Autrement dit Deal with Hamas

Publié le par RIDHA KEFI

Les habitants de Gaza ont l’habitude de dire : «Quand un Israélien est tué par une roquette, cela fait les gros titres de la presse internationale, mais il faut au moins 50 morts palestiniens pour que l’opinion publique mondiale s’émeuve de ce qui se passe chez nous.»

Cette injustice dont les Gazzaouis se sentent à juste titre victimes, ils en ont eu l’illustration une nouvelle fois, jeudi 6 mars, à la suite de la mort de huit élèves d’une école talmudique à Jérusalem-ouest, et la blessure de 10 autres, mitraillés par un Palestinien, qui a été abattu à son tour par un officier de réserve israélien.

Ce jour là, des voix s’étaient élevées un peu partout dans le monde pour dénoncer cet acte terroriste. Le président français Nicolas Sarkozy, qui avait juré, une semaine auparavant, de ne plus serrer la main d’une personnalité ne reconnaissant pas Israël, n’a pas trouvé de mots assez forts pour condamner «avec la plus grande fermeté l’attentat lâche et barbare». Quant au Premier ministre britannique Gordon Brown, il a cru devoir déplorer une attaque visant à «porter un coup au coeur du processus de paix», comme si ce processus n’avait pas déjà été «tué» par les incessantes incursions de l’armée israélienne dans les territoires palestiniens. La Maison blanche, pour sa part, a jugé «assez répugnantes» les célébrations qui ont suivi l’attentat dans la bande de Gaza et a implicitement critiqué le silence des pays arabes modérés. Quant au Conseil de sécurité de l’ONU, habituellement sourd et muet lorsque les victimes sont palestiniennes, il s’est réuni en urgence, quelques heures seulement après l’évènement. Et si ses membres n’ont pas pu s’entendre sur un texte condamnant l’attentat, c’est en raison de l’opposition de la Libye.

Disons-le d’emblée pour lever toute équivoque : la fusillade de Jérusalem, œuvre d’un Palestinien de 24 ans employé dans la même école, est certes un acte inacceptable et qui doit être condamné sans nuance, parce qu’il a pris pour cible des civils sans défense.

On ne peut cependant s’empêcher de s’étonner du silence assourdissant de la communauté internationale sur les massacres commis par l’armée israélienne, quelques jours auparavant, dans la bande de Gaza, durant l’opération appelée «Pluies chaudes» qui a fait, quatre jours après son déclenchement le 1er mars, 116 morts palestiniens dont 39 enfants, 15 femmes et 2 secouristes, et 350 blessés dont 92 enfants et 42 femmes.

Que fait cette communauté internationale, si prompte à s’émouvoir après chaque attentat commis par la résistance palestinienne ou libanaise, pour venir en aide aux 1,5 millions d’habitants de Gaza, soumis depuis plusieurs mois à un siège de plus en plus hermétique et meurtrier, privés d’eau, d’électricité, de fioul, de médicaments et autres produits de première nécessité, et enfermés, comme des animaux en cage, dans une bande de quelques kilomètres carrés ?

Pourquoi ces belles âmes, toujours prêtes à envoyer des troupes au Darfour, en Afghanistan, en Irak ou ailleurs, se montrent-elles circonspectes voire franchement hostiles dès qu’il s’agit de faire un geste pour alléger la souffrance des Palestiniens ou desserrer l’étau de l’occupation israélienne qui les empêche carrément de respirer et de vivre ?

Combien faudrait-il encore de morts palestiniens – et israéliens –, car à la guerre, quel que soit le déséquilibre des forces en présence, les victimes se comptent toujours des deux côtés… Combien faudrait-il donc encore de morts pour que les maîtres de ce monde se résolvent enfin à faire pression sur le gouvernement israélien pour qu’il accepte un cessez-le-feu, c’est-à-dire l’arrêt de toutes les hostilités : roquettes Qassam et obus de mortier de la part du Hamas et des autres organisations, «liquidations ciblées», incursions militaires et privation de nourriture de la part d’Israël, prélude à la reprise des négociations entre les deux parties ?

Ces négociations ne sauraient cependant impliquer seulement l’Autorité palestinienne, aujourd’hui en perte de légitimité au regard des Palestiniens. Elles devraient inclure aussi le Hamas, au pouvoir depuis janvier 2006 à Gaza, et qui s’est imposé peu à peu, par l’aveuglement même des dirigeants israéliens et leur incapacité à réduire sa force de frappe et sa popularité parmi les Palestiniens, comme un interlocuteur incontournable de la scène palestinienne.

Négocier avec le Hamas ne devrait plus constituer un tabou, puisque, comme le dit le grand journaliste pacifiste israélien Uri Avnery, «Israël a tout intérêt à négocier avec un gouvernement palestinien qui comprenne les deux grands mouvements [Fatah et Hamas], afin que l’accord conclu soit accepté par presque toutes les parties du peuple palestinien.»
 

(Source : « L'Expression» (Hebdomadaire – Tunis), n° 22  le 14 mars 2008)

Publié dans SANS FRONTIERES

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