Mais où est passé le président-candidat Ben Ali?

Publié le par TUNISIE STOP TORTURE

On s’est tous un peu habitués depuis vingt ans aux fugues de l’éternel candidat Ben Ali. L’on savait cette "bête" politique quelque part à serrer des mains, à prendre des bains de foule, à présider des meetings, à tenir des conférences virtuelles à partir de son bunker de Carthage où notre as du virtuel se réfugie le plus clair de son temps au milieu de "ses" fils électriques, "ses" caméras, "ses" écrans, bref toute la panoplie nécessaire à un plombier qui se respecte… Les plombiers, pour ceux qui l’ignorent, sont ces barbouzes qui, dans les années 70, ont été prises la main dans le sac en tentant de s’introduire dans les bureaux du journal satirique "Le Canard Enchaîné" pour y installer un système d’ écoutes.

Déguisé en boucher

Mais chez nous, en Tunisie, c’est différent. Tout est transparent depuis qu’en 1988, une émission de télévision nous a fait visiter les ateliers présidentiels de "l’ingénieur-président", de blouse blanche vêtu, blouse dont l’éclat n’était pas sans nous rappeler la tenue d’un boucher s’apprêtant à étaler les tripes et les têtes de son gibier…

Aujourd’hui, les victimes sont embarrassées de ne plus regarder leur bourreau sur les écrans de télé. A quelques jours de la cinquième grande imposture d’octobre, le Général est tout à la fois un Président absent et un candidat fantôme. Il déserte l’arène dans laquelle il est censé apporter sa vision prophétique quant aux questions de l’heure et les problèmes qui agitent le monde.

La télévision, les journaux nous en parlent comme d’un dictateur occupant plus que jamais les espaces médiatiques. Mais la rue, elle, y va de ses rumeurs les plus invraisemblables. Et il y a de quoi : disparaître de la scène depuis bientôt trois semaines est de nature à alimenter toutes sortes de thèses. Prions pour ne pas voir surgir un zombie ou un sosie le 25 octobre devant des urnes préalablement bourrées de faux bulletins, devant de faux électeurs, de faux journalistes, de faux observateurs.

Enregistrement télé en trompe-l’oeil

Que l’on ne nous reproduise pas la comédie du conseil interministériel sur l’eau dans la région de Gabes, enregistrée longtemps auparavant et diffusée pour couper court aux légitimes spéculations !

Il y a des lustres que le bon peuple n’est plus dupe, et craint surtout, dans ces mauvais jeux de rôle, que Zinochette se substitue à Zinochet sans y voir que du feu. Et pour cause : jamais Leïla n’a autant tenu son rôle de "Régente". Elle est partout, elle ordonne de tabasser Hamma Hammami à son retour de Paris où il avait insisté sur son détournement des deniers publics avec son clan ; au même moment, elle rend visite aux personnes du 3ème âge pour leur caresser les mains et leur tapoter sur les épaules telle une bonne mère de famille. Elle fait envahir Paris et les grandes villes françaises par les sbires à sa solde pour rafler un livre qui la déshabille et la peint sous son vrai visage, pendant que son mari alité n’en a pas fini la re-lecture, dit-on.

Annonce d’un faux meurtre d’opposant

"Ses" Services créent pour elle toutes sortes de diversions, comme ce lundi 5 octobre où il fut annoncé le meutre à Montréal de l’opposant Tarak Mekki. L’ignominie de ce régime ira jusqu’à diffuser une vidéo sur Dailymotion, avec lecture de versets coraniques, sans le moindre égard pour les proches et la famille du faux défunt.

Et les Tunisiens s’interrogent sur les lendemains qui déchantent déjà.
"Un seul être (leur) manque et tout est dépeuplé", comme ronronnait le poète…

Slim BAGGA


"Bakchich"
6 octobre 2009 à 18h37

Publié dans CHRONIQUE

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article