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Dans un livre paru le 1er
octobre, les journalistes Nicolas Beau et Catherine Graciet dressent un portrait assassin de la « régente de Carthage », Leila Trabelsi, laquelle, avancent les auteurs, se positionne pour l’après
Ben Ali.Il y a quelques jours, la « présidente » s’est elle-même chargée de la promotion de ce court et peu flatteur portrait de 180 pages. Invoquant « des passages diffamatoires et d’autres
injurieux », la première dame s’est adressée – en vain - à la justice française.....pour en interdire la publication et retirer les exemplaires déjà en circulatio. Pourtant, l’ouvrage n’est pas
tout à fait une biographie non autorisée de Leila Trabelsi, 52 ans.Il s’agit plutôt, pour Beau et Graciet, de dresser un état des lieux de la dérive mafieuse de clans qui s’agitent sur fond de
rumeurs persistantes de vacillement de la santé présidentielle. Mettre la lumière sur Leila devient ainsi un prétexte tout trouvé (et probablement vendeur) pour parler des familles, dont les
Trabelsi et les Materi, qui agissent en maîtres absolus d’un pays qu’ils pillent allégrement. Une cohabitation à la tunisienne Le livre décrit avec minutie les contours d’une « cohabitation » à
la sauce tunisienne laissant à Ben Ali les clés de l’appareil sécuritaire, des grands dossiers diplomatiques et des arbitrages ultimes et accordant aux Trabelsi le mainmise sur tout le reste. Le
bouquin contient peu de révélations. Après tout, les frasques réelles, exagérées ou inventées des Trabelsi sont sur toutes les lèvres, en Tunisie. Mais c’est leur regroupement dans un livre bien
construit qui indispose un régime peu habitué à des critiques aussi acerbes. Deux constats contenus dans le bouquin peuvent légitimement inquiéter le pouvoir. D’abord, plusieurs indices laissent
croire que la bourgeoisie tunisienne (jusque-là complice, lâche ou profiteuse) ne se laissera pas imposer un suppôt des Trabelsi (les noms de Hédi Jilani et du gendre « bigot » Sakhr Materi
circulent avec insistance) comme successeur à Ben Ali. Encore plus alarmant pour la voyoucratie tunisienne, les auteurs rappellent que Washington commence à hausser le ton envers ce régime qui se
spécialise dans la désinformation. À trois semaines d’un scrutin présidentiel et législatif dont les résultats sont d’ores et déjà connus, ce livre va donner des raisons supplémentaires de
déprime aux démocrates. Beau et Graciet suggèrent que les Tunisiens pourraient bien finir par regretter l’ère musclée de Ben Ali devant la dérive mafieuse de ses probables successeurs. « La
Tunisie ne mérite pas cela ! », concluent-ils leur ouvrage.On ne saurait mieux dire… La régente de Carthage. Main basse sur la Tunisie. Nicolas Beau et Catherine Graciet. La Découverte, 2009, 180
pages.
Proposé par Taïeb Moalla Journaliste Québec le Dimanche 04 octobre 2009
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