Silence, on réprime au bassin minier de Gafsa

Publié le par C.R.L.D.H. Tunisie

Le pouvoir policier tunisien poursuit sa  campagne répressive sans précédent dans le bassin minier de Gafsa et notamment à Moularès et Redaief afin d’étouffer les aspirations et les revendications légitimes de la population de la région, toutes tendances confondues, franchissant un nouveau pas vers la tyrannie et la persécution.
 
En effet, la région, toute entière, s’est de nouveau embrasée ce mardi 6 mai 2008 à l’annonce de la mort du jeune  Hichem BEN  JEDDOU EL ALEIMI, 26 ans, un drame qui s’est produit à la suite d’une électrocution produite par une ligne à très haute tension, à l'intérieur d'un générateur électrique desservant les ateliers de la compagnie des phosphates du bassin minier de Gafsa. Un autre jeune, Taoufik BEN SALAH, 21ans, est tombé dans le coma et ses jours sont en danger.
La mort de ce jeune est survenue lorsque un groupe de jeunes chômeurs a décidé la veille, le lundi 5 mai, d’occuper le générateur électrique et de stopper l'alimentation d'une partie des installations de la Compagnie. Par cette action spectaculaire, ils entendaient protester contre la promesse non tenue des autorités préfectorales d’un probable recrutement au sein de la Compagnie d'un certain nombre de chômeurs.
Alerté, le sous-préfet s’est rendu sur place, accompagné d'une brigade d'intervention de la police afin de dégager les jeunes chômeurs du générateur électrique. Les policiers ont commencé par lancer des gaz lacrymogènes pour contraindre les occupants à quitter les lieux. Le jeune BEN  JEDDOU s’est emparé de câbles électriques afin d'empêcher que l'évacuation ait  lieu. Le générateur était à ce moment hors tension. La remise en fonction du courant électrique a provoqué l’électrocution du jeune Hichem et celle d'un certain nombre de jeunes chômeurs qui se trouvaient avec lui. L’électrocution a été si forte que le corps de la victime aurait été projeté en dehors de l'installation électrique. Quant aux secours, ils  ne sont arrivés que plusieurs heures après l'accident….
Ce drame a remis le feu aux poudres à toute la région, provoquant des affrontements violents avec les forces de police, dont le nombre avoisine les 10 000, provoquant consternation et désolation. Plusieurs jours après le drame, Redaief et Moularès vivent de fait sous état de siège : pendant quatre jours, Moularès a vécu dans l’horreur, descentes et intrusions violentes dans les quartiers et domiciles semant la peur dans les familles et occasionnant au passage la destruction des portes, fenêtres et meubles. Dans le même temps, des centaines de policiers en civil ont bloqué toute la ville et ses issues, interrompant tout trafic.
 
Cette situation explosive s’est de nouveau dégradée le jour des funérailles du jeune Hichem BEN JEDDOU, lorsque  des milliers de policiers, matraques à la main, accompagnés de chiens ont jeté sur les manifestants des dizaines de bombes lacrymogènes et causé des incendies, infligeant des blessures  graves à un grand nombre de citoyens, sans oublier les pertes économiques considérables suite au saccage et au vol des différents commerces. Des femmes ont été sorties de force de leurs domiciles et regroupées sous la menace sur la place publique et les carrefours, entourées de leurs époux, enfants et frères.
Le CRLDHT présente ses sincères condoléances à la famille de Hichem BEN JEDDOU EL ALEIMI et  partage avec elle son chagrin  et sa colère. Il réitère son entière et indéfectible solidarité avec les populations du Bassin minier dans leurs luttes légitimes pour la vie et la dignité ; il exprime son indignation et sa consternation face à cette escalade de violence meurtrière qui a fait de la force le seul langage, entraînant  des affrontements inutiles !
Il appelle à l'ouverture d'une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur ce crime  qui a coûté la vie à un jeune innocent, mort pour avoir revendiqué son droit à l’emploi

Publié dans ESPACE INFO

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