TUNISIE : L'affaire Soliman la piste du complot

Publié le par Mohamed Abbou

undefinedDepuis la découverte par les arabes de l'accord seyks-picot de 1916, la Théorie du complot fait ravage dans le monde arabe. L'étranger est en principe, un conspirateur, le gouvernant l'est aussi bien qu'on n'ose pas généralement le lui dire à haute voix.  
C'est peut être par conscience de ce qui précède, pour ne peut être traité de paranoïaque et par souci d'objectivité qu'on a tendance à écarter la thèse du complot dans nos analyses au risque parfois de passer à coté de la vérité sans s'en aperçevoir.
Pourtant il y'a du louche dans l'affaire de Soliman et en est en droit de suivre la piste du complot pour rechercher la vérité.
 
Citons pour illustration les évènements suivants :

- La bataille de Soliman s'est déroulé dans un contexte politique devenu tendu à cause des agressions  "gratuites" des militants, le refus de résoudre le problème de la ligue Tunisienne des droits de l'homme,  qui pourtant existait depuis 1977 sans jamais déstabiliser le régime en place, l'incarcération d'un avocat fortement défendu par la société civile internationale et de certains partenaires de la Tunisie pendant 29 mois alors que ses écrits n'étaient lus que par un nombre très restreint d'internautes et qu'il ne constituait, ni lui ni ce nombre réduit d'opposants défiants la peur, aucun danger immédiat pour le régime ainsi que le maintient en prison d'islamistes modères après 16 ans d'incarcération sans aucune explication valable.

- Le passage à tabac de militantes associatives (Fatma Ksila et samia Abbou) et leurs évacuation par la force de la maison d'Imed Ben Ameur accusé dans l'affaire de Soliman pour  les empêcher d'écouter sa famille alors que la Tunisie se prêtait a discuter son rapport devant la commission des droits de l'homme de l'ONU et qu'on avait intérêt à apaiser la tension.

- Le 20 février dernier la chambre criminelle à la cour d'appel de Tunis a rendu son verdict dans l'affaire du groupe Terroriste impliqué dans la bataille de Ain Tebournoug connue sous le nom de l'affaire de Soliman. Le Jugement a été rendu mais l'affaire n'a pas été instruite de manière à éclairer la vérité. Trop d'énigmes  pour pouvoir déclarer l'affaire close.
Un certain Saber Ragoubi a été condamné à mort sans que les éléments du dossier nous disent ce qu'il a de plus dangereux que les autres pour le condamner à une telle peine.
Selon certains  avocats,  la personne est condamnée dans un dossier pour ce qu'on lui reproche de commettre dans une autre  affaire qui ne sera jamais différée devant la justice et peut être jamais divulguée par les avocats, secret professionnel oblige.

- La version officielle quant à elle n'a fait que consolider la thèse du complot.
En effet le ministre de l'intérieur a déclaré au siège du parti au pouvoir que les services de sécurité étaient au courant de l'entrée du groupe armé sur le sol Tunisien et que les membres du groupe étaient surveillés par la police en vue de les attraper avec leur complices (la main dans le sac). Histoire à dormir debout. En fait tout le monde sait qu'on n'a jamais besoin en Tunisie du flagrant délit pour obtenir la culpabilité devant un tribunal.
 Comment peut on surveiller un groupe de terroristes armés bien entraînés et toujours prêts à éviter les yeux de la police? Les a-t-on filés depuis la frontière algéro-Tunisienne jusqu'a la montagne de Ain Tebournoug? Ou bien les a-t-on surveillés électroniquement?
La première thèse est évidement absurde. La deuxième si elle est la bonne nécessite la présence d'un émetteur électronique chez l'un des terroristes ou dans ses bagages ou armes ce qui nous conduit à conclure à la présence d'une taupe dans le groupe.
 Autre possibilité, les services de la police avaient tout simplement une taupe parmi le groupe. Dans ce cas on a le droit de poser des questions sur le rôle du dit agent et des  autorités dans l'affaire ce qui nous mènera très loin…
Peut on donc affirmer qu'il y'a eu un complot ? pas de preuves Tangibles pour le faire.
Personnellement je me contente pour le moment de dire que s'il est vrai que les services de sécurité étaient au courant et qu'il ne sont pas intervenus dés l'entrée du groupe sur notre territoire, les responsables doivent payer la facture sévèrement sur les plans politique et administrative. On n'a pas le droit de jouer avec la vie des citoyens  -policiers et soldats y compris-.
Cependant je favorise plutôt la version de la fausseté de la nouvelle et que les services de police n'étaient pas du tout au courant des déplacements du groupe voire de  son entrée sur le territoire. Ce qui nous mène de nouveau à évoquer la question du droit à l'information en Tunisie qui n'est pas du tout reconnu par le régime en place qui essaie toujours d'imposer ses versions et de marginaliser ou réprimer les voix dissidentes et qui s'abstient surtout de regarder la vérité en face et insiste à continuer sa fuite en avant.
Malgré tout une vérité doit éclater : le groupe venant  d'algerie n'aurait jamais recruté personne chez nous s'il y'avait un Etat qui garantissait les droits et libertés des citoyens et qui sanctionnait ses fonctionnaires coupables d'atrocités dignes d'un tribunal international en l'absence de recours interne. Torturer, arracher les poils de la barbe à la main, déchirer les foulards des femmes voilées, n'ont jamais contribué à limiter le phénomène salafiste ça n'a fait que le fortifier et lui avancer ses raisons d'être. En effet une des conquêtes de notre Tunisie est la transformation de certain prosélytes apolitiques en jihadistes ainsi que l'élargissement de l'oppression à toutes les tendances  intellectuelles et politiques de sorte à n'épargner aucune faction : les islamistes les militants de la gauche, les nationalistes, les libéraux, les pratiquants, les athées, ceux qui prennent les armes, ceux qui publient sur Internet et appellent à la paix et la prospérité du pays et même les humoristes.
 Le temps de la révision est venue. Ne pas comprendre çeci veut dire que l'on joue avec l'intérêt du pays de sa stabilité et de son avenir. Comprendre ceci et passer outre vaut une déclaration pure et simple que l'intérêt du pays n'est aucunement prioritaire.
Revenons à la raison, il peut y avoir une solution qui haussera notre Tunisie au rang qu'elle mérite.
 
Mohamed Abbou
abboumohamed@Gmail.com

Publié dans CHRONIQUE

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