L’ONU condamne la Tunisie pour torture

Publié le par Carole Vann et Juan Gasparini

Tunis doit mettre de côté ses palmiers et ses plages et répondre de ses actes sauvages envers ses ressortissants dans ses commissariats.
 
Le Comité contre la torture de l’ONU, composé de dix experts indépendants, a condamné vendredi la Tunisie pour les mauvais traitements infligés à un militant des droits de l’homme. Ali Ben Salem avait été tabassé dans un commissariat de Tunis en 2000. L’homme, âgé de 67 ans, avait été arrêté alors qu’il accompagnait des journalistes étrangers venus soutenir leur confrère tunisien Tawfik Ben Brick. Ce dernier menait une grève de la faim pour protester contre la confiscation de son passeport.
 
Des dizaines de policiers avaient fait barrage pour empêcher les visiteurs d’entrer chez Tawfik Ben Brick. Ils avaient alors chargé et tabassé tout le monde, étrangers et tunisiens confondus. L’événement avait à l’époque défrayé la chronique internationale. Embarqué au poste de Al Manar, Ali Ben Salem y avait été sauvagement traîné par les cheveux et battu jusqu’à perdre connaissance. Aujourd’hui, à 74 ans, il souffre de séquelles à cause d’un traumatisme crânien et de blessures à la colonne vertébrale suite aux coups reçus durant sa captivité.
 
Enquête immédiate
 
Ali Ben Salem est fondateur de deux ONG, le Conseil National pour les Libertés de Tunis (CNLT) et l’Association Tunisienne de Lutte contre la Torture (ALTT). Il a porté plainte devant les autorités judiciaires tunisiennes qui ont refusé d’instruire l’affaire. Réunis à Genève cette semaine, les experts du Comité constatent que, dans ce cas précis, la Tunisie a violé la Convention internationale contre la torture. Ils demandent qu’elle fasse une enquête immédiate et qu’elle punisse les coupables.
 
Le Comité a également condamné Tunis pour le cas de la franco-tunisienne Saadia Ali, maltraitée elle aussi par la police. Résidante à Paris, la femme s’était rendue au pays pour le mariage de son frère en 2004. Mais en guise de fête, elle a vécu une véritable descente aux enfers dans les geôles tunisiennes.
 
Ce jour-là, Saadia Ali accompagnait son frère dans un tribunal à Tunis pour des démarches administratives liées au mariage. Une altercation a éclaté avec un employé. Agacée par la mauvaise foi de ce dernier, la femme s’est mise à protester. Le fonctionnaire l’a alors dénoncée sur le champ pour la faire arrêter. Traînée au sous-sol du tribunal, elle y a été accablée des coups. Puis, sans sortir du bâtiment, elle a été amenée de force devant une juge que lui a notifié une peine de trois mois d’emprisonnement avec sursis.
 
Fin de non recevoir
 
Une fois libérée, elle est allée à l’hôpital, qui a constaté les sévices. Elle a porté plainte, mais, là aussi, s’est heurtée à une fin de non recevoir de la part des autorités tunisiennes. Aujourd’hui le Comité donne 60 jours au gouvernement pour établir la justice.
 
Très soucieuse de son image, la Tunisie déploie tous ses efforts pour faire connaître ses plages et ses oasis et passer sous silence les nombreuses violations des libertés sur son territoire. Selon des sources diplomatiques, elle aurait employé là aussi les grands moyens pour neutraliser ces deux affaires auprès des dix experts du Comité contre la Torture, en vain.
 
Tunis a aussi été dénoncé par Human Rights Watch (HRW) pour le traitement brutal qu’il inflige à ses ressortissants qui sortent de Guantanamo. Ce mois, lors d’une conférence de presse à Genève, l’avocat tunisien Samir Dilou racontait le cas de deux Tunisiens récemment libérés de Guantanamo et renvoyés chez eux. Après un simulacre de procès, les deux ex-prisonniers ont été sauvagement torturés au siège du ministère de l’intérieur. HRW a alors mené une campagne contre les extraditions des ex-prisonniers de Guantanamo vers la Tunisie.
 
(Source : l’agence INFOSUD (Suisse), le 23 novembre 2007)
Lien : http://www.infosud.org/showArticle.php?article=1154

Publié dans ESPACE INFO

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