Procès de Slim Boukhdhir: une sentence pour l'exemple

Publié le par SIHEM BEN SIDRINE

Le journaliste Slim Boukhdhir vient d'être condamné le 18 janvier courant par la cour d'appel de Sfax à un an de prison ferme pour avoir refusé de présenter sa carte d'identité et prétendument insulté un agent de l'ordre. La sévérité du verdict est un message à tous ceux qui s'aventureront, comme lui, à dénoncer la corruption qui sévit dans l'entourage du président.
 
Sans vraiment surprendre personne, la sentence est tombée ce jeudi 18 janvier, Slim Boukhdhir terminera sa peine d'un an de prison prononcée en première instance le 4 décembre 2007.
Fidèle à sa tactique, le juge laissera parler «librement» ses avocats, venus à Sfax plus nombreux pour le soutenir. C'est assez commode pour envelopper de légalité une sentence déjà prise en haut lieu!
Nul n'était dupe; ce pourquoi il comparaissait n'a rien à voir avec ce qu'il lui était reproché réellement.
 
Il répètera en vain à un tribunal sourd que les faits qui lui étaient reprochés n'ont jamais existé; qu'il n'a jamais insulté le gendarme et qu'il a seulement réagi à une provocation et une atteinte à ses droits en affirmant ses opinions politiques contre le régime.
 
Slim avait été arrêté le 26 novembre, le jour même où il devait se rendre à Tunis pour prendre livraison de son passeport, dont il avait été arbitrairement privé, au poste de Khaznadar, après une grève de la faim de 15 jours pour obtenir ce droit élémentaire. Il avait pris à l'aube un taxi collectif de Sfax, sa ville natale, pour s'y rendre. Il avait constaté qu'une voiture de police banalisée suivait le taxi. Le scénario était bien préparé et la garde nationale fera mine de faire un contrôle de routine, totalement diligenté par la police politique qui donnait les ordres.
On connait la suite; il est condamné le 4 décembre à un an de prison ferme pour "outrage à fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions", "atteinte aux bonnes mœurs" et "refus de présenter sa carte d'identité aux forces de l'ordre".
 
Lors de ce dernier procès, ses avocats demanderont en vain que tous les témoins soient présentés à la cour et confrontés à l’accusé. Ils mettront en lumière le montage peu crédible de l'affaire. Pour un refus de présenter une pièce d'identité d'un passager (punissable par une amende de 5 DT, équivalant à 3 euros), ce sont tous les occupants du taxi qu'on emmène au poste et seules 2 personnes (sur 4) seront appelées à témoigner; les deux témoins sont porteurs de licences (le chauffeur et un entrepreneur) délivrées à la discrétion du ministère de l'intérieur comme chacun sait.
Par ailleurs, le policier « lésé » sera le même qui rédigera le PV, il sera juge et partie! Mais la justice de Ben Ali n'a cure des vices de procédures.
 
La sentence, disproportionnée aux faits reprochés (elle n'excède jamais normalement 2 mois de prison), illustre à souhait son caractère ostensiblement politique. C'est ce qu'ont longuement démontré les avocats qui ont dénoncé le fait que Slim Boukhdhir a été jugé pour ses écrits critiques et ses enquêtes sur la corruption sévissant dans les milieux proches de la présidence.
 
La sentence de Slim vaut avertissement pour tous ceux qui osent s'aventurer au delà des lignes rouges tracées par un pouvoir qui n'a jamais toléré une critique depuis son arrivée au pouvoir il y a 20 ans.
 
Encore un otage, comme ce fut le cas pour Mohamed Abbou; Encore un cas pour lequel la société civile tunisienne devra se mobiliser. Et encore une fois, au lieu de présenter des avancées tangibles en matière de liberté d'expression, on présentera la libération de l'«otage» comme un geste de libéralisation à mettre au crédit du pouvoir pour les partenaires européens et dans les rapports à l'ONU.
 
(Source : « Kalima » (Mensuel électronique indépendant), N° 59 – Janvier 2008)
Lien : http://www.kalimatunisie.com/article.php?id=661

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