Torture dans les prisons, existence de détenus politiques… : Le sinistre tunisien de l'injustice nie tout

Publié le par Abdourahmane CAMARA

Ils sont une trentaine d'islamistes à être détenus dans les prisons tunisiennes. Onze d'entre eux viennent de bénéficier de la grâce présidentielle. Mais, pour le ministre tunisien de la Justice et des Droits de l'homme, Béchir Tekkari, ce ne sont pas des détenus politiques quand bien même l'un de leurs chefs d'accusation est leur appartenance à un mouvement islamiste. Le ministre nie également avec véhémence les accusations de torture dans les prisons et d'arrestations arbitraires proférées par les organisations de défense des droits de l'homme.
993efe0605c380a22864708bd387dc5e.jpg(Envoyé spécial à Tunis) - Des mensonges. Il est quasiment hors de lui, le ministre tunisien de la Justice et des Droits de l'homme, Béchir Tekkari, quand il est interpellé sur les nombreuses accusations de violations des droits de l'homme proférées contre son pays par des ONG de défense de ces droits. En parlant hier de ces organisations non gouvernementales face à la presse internationale, le ministre tunisien est sorti de ses gonds : « Ce sont des rentiers des droits de l'homme. » Les tortures et autres sévices corporels dont seraient victimes des détenus dans les prisons tunisiennes, ce sont des « allégations mensongères », martèlera-t-il. Toutefois, admet-il, des bavures « ont pu se produire » qui sont le fait de gardes pénitentiaires. Et de citer le cas de ce gardien de prison condamné, il y a deux ans, pour avoir maltraité un détenu qui a été ensuite dédommagé. Il s'y ajoute que s'il y avait des cas de sévices corporels en prison, les observateurs du Comité international de la Croix Rouge (Cicr) qui visitent régulièrement les prisons tunisiennes et « discutent librement » avec les détenus, les auraient signalés à l'attention de la communauté internationale, dira le ministre tunisien de la Justice et des Droits de l'homme pour clore ce débat.
 
Béchir Tekkari réfute également avec véhémence les allégations selon lesquelles les prisons tunisiennes comptent des détenus politiques parmi leur population carcérale. Aucune de ces personnalités politiques ne se trouve en prison pour ses idées politiques, jure-t-il, la main sur le cœur. « Il n'y a pas de prisonniers politiques en Tunisie. Aucune personne n'a été condamnée pour son appartenance politique ou pour ses idées. Ceux qui se trouvent en prison le sont pour des délits de droit commun ». En tout état de cause, plusieurs d'entre ces détenus politiques sont des islamistes, dont certains ont été condamnés à perpétuité pour tentative de coup d'Etat et appartenance à une association non reconnue. Même s'ils sont plus d'une trentaine de détenus – le ministre n'a pas voulu préciser leur nombre - dont l'un des chefs d'accusation est d'avoir appartenu au mouvement islamiste Ennahdha ou au Groupe Al Ansar, le ministre tunisien de la Justice et des Droits de l'homme persiste dans ses dénégations sous les interpellations de la presse internationale présente à Tunis. Que le président Zine El Abidine Ben Ali ait gracié onze d'entre eux à l'occasion du 20e anniversaire de son arrivée au pouvoir ne change rien dans le refus du ministre Béchir Tekkari de reconnaître à leur vingtaine de camarades restés en détention le statut de détenus politiques.
Quant aux arrestations arbitraires que dénoncent des organisations non gouvernementales, elles sont, selon lui, une invention de ces ONG de défense des droits de l'homme. Pourtant, jusqu'à récemment, l'officier de police judiciaire n'avait pas besoin de l'autorisation préalable d'un juge pour proroger de quarante-huit heures le délai légal de garde-à-vue qui est de trois jours au maximum en Tunisie. Ce qui est à l'origine de nombreuses bavures policières, à en croire les ONG de défense des droits de l'homme. Et pour y mettre un terme, le président tunisien a « ordonné » à son gouvernement « d'élaborer un projet de loi renforçant les garanties judiciaires durant la période de détention préventive, en obligeant la partie judiciaire à justifier la décision de prorogation des délais, de manière à éviter toute prorogation automatique de ces délais ». Le même projet de loi portera également « obligation pour le juge d'instruction de justifier la décision d'arrestation du prévenu à titre préventif afin de souligner le caractère exceptionnel de l'arrestation préventive ». Le président Ben Ali a fait part de cette décision hier, jeudi, à l'occasion du 20e anniversaire de son arrivée au pouvoir. Il n'a sans doute pas pris une telle décision ex-nihilo.
Abdourahmane CAMARA – Walfajri – Sénégal

Publié dans ESPACE INFO

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article