La Tunisie dans le Rapport annuel 2008 de REPORTERS SANS FRONTIERES

Publié le par REPORTER SANS FRNTIERE

Appelé par son parti, le Rassemblement constitutionnel démocratique, à assurer un cinquième mandat, le président Zine el-Abidine Ben Ali devrait se représenter avec succès en 2009. Le chef de l’Etat contrôle le pays depuis 20 ans d’une main de fer et rien ne laisse augurer une quelconque ouverture. En 2007, la censure de la presse n’a pas diminué.

 

Le 24 juillet 2007, l’avocat et cyberdissident Mohammed Abbou est sorti de la prison du Kef après avoir passé 875 jours en détention pour avoir dénoncé sur le Net la pratique de la torture en Tunisie. La libération de Me Abbou, seule bonne nouvelle de l’année, n’a pas eu de répercussions positives sur le déficit démocratique tunisien. Le président Zine el-Abidine Ben Ali, qui a fêté en novembre le vingtième anniversaire de son accession au pouvoir, a réitéré ses promesses d’"ouvrir la voie à l’opinion et à l’opinion différente" et demandé à la presse de faire preuve de plus d’audace. En 2007, plusieurs journalistes ont été agressés par les forces de l’ordre pendant l’exercice de leur fonction ou traînés en justice pour des motifs fallacieux, payant cher cette "audace" souhaitée par le Président. La censure d’Internet est toujours aussi contraignante et de nombreux journaux étrangers, proposant des articles sur la Tunisie, ont été bloqués à la frontière.

 

Depuis sa libération, Mohammed Abbou n’a pas été autorisé à sortir du territoire. A deux reprises, l’avocat a été bloqué à l’aéroport de Tunis alors qu’il s’apprêtait à se rendre à l’étranger à l’invitation de médias ou d’organisations de défense des droits de l’homme. Le journaliste Abdallah Zouari est, quant à lui, soumis à des restrictions encore plus invraisemblables. Libéré en 2002, après avoir passé onze ans en prison, le collaborateur d’Al Fajr, organe officieux d’un mouvement islamiste, a été condamné à une peine administrative complémentaire pour une durée de cinq ans dans la ville de Zarzis, à 500 km de Tunis, où vit sa famille. Cette condamnation signifie que l’ex-détenu doit se présenter régulièrement au commissariat le plus proche de son domicile. L’exil administratif du journaliste a été prolongé en 2007 sans aucune explication.

 

Un journaliste emprisonné

 

Pas moins de dix journalistes ont été agressés par la police et trois médias censurés en 2007, sans compter les journaux indéfiniment bannis du pays à l’instar des publications françaises Le Canard enchaîné et Charlie Hebdo. Trois journalistes ont été poursuivis en justice. Deux d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison. Parmi eux, Slim Boukhdir, correspondant du site d’informations Al-Arabiya.net, a écopé d’une peine d’un an pour "outrage à fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions", "atteinte aux bonnes moeurs" et "refus de présenter ses papiers d’identité". En Tunisie, les journalistes sont souvent condamnés pour des motifs éloignés de leur profession pour éviter toute accusation de censure. C’est ainsi que Slim Boukhdir a été interpellé lors d’un contrôle d’identité des passagers d’un taxi collectif reliant Sfax à Tunis, après avoir été pris en filature par des policiers. Tout au long de la procédure judiciaire, le magistrat en charge du dossier a refusé de lui accorder la liberté provisoire. Le 3 mai, Journée internationale de la liberté de la presse, Slim Boukhdir a été agressé à Tunis lorsque des agents en civil ont barré sa route et l’ont frappé à coups de pied, tout en le traitant de "traître" et d’"espion". Quelques jours auparavant, le journaliste avait publié un article dans lequel il attribuait la responsabilité de la mort de plusieurs personnes lors d’un concert de musique dans la ville de Sfax à un proche du président Ben Ali.

 

Un contrôle compulsif de l’information

 

Le régime tunisien n’autorise aucun espace de contestation sociale ou politique. Les journaux des partis d’opposition légaux sont étroitement surveillés et saisis au moindre écart. Le contrôle de l’information par le pouvoir tunisien revêt un caractère obsessionnel. Tous les cybercafés sont contrôlés par l’Etat et le site de partage de vidéos Dailymotion connaît régulièrement des blocages. Au mois de mars, un numéro de l’hebdomadaire français Courrier International n’a pas été distribué en Tunisie. Il comportait un article du journaliste tunisien Taoufik Ben Brik intitulé “Hay El-Akrad, l’autre visage de Tunis”, description amère d’un quartier pauvre de la capitale tunisienne. De même, si les journalistes étrangers ne rencontrent pas de grandes difficultés pour se rendre dans le pays, leur travail sur place est surveillé de près. En novembre 2007, une équipe de journalistes suisses, venue couvrir les festivités marquant le vingtième anniversaire de l’arrivée au pouvoir du président Ben Ali, n’a pas été autorisée à interroger la population et a dû être accompagnée en permanence d’un fonctionnaire de l’Agence tunisienne de communication extérieure (ATCE).

 

(Source : le rapport annuel de RSF, le 13 février 2008)

Lien : http://www.rsf.org/article.php3?id_article=25310

Publié dans RAPPORTS

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