les bas cotés des routes et des autoroutes, des vendeurs ambulants  exposent et proposent ouvertement à la vente, en dehors des circuits réglementés, toutes sortes de coffres-forts  blindés.  Le commerce a tout l’air d’être florissant puisqu’il n’a pas cessé. Et que peut bien signifier ce phénomène de masse sinon un fond d’angoisse et d’inquiétude qui traverse le pays.  Quand les citoyens en viennent à préférer la sécurité de leur coffres-forts à celle de leur compte bancaire, n’est-ce pas un des signes les plus criants d’une perte de foi en le pays même. Et une rumeur qui va s’amplifiant - à tort ou à raison- sur un président qui ne travaillerait plus désormais que deux heurs par jour  est-elle de nature à calmer l’angoisse ou à l’amplifier ?
 
(Source : « Le Maghrébin », édition du 18 septembre 2006)
Lien : http://www.hebdo.amd-maghreb.org/index.php?option=com_content&task=view&id=51

Publié dans ESPACE INFO

Commenter cet article