Fidel Castro, révolutionnaire du XXe siècle, se retire

Publié le par REUTERS Anthony Boadle

Reuters 19.02.08 | 09h53
 
LA HAVANE (Reuters) 
Après 49 années au pouvoir, le dirigeant cubain Fidel Castro, qui a érigé aux portes des Etats-Unis un Etat communiste né dans les maquis de la Sierra Maestra et tenu tête à dix locataires de la Maison blanche, a annoncé mardi qu'il ne briguerait pas de nouveau mandat présidentiel.

Héros pour certains, dictateur selon d'autres, Castro, charismatique et fougueux, reconnaissable à sa barbe et à son uniforme vert olive, n'a plus été vu en public depuis 19 mois et n'exerce plus la réalité du pouvoir depuis qu'il a confié les rênes à son frère Raul le 31 juillet 2006. Provisoirement.

Opéré aux intestins pour une maladie jamais explicitée, Fidel Castro s'est lentement remis de l'intervention. Dans un message publié mardi par le quotidien communiste Granma, il annonce mardi que sa condition physique ne lui permet pas de poursuivre sa charge de président du Conseil d'Etat et de chef des armées.

Le provisoire devient définitif.

"A mes chers compatriotes, qui m'ont fait l'immense honneur ces derniers jours de m'élire au parlement, je vous informe que je n'aspirerai ni n'accepterai, je répète, que je n'aspirerai ni n'accepterai la charge de président du Conseil d'Etat et de commandant en chef", écrit le "Comandante en jefe" dans un message publié sur le site internet du quotidien communiste.

DE LA MONCADA À LA SIERRA MAESTRA

Arrivé au pouvoir à Cuba en 1959, Fidel Castro a mené tambour battant une révolution qui a inspiré des mouvements gauchistes dans le monde entier. Près d'un demi-siècle plus tard, le Lider Maximo, qui a multiplié ces derniers mois les articles sur la marche du monde, se pose encore en défenseur d'une orthodoxie communiste menacée d'extinction.

"Le socialisme ou la mort": voilà ce que Castro oppose, à la fin des années 80 et au début des années 90, à la chute du communisme dans les pays d'Europe de l'Est.

Face à la dégradation de la situation économique et à une douloureuse baisse du niveau de vie des Cubains, cet orateur hors pair a toutefois dû introduire des réformes nécessaires au salut de son île, menacée de banqueroute. C'est le début de la "période spéciale".

PUISSANCE NON ALIGNÉE

Officiellement né dans le village de Biran, près de Mayari, dans l'est de Cuba, le 13 août 1926 - certains biographes situent sa naissance un an plus tôt - Castro est le fils d'un immigré espagnol ayant fait fortune dans la culture de la canne à sucre.

Après une scolarité catholique chez les jésuites, il étudie le droit à La Havane, où il prend part à une vie politique parfois violente. Il s'engage rapidement dans des activités clandestines visant au renversement de la dictature de droite de Fulgencio Batista.

En 1953, l'attaque de La Moncada, une caserne militaire, lui vaut d'être condamné à 30 ans de prison. Bénéficiant d'une amnistie, il est libéré dès 1955 et gagne le Mexique, où il prépare l'invasion de l'île avec d'autres exilés cubains.

En décembre 1956, Castro et 81 compagnons d'armes regagnent l'île à bord du Granma. Le débarquement tourne à la catastrophe. Seuls douze "barbudos", dont Castro, son frère et Ernesto Che Guevara, survivent. Lorsqu'ils arrivent dans les maquis de la Sierra Maestra, ils n'ont en tout et pour tout que sept fusils. Mais ils parviennent à mobiliser.

En 1958, les rebelles repassent à l'offensive - cette fois avec succès. Le 1er janvier 1959, Batista quitte précipitamment Cuba, et un gouvernement provisoire est formé, où Castro, à l'âge de 32 ans, devient chef des forces armées, puis Premier ministre.

Une fois arrivé au pouvoir, Castro entreprend de faire de Cuba une puissance non-alignée. Son projet: une révolution politique, économique et sociale.

Par ses choix radicaux, le Lider Maximo s'aliène Washington, qui suspend en 1961 ses relations diplomatiques avec La Havane. Naturellement, Castro se tourne alors vers Moscou.

Il autorise en octobre 1962 l'installation sur son sol de missiles soviétiques. La confrontation qui s'ensuit avec les Etats-Unis, alors dirigés par John F. Kennedy, conduit le monde au bord d'un conflit mondial.

COQUILLAGE TRUFFÉ D'EXPLOSIFS

Dès le début, l'aversion des Américains pour ce régime si diamétralement opposé à leurs conceptions politiques, conduit Washington à comploter contre Castro, avec l'aide de la CIA.

En 1961, plus d'un millier d'exilés cubains entraînés par la CIA débarquent dans la Baie des Cochons. L'opération est un échec cuisant, mais les services secrets continuent de réfléchir à des moyens - plus ou moins sérieux - de l'éliminer.

Un rapport spécial du Sénat des Etats-Unis, en 1975, révèle que les services secrets américains ont envisagé, un temps, de verser dans ses chaussures un produit chimique qui déclencherait la chute de sa barbe, ce qui aurait grandement entamé son charisme.

Parmi les autres subterfuges envisagés: lui faire livrer des cigares empoisonnés, ou placer un coquillage bourré d'explosifs sur son lieu de plongée habituel.

Castro affirme avoir survécu à 600 projets d'assassinats ourdis par la CIA ou les exilés cubains.

"Je suis vraiment heureux d'atteindre 80 ans. Je ne m'y attendais pas, pas plus que d'avoir un voisin - la plus grande puissance mondiale - qui essaie chaque jour de me tuer", a-t-il déclaré le 21 juillet 2006 lors d'un sommet des présidents d'Amérique latine.

"L'HISTOIRE M'ABSOUDRA"

Alors que, un an et demi plus tard, il s'efface du premier rang, Castro bénéficie d'un soutien international renouvelé et entretient d'excellentes relations avec de nombreux dirigeants d'Amérique du Sud, notamment le président du Venezuela Hugo Chavez, comme lui très hostile à George Bush.

En envoyant près de 20.000 médecins cubains soigner les plus pauvres, d'abord au Venezuela, et jusqu'au Pakistan, en Indonésie et au Timor-Oriental, le dirigeant cubain a encore élargi le cercle de ses amis et supporters.

Pour la jeunesse altermondialiste, Castro et "le Che" sont devenus des icônes de la révolution.

Mais dans son propre pays, Castro est accusé par ses opposants d'avoir soumis les onze millions de Cubains à la pauvreté collective dans un Etat policier.

Chaque jour, des candidats à l'exil remplissent les files d'attente devant les ambassades étrangères.

Arrivé au crépuscule de sa vie, Castro a tenté de répondre aux insuffisances les plus criantes du régime qu'il a fondé - des logements délabrés, des transports publics insuffisants, les pannes d'électricité, la corruption - tout en refusant de laisser s'exprimer ses détracteurs. L'argent et le pétrole à bas coût fournis par son ami Chavez ainsi que les prêts chinois ont permis au régime cubain de garder la tête hors de l'eau.

Une intervention chirurgicale à l'intestin a contraint le Lider Maximo à déléguer le pouvoir à son frère Raul, de cinq ans son cadet, le 31 juillet 2006, pour la première fois depuis son accession au pouvoir. Son état de santé ne cesse depuis d'alimenter les spéculations. Selon des responsables américains, il serait atteint d'un cancer en phase terminale.

Certains anciens parmi les fidèles, tel Mario Bruqueta, qui a combattu à ses côtés dans la Sierra Maestra, s'inquiète de l'avenir, quand l'"irremplaçable" chef aura disparu. Selon lui, "le peuple cubain est plus fidéliste que communiste."

"L'Histoire m'absoudra", lançait Castro lors de son procès pour l'attaque de La Moncada

Publié dans SANS FRONTIERES

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