Les services du général Ben Ali ont une part de responsabilté dans les vols des Yachts par la mafia des Trabelsi

Publié le par Michel DELEAN

L'expédition d'un juge français à Tunis

 L'opération s'est déroulée dans le plus grand secret. Selon nos informations, deux neveux par alliance du président tunisien Ben Ali, ont été mis en examen vendredi à Tunis par un juge d'instruction français, dans une sombre affaire de trafic de yachts. Imed et Moez Trabelsi, neveux de l'épouse du chef de l'Etat tunisien, sont soupçonnés par le juge du tribunal d'Ajaccio, Jean-Bastien Risson, d'être les commanditaires du vol de trois bateaux de luxe.


Trois bateaux de luxe auraient été volés par des membres de la famille du président tunisien. (Reuters)
Le juge Risson, arrivé jeudi soir en Tunisie flanqué du procureur d'Ajaccio, José Thorel, a également fait procéder sur place à plusieurs perquisitions, à l'examen de documents bancaires, ainsi qu'à des auditions. Tout cela avec l'autorisation et sous le contrôle du doyen des juges d'instruction de Tunis. L'affaire porte sur trois yachts qui valent plus d'un million d'euros chacun. Le premier, le Sando, a été volé le 16 décembre 2005, alors qu'il était amarré dans le port de plaisance du Lavandou (Var). C'est ensuite le Blue Dolphin qui a été dérobé, le 21 janvier 2006, à Cannes. Enfin, le Beru Ma, le 5 mai 2006, à Bonifacio. Mais le propriétaire de ce superbe yacht n'est pas n'importe qui : il s'agit de Bruno Roger, patron de la banque d'affaires Lazard, ami de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy.

Un des bateaux appartenait à un proche de Chirac et Sarkozy

Les gendarmes de Toulon, désignés par le juge d'Ajaccio, ont assez vite retrouvé la trace des hommes d'équipage soupçonnés d'avoir commis ces vols: après avoir quitté la Corse nuitamment, le Beru Ma avait fait escale en Sardaigne, où il avait été repéré. Parallèlement, un enquêteur privé -mandaté par la compagnie d'assurances- a réussi à découvrir le yacht dans le port de Sidi Bou Saïd, près de Tunis, en juin 2006. Il était temps: le bateau était en train d'être maquillé. La restitution du Beru Ma à son propriétaire, rapide et discrète, a été suivie de près par l'Elysée, alors occupé par Jacques Chirac, et par le ministère de l'Intérieur où se trouvait Nicolas Sarkozy. Quant aux deux autres yachts, que certains témoins affirment avoir vus à côté du Beru Ma dans le port de Sidi Bou Saïd, ils n'ont pas été retrouvés à ce jour.

Tensions diplomatiques après la convocation des frères Trabelsi

Huit personnes ont été mises en examen par la justice française dans ce dossier de "vols commis en bande organisée". Le skippeur Cédric Sermant, soupçonné d'avoir volé et convoyé les trois bateaux jusqu'en Tunisie, a donné plusieurs versions des faits. Il a fini par mettre en cause les frères Trabelsi, assurant notamment les avoir rencontrés en Tunisie. Un intermédiaire, Azzedine Kelaiaia, lui aussi mis en examen, s'est pour sa part montré plus prudent: il s'est borné à expliquer qu'il avait entendu dire que les yachts étaient destinés aux Trabelsi. Les deux frères sont, en outre, cités dans des écoutes téléphoniques de l'enquêteur privé qui a retrouvé le Beru Ma. Imed Trabelsi est soupçonné d'avoir commandité le vol des deux premiers yachts, et son frère Moez, celui du troisième.

Mais les deux frères nient catégoriquement avoir pris part au trafic. Ils expliquent, en substance, avoir été mis au courant et s'être vu proposer les yachts, mais ne pas s'y être intéressés. Jouissant de nombreux privilèges, les frères Trabelsi sont régulièrement dénoncés par l'opposition tunisienne, qui les taxe d'affairisme et leur attribue diverses turpitudes. Sollicités par le JDD, ni l'avocat d'Imed Trabelsi, Me Jean-François Velut, ni ceux de Moez Trabelsi, Mes Claire Doubliez et Eric Morain, n'ont donné suite.

Le juge Risson avait initialement convoqué les frères Trabelsi au tribunal d'Ajaccio, en vain. Il avait ensuite demandé leur incarcération, dans une commission rogatoire internationale délivrée voici un an. Cet épisode avait déclenché des tensions diplomatiques et créé une certaine crispation entre le juge d'instruction et le procureur d'Ajaccio -comme l'a rapporté le site Mediapart. Pour finir, les défenseurs des frères Trabelsi avaient fait savoir au juge et au procureur que leurs clients étaient disposés à s'expliquer... mais sur le sol tunisien. De discrètes tractations ont suivi. La mise en examen des neveux par alliance du président tunisien intervient une quinzaine de jours à peine après la visite officielle effectuée par Nicolas Sarkozy, accompagné de Rachida Dati, fin avril, à Tunis.
 
(Source: "Le Journal du Dimanche" le 18 mai 2008)
Lien: http://www.lejdd.fr/cmc/societe/200820/l-expedition-d-un-juge-francais-a-tunis_117938.html

Publié dans ESPACE INFO

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