KIDNAPPING DE TOURISTES AUTRICHIENS EN TUNISIE

Publié le par Jean-Pierre Tuquoi

Le silence embarrassé des autorités au Maghreb
 
Les autorités se taisent et les rumeurs vont bon train. Près de trois semaines après la disparition de deux touristes autrichiens au Sahara et la revendication de leur enlèvement, en début de semaine, par l'organisation d'Al-Qaida aux pays du Maghreb islamique, les Etats concernés sont avares de déclarations.
 
La Tunisie, où se trouvaient probablement les voyageurs au moment de leur enlèvement, laisse entendre que le couple avait franchi la frontière algéro-tunisienne avant son enlèvement. Et que donc Tunis n'est en rien concerné par l'affaire. Pourtant, dans le même temps, des opérations militaires de reconnaissance terrestres et aériennes ont été signalées, dans le sud du pays, pour tenter de retrouver le couple de touristes.
 
Déjà, en avril 2002, au lendemain d'un attentat meurtrier contre une synagogue célèbre, dans l'île de Djerba, revendiqué par des islamistes, Tunis avait tenté de faire croire à un acte isolé. Il lui avait fallu faire machine arrière peu après.
 
Hier comme aujourd'hui, la position tunisienne s'explique. Avec près de 7 millions de touristes accueillis en 2007 - soit bien davantage que le Maroc -, le plus petit pays du Maghreb ne peut sans risque voir écornée son image de pays sûr, à l'abri du terrorisme islamiste. Il en va de la poursuite du "miracle" économique tunisien.
 
Les Algériens, de leur côté, ne sont pas plus diserts que leur voisin. Les autorités n'ont guère envie de voir leur pays en première ligne dans une affaire de terrorisme née dans un pays tiers. Leur intérêt est de suggérer, ce à quoi s'emploie la presse locale, que le groupe islamiste, avec ses deux otages, a quitté l'Algérie, simple pays de transit, pour rejoindre une zone montagneuse difficile d'accès au nord du Mali, après un périple de plus de mille kilomètres à travers la Libye et le sud algérien. La Libye aussi se tait tout comme les autorités maliennes.
 
Que les ravisseurs aient réussi à trouver refuge dans les montagnes de l'Adrar n'est pas impossible pour peu que l'alerte ait été donnée tardivement. Les islamistes y sont plus en sécurité qu'en Algérie pour négocier le paiement d'une rançon.
 
Les services de sécurité algériens laissent entendre que le commando islamiste responsable de l'enlèvement appartient à la mouvance de "l'émir" du Sahara, le commandant de la 9e région de l'organisation terroriste, Yahia Djouadi, connu sous le nom de Yahia Abou Amar Etiarti. Réputé responsable de l'assassinat, en février, de sept gardes frontières algériens à l'est de la ville d'El-Oued, dans le sud du pays, les combattants de "l'émir" se déplaceraient en fait entre l'Algérie, la Tunisie et la Libye, sans se soucier de frontières forcément poreuses dans la région.
 
L'hypothèse est crédible. Elle ne doit pas faire oublier que d'autres groupes sont à l'oeuvre dans cette immense bande sahélienne qui court de la Mauritanie au Tchad, et embrasse pour partie le Mali, le Niger, l'Algérie et la Libye.
 
Les Occidentaux s'en préoccupent. Les Américains disposent dans le nord du Mali d'une présence militaire permanente. Et ils entraînent les armées locales à la lutte antiterroriste. Quoique plus discrets, les Européens aussi sont également actifs dans cette "zone grise". On l'a vu fin 2007 au lendemain de l'assassinat de quatre touristes français dans le Sahara mauritanien. Mais jusqu'à présent, la présence des Occidentaux n'a pas permis de réduire les groupes terroristes.
 
(Source : « Le Monde » (Quotidien – Tunis), le 13 mars 2008)

Publié dans ESPACE INFO

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