20 ANS DE SOUFFRANCE AVEC LE GENERAL DICTATEUR BEN ALI CA SUFFIT

Publié le par TAOUFIK BEN BRIK

20  ans de benalisme, 20 ans de guerre de la faim

  TUNIS célèbre vingt ans de règne de pouvoir absolu de Zine El Abidine Ben Ali (ZBA). L’autre Tunis, le sous-Tunis, abrite son énième grève de la faim. Fête et contre fête. A chaque rendez-vous présidentiel (visite d’un chef d’Etat, sommet international, fête nationale…), les grévistes lui gâchent son bon kif. C’était la grève de la faim de Sihem Bensedrine et Fatma Ksila en 2000 contre treize ans de règne, celle de Radhia Nasraoui contre la visite de Jacques Chirac en 2003, des 18 lors du Sommet Mondial de la Société de l’Information en 2005. Etc.
 
Là, c’est la grève de la faim de Maya Jribi et Néjib Chebbi, responsables du PDP, un parti d’opposition. Beau timing. Les projecteurs seront braqués sur la Tunisie, pile et face. Rebelote. En attendant le quart du siècle pour la prochaine.
 
Qu’est-ce qu’il arrive ? Il arrive qu’en Tunisie, tout le monde s’en foute. Le niveau de conscience sociale est égal à zéro. Tout le monde défend son 90 m2 , sa quat’chevaux, son modique salaire et le bien-être de sa marmaille gloutonne.
 
Pas de colère en l’air. Sans colère, la résistance ne cuit pas. Le pain reste farine. La médiocrité et la couardise ont dévoré la braise. Le désenchantement a volé le filing. Nous sommes ramollis à l’extrême. Où est la Grève Générale du 26 janvier 1978 ? Où est l’émeute du pain du 3 janvier 1984 ? Où est l’insurrection de la ville de Gafsa de 1980 ? Où est la Tunisie qui chante et danse ? Tout est flasque, mou. Je ne sais qui lui a jeté un mauvais sort, qui lui a joué un sale tour. Bush ? Ben Laden ? Avec des acolytes d’un tel acabit, le mieux est de se retirer en douce, sur la pointe des pieds, la queue entre les mattes. Le 11 septembre 2001 a changé les cartes. Bush et Ben Laden on créé un jeu, où d’entrée tu es plumé. C’est un autre stade. Un autre ring. Une autre piste. On n’a pas de place à cette place.
 
La Résistance ? Pas la peine. Car la résistance, ça se fait avec du courage physique et des idées. Des idées, il y en a eu. Du courage pas beaucoup. Des individualités fortes, des lobbyistes chevronnés ont fait du tintamarre. C’est tout. Du tapage nocturne. Lorsqu’en mai 2000 le pays est devenu une image planétaire et que Ben Ali a détrôné Milosevic, on a dansé le tango toute la nuit à Rio. Normal qu’on perde pied. Comment une petite troupe d’un pays aussi important que le Tchad a-t-il donné de la voix aussi habitée que celle du sous-commandant Marcos ou Edward Saïd ? Qu’on insulte Souhir Belhassen et on a droit à une dépêche de l’AFP, qu’on coupe la ligne téléphonique de Moncef Marzouki et Le Monde titre : « Le 872 377 ne répond plus », un événement qui côtoie le siège de Ramallah ou la chute de Bagdad. De quoi sommes-nous capables ? De nuisance. Basta. Barka. Amener Ben Ali à négocier et à concéder une infime partie de son pouvoir n’est pas à notre portée. Pas même un zéro et quelques poussières.
 
Pour exister maintenant, il faut avoir une menace de la taille de Dark Vador. Pour être visible, il faut détruire des bâtiments, sourire en enfer et chevaucher un missile kubrickien.
 
Toute une vie pissée dans le sable. On n’a rien eu. Les grèves de la faim n’ont rien rapporté. Tunis est restée toute entière aux mains de Ben Ali. Aucune poche de résistance. Ben Ali se meut à l’aise. Pas de concurrent, pas d’adversaires, pas de règle, par d’arbitre. ZBA joue seul à seul. Ça l’excite. Il éructe, il jappe, il aboie. Pourquoi pas une grève générale à cette p’tite Tunisie obèse et chienne ?
 
 (Source: NouvelObs.com (France), le 23 octobre 2007)
7 novembre 1987 - 7 novembre 2007 : Zine El Abidine Ben Ali fête ses vingt ans au pouvoir.

Publié dans CHRONIQUE

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