TUNISIE : Réhabiliter la Constitution !

Publié le par Mustapha Benjafar

Pour la troisième fois en l’espace de dix ans, le chef de l’Etat se propose de modifier  «  d’une manière transitoire et exceptionnelle » la loi constitutionnelle fixant les conditions de candidature à l’élection présidentielle prévue en  2009. Cette manière de faire pose problème. Elle obéit à une logique antidémocratique en permettant à un plus que  probable candidat de désigner ses futurs concurrents, et surtout d’écarter, d’une manière particulièrement ciblée et presque nominative, ceux qui dérangent. La compétition est, dès lors, biaisée. Les nouvelles conditions, encore en état de projet, empêchent les partis sélectionnés ? de choisir leur candidat -ce qui marque un recul par rapport à 2004- et interdit à d’autres partis légaux, comme le Forum démocratique pour le travail et les libertés, de participer à une élection qui revêt, compte tenu des pouvoirs conférés au président de la république, une importance capitale.
 Le mal ne s’arrête pas là. Car, outre la gravité que représente l’ingérence du pouvoir , en usant et abusant des lois, dans les affaires internes des partis, favorisant les uns , réprimant les autres,tout en voulant rester maître de la situation jusque dans les détails les plus insignifiants, il y a cette fâcheuse tendance à la facilité dans le rapport des tenants du pouvoir avec la Constitution. On la change si fréquemment que cela ressemble à des  tripatouillages. Il y a d’autres moyens de parer au plus pressé, de répondre à des contraintes conjoncturelles. Des lois ordinaires aux décrets, aux arrêtés….l’arsenal juridique est assez riche pour y puiser ce qui convient le mieux, à un moment ou à un autre. Tous les juristes, et il n’en manque pas autour du chef de l’Etat, connaissent la hiérarchie des normes. Par contre, la Constitution , en tant que loi fondamentale, doit rester à l’abri des contraintes conjoncturelles. Elle est justement faite pour endiguer les droits du souverain au profit de la souveraineté populaire. Ceux qui ont choisi le sigle du « Destour » le vieux et le néo, comme slogan de leur lutte pour l’indépendance, connaissaient le poids des mots. Quelque part, la Constitution est sacrée. A force de la changer, de la manipuler, pour un oui, pour un non, elle est devenue si inintelligible et si in cohérente qu’on regrette la Constitution de 1959.Il n’est pas trop tard pour la réhabiliter. Les prochaines élections nous offrent une réelle opportunité. Par delà la volonté des uns de garder le pouvoir et les ambitions légitimes de l’opposition à participer à la vie politique et à la gestion de la cité, c’est l’avenir de la Tunisie qui est en jeu . La seule chance de préserver les acquis et de construire la Tunisie de demain sur des bases d’ouverture, de progrès et de prospérité, consiste à engager, au plus vite, un processus démocratique et pluraliste fondé sur l’état de droit, la liberté de choix des citoyens, le respect de la volonté populaire. Des élections libres et démocratiques en 2009 en constitueraient le premier jalon.
 
(Source: Le journal "Mouatinoun" organe du FDTL (Hebdomadaire - Tunis) le 2 avil 2008)

Publié dans CHRONIQUE

Commenter cet article