LES PRIORITES DE L' AMBASSADRICE DE TUNISIE A BERNE

Publié le par Houcine Ghali / Genève

Après la tenue de la deuxième réunion préparatoire du Sommet mondial de la société de l'information ( SMSI ) à Tunis en novembre 2005, les relations diplomatiques se sont dégradées entre le gouvernement de Ben Ali et la Suisse, co-organisatrice de cette manifestation sous l'égide des Nations Unies.
Président de la Confédération hèlvétique durant cette période, Samuel Schmidt n' a pas hésité, à Tunis même et en direct à la télévision du pays, de demander l' application concrète des fondements du SMSI, à savoir l' ouverture à la liberté des médias, le libre partage des informations, du savoir et des opinions sur Internet, ici  même, en Tunisie. Il s' est ensuite prononcé pour la mise en exergue, durant cette deuxième phase tunisienne du Sommet sur la société de l'information, de l' article 19 de la Déclaration universelle des droits humains, précisant que la liberté d' expression constitue un droit humain fondamental dans toute société réellement démocratique.
Son discour en direct sur la chaine tunisienne 7 a été coupé, l' ambassadeur tunisien à Berne rappelé et un chargé d' affaires l' a remplacé pour expédier les affaires courantes jusqu' à la nomination de Mme Rafi'a El Imam Bawandi en tant que nouvelle ambassadrice à la fin de cet été 2008.

Cet incident a fait le tour de la planète et discrédité le pouvoir tunisien qui, sous le coup de la colère de ses dirigeants, a démontré clairement qu' il ne tolètre aucune critique et qu' il est véritablement répressif. Le rappel de l' ambassadeur tunisien à Berne et la vacance  de cette charge durant près de trois ans n' a été profitable ni aux immigrés tunisiens travaillant et résidant en Suisse, ni aux échanges économiques entre les deux pays ni à l'investissement suisse en Tunisie.

La colonie tunisienne en Suisse s' attendait à ce que la nouvelle ambassadrice Mme Rafi'a El Imam Bawandi allait se réunir avec ses membres, s' enquérir de leurs besoins et de leurs conditions, entendre leurs doléances et essayer de résoudre leurs nombreux problèmes. Peine perdue et l' ambassadrice de Tunisie à Berne s' est contentée d' envoyer à chacun des Tunisiens de Suisse cette invitation, datée du 18 septembre 2008 en tant qu' inauguration de son poste : " Dans le cadre de la bienveillance qu' accorde le président de la République Zine Eddine Ben Ali aux membres de la communauté tunisienne de l' étranger et notamment ceux de la deuxième et troisième génération pour leur permettre de célébrer les diverses fêtes musulmanes, ce qui leur permet de s'attacher encore plus à leur religion et à leur patrie, il nous plait de vous inviter à la soirée de célébration de la nuit du destin ( léalatou el kadr ), et ce le 25 septembre, à l' hotel Warwick, à Genève, à 21 heurs 30 ".

Faut-il rappeler ici qu' à Genève, où vivent près de 30.000 Arabes, il ya plusieurs lieus de prières et principalement la mosquée du Petit Saconnex, le Centre islamique et plusieurs associations islamistes. Les Tunisiens de la Cité de Calvin n' ont donc aucun problème pour célébrer la nuit du destin. Ils ont au contraire d ' autres préoccupations plus sérieuses à résoudre d' autant plus qu' ils manquent d' organisations, contrairement aux autres communautés étrangères, pour règler eux-mêmes leurs problèmes.

Que le gouvernement tunisien ait opté pour l' envahissement du champ islamique pour l' intègrer à son idéologie et couper ainsi l' herbe sous les pieds d' Ennahdha et d' autres courants religieux, c' est son choix bien que cette stratégie ne sert à long terme que les adeptes de Cheikh Ghannouchi et son clan. Mais delà à voir l' ambassadrice de Tunisie à Berne mettre en priorité la célébration de cette fête religieuse avant de se présenter à ses compatriotes résidant en Suisse et s' enquérir de leurs problèmes et de leur conditions de vie, c' est vraiment un comble et une mauvaise appréciation de ses actions diplomatiques et sociales.
Si notre ambassadrice à Berne rétorque qu'elle n' est pas là pour faire l' assistante sociale et que son travail est d'abord et surtout d' ordre diplomatique, alors on lui répondra qu' à ce moment, et pour être logique avec elle même, il ne faut pas qu' elle s' adonne à une mission de prosélytisme ni à une fonction de propagantisme de l' idéologie destourienne auprès des immigrés tunisiens en Suisse.

 Lorsqu' un nouveau ambassadeur débarque en Suisse, il est vite mis sous l' influence du personnel de l' ambassade qui lui présente la situation des Tunisiens résidant en Confédération hèlvétique sous les meilleurs auspices. C'est exactement comme losqu' on change de gouverneur ou de délégué dans les régions de  Tunisie, le oumda, le président de la municipalité, le secrétaire général du comité de coordination et les différents élus du parti au pouvoir RCD prennent en charge le nouveau nommé et lui cache la réalité du gouvernorat et de la délégation.

En Suisse, les Tunisiens y résidant sont livrés à eux-mêms et certains d' entr' eux ont fini par se diriger vers les organisations islamiques , la Mosqué du Petit Saconnex, le Centre islamique et l' association créée par les membres d' Ennahdha réfugiés en Confédération hèlvétique. Certains ne recoivent même pas une convocation pour les élections qui se passent dans le pays parce qu' ils sont opposants au régime de Ben Ali.
Et pourtant, les Tunisiens de Suisse envoie chaque année plus de dix millions de dinars dans leur pays. Ils demeurent ainsi de simples vaches à lait puisqu' ils ne bénéficient même pas d' une réduction sur les billets d' avion et de bateaux lors des vacances d' été et même de décembre, considérées comme des périodes de haute saison durant lesquelles toute faveur se trouve suspendue!

Houcine.ghali@bluewin.ch

Publié dans CHRONIQUE

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