Journée historique pour les Albanais du Kosovo proclamé indépendant

Publié le par AFP

17/02/2008 21h21
Des Kosovars brandissent le nouveau drapeau du Kosovo, le 17 février 2008 à Pristina
©AFP - Dimitar Dilkoff

PRISTINA (AFP) - Le Kosovo a proclamé dimanche son indépendance, rêve de plusieurs générations d'Albanais de la province, mais catégoriquement rejetée par Belgrade, avec le soutien de la Russie qui réclame son annulation, et par les Serbes du Kosovo qui menacent de faire sécession.

Le Parlement du Kosovo, réuni à Pristina, a approuvé par acclamation l'indépendance de la province du sud de la Serbie à majorité albanaise.

"Nous sommes désormais un Etat indépendant, libre et souverain", a déclaré le président du Parlement, Jakup Krasniqi, après l'adoption de la déclaration d'indépendance lue par le Premier ministre kosovar Hashim Thaçi.

L'indépendance, soumise pour une durée indéterminée à une supervision internationale, devrait être reconnue rapidement par les Etats-Unis et plusieurs grands pays de l'Union européenne.

Washington a "pris note" de la proclamation et appelé toutes les communautés du Kosovo au calme. "Nous évaluons cette question et nous en discutons avec nos alliés européens", a déclaré le département d'Etat.

La Russie a aussitôt réclamé l'annulation de la proclamation et demandé la convocation d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, qui a débuté peu après 20h00 GMT.

Des Albanais du Kosovo en liesse à Pristina, le 17 février 2008
©AFP - Dimitar Dilkoff

La Russie veut que l'ONU déclare "nulle et non avenue la proclamation unilatérale d'indépendance", a indiqué avant la réunion l'ambassadeur de Russie à l'ONU, Vitaly Tchourkine.

Cette proclamation constitue "une violation de la souveraineté de la Serbie", "de la Charte de l'ONU et de la résolution 1244 du Conseil de sécurité" qui a mis fin au conflit de 1998-1999, selon le ministère russe des Affaires étrangères.

C'est aussi la position de la Serbie, dont le président, le pro-occidental Boris Tadic, a demandé dans une lettre au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon l'annulation de la déclaration d'indépendance.

Plusieurs pays de l'UE ont simplement pris acte de la proclamation kosovare et ont appelé à la modération, dans l'attente d'une déclaration officielle qui devrait être faite lundi à Bruxelles à l'issue d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères.

Le diplomate en chef de l'UE, Javier Solana, a appelé "tout le monde à agir calmement et de façon responsable".

Le Premier ministre kosovar Hashim Thaçi, le 17 février 2008 au Parlement du Kosovo
©AFP - Daniel Mihailescu

Mais Belgrade et les Serbes du Kosovo (un peu moins de 10% de la population) ont répété qu'ils ne reconnaîtraient jamais une souveraineté kosovare.

La Serbie a prévenu qu'elle s'opposerait par tous les moyens "diplomatiques, politiques et économiques" à une proclamation "illégale". "La Serbie ne reconnaîtra jamais l'indépendance du Kosovo", a répété le président Tadic après la proclamation.

"Pour la Serbie, il n'y a pas et il n'y aura jamais d'Etat fantoche du Kosovo sur son territoire", a renchéri le Premier ministre serbe, le nationaliste Vojislav Kostunica.

M. Kostunica s'en est pris au président américain George W. Bush et à "ses partisans européens" qui ont encouragé les Albanais à proclamer l'indépendance. "La politique destructrice, cruelle et immorale des Etats-Unis a conduit à cette illégalité sans précédent", a-t-il lancé.

A Pristina, la proclamation a été accueillie par des hourras dans les rues de la ville, qui vibrait aux cris d'"Indépendance" dans le bruit des klaxons et des pétards. Des dizaines de milliers de Kosovars brandissaient des drapeaux albanais - aigle noir bicéphale sur fond rouge - et des drapeaux américains.

Le nouveau drapeau du Kosovo indépendant, représentant en jaune le tracé du territoire accompagné de six étoiles sur un fond bleu foncé, n'a été dévoilé que dans l'après-midi au Parlement.

Le Premier ministre Hashim Thaçi a souhaité la "bienvenue" à la mission de l'Union européenne qui doit se déployer au Kosovo pour superviser les débuts de l'indépendance.

Ce déploiement va intervenir alors que l'UE est divisée sur la question de l'indépendance. La majorité de ses membres sont prêts à la reconnaître. Mais six pays (Chypre, Grèce, Espagne, Bulgarie, Roumanie, Slovaquie) ont dit clairement qu'ils ne la reconnaîtraient pas, la jugeant dangereuse car de nature à alimenter les séparatismes à travers le monde.

Signe de la réalité de ce risque, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, deux régions séparatistes et pro-russes de Géorgie, ont annoncé peu après la proclamation kosovare qu'elles allaient demander à la Russie et à l'ONU de reconnaître leur indépendance.

Et le Sri Lanka, qui combat les séparatistes tamouls, a estimé que la proclamation kosovare, "violation de la Charte des Nations unies", était un "grave précédent" qui pourrait "constituer une menace grave pour la paix et la sécurité internationale".

Malgré ses divisions, l'UE a décidé de déployer au Kosovo une mission de quelque 2.000 policiers et juristes qui doit prendre à terme la relève de la Mission de l'ONU (MINUK).

La MINUK a commencé à administrer le Kosovo en 1999, après que des bombardements de l'OTAN eurent contraint le président Slobodan Milosevic à retirer de la province les forces serbes, qui combattaient la guérilla de l'Armée de libération du Kosovo (UCK).

Une force commandée par l'OTAN, la KFOR, est chargée depuis 1999 d'assurer la sécurité au Kosovo.

 

Proclamation de l'indépendance du Kosovo. Durée: 1mn10
©AFPTV
Parmi les scénarios possibles figure une sécession du nord du Kosovo, où vivent 40.000 des 120.000 Serbes vivant sur le territoire.

 

Le Premier ministre Hashim Thaçi et le président du Kosovo Fatmir Sejdiu ont promis de garantir la sécurité des Serbes et des autres minorités.

Mais ignorant par avance la souveraineté kosovare, les Serbes du Kosovo ont annoncé dès vendredi qu'ils organiseraient dans leurs zones les élections municipales prévues en mai en Serbie et formeraient leur propre "Parlement du Kosovo".

Des violences entre les deux communautés sont à craindre.

Deux grenades ont été lancées dimanche à Kosovska Mitrovica, dans le nord du Kosovo, sans faire de victimes. L'une a explosé dans la cour d'un tribunal de l'ONU, l'autre, lancée contre le bâtiment où doit s'installer la mission de l'UE, n'a pas explosé.

A Belgrade, des centaines de jeunes Serbes ont manifesté dans la soirée, parfois violemment. Selon les médias, un policier a été légèrement blessé lors d'une échauffourée devant l'ambassade des Etats-Unis.

Publié dans SANS FRONTIERES

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