Vendredi 4 juillet 2008

TUNIS, 2 juil 2008 (AFP) 

Le procès d'un Tunisien expulsé d'Italie pour liens présumés avec des milieux terroristes, et précédemment condamné en Tunisie à 115 ans de prison, a été renvoyé mercredi au mois d'octobre par un tribunal militaire de Tunis.

Essid Sami Ben Kemais, alias Saber, 40 ans, était absent à l'appel de son nom devant ce tribunal permanent qui a aussitôt reporté l'audience au 15 octobre. Saber doit être rejugé par la justice militaire qui l'a condamné par contumace à 100 ans de prison pour "appartenance à une organisation terroriste opérant à l'étranger", en l'occurrence le réseau Al Qaïda d'Oussama Ben Laden. Selon son avocat, Samir Ben Amor, le prévenu n'a pas été présenté au tribunal militaire en raison de sa comparution mercredi même devant un autre tribunal civil de Tunis.

Cette instance, qui devait statuer sur la condamnation du prévenu à 15 ans de prison dans deux affaires également liées à son implication présumée dans des activités "terroristes", a aussi décidé un report d'audience, a indiqué à l'AFP Me Ben Amor.

Tous les jugements ont été prononcés par défaut entre 2000 et 2007, période durant laquelle Saber a séjourné en Italie où il a été condamné en février 2002 à six ans et deux mois de prison pour association de malfaiteurs à des fins de terrorisme et à l'expulsion.

Livré le 3 juin par l'Italie, Sami Ben Kemais a été incarcéré à la prison de Mornaguia (ouest de Tunis), après une procédure d'opposition à ses jugements antérieurs. Accusé de nouveau en 2005 de terrorisme dans un autre procès en Italie, ce Tunisien a fait l'objet d'un décret d'expulsion duministre de l'Intérieur Roberto Maroni.

Ses avocats italiens avaient fait appel de cette décision au motif qu'il risquait, selon eux, de subir des traitements inhumains en Tunisie et la Cour européenne des droits de l'Homme avait accepté ce recours en ordonnant une suspension de l'expulsion.

Le ministre tunisien de la Justice et des droits de l'Homme Bechir Tekkari a assuré que le prévenu serait "rejugé dans les conditions d'un procès équitable et public" et rejeté les craintes de mauvais traitements.

AFP

Par AFP - Publié dans : ESPACE INFO
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Samedi 28 juin 2008

Le monde entier semble accepter l’image que les autorités tunisiennes veulent véhiculer : un paradis de vacances. Au nom de la lutte contre le terrorisme, la Tunisie bafoue les droits les plus élémentaires », constate Hassiba Hadj Sahraoui, chargée de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient au siège d’Amnesty International à Londres.

« Il est grand temps que les autorités cessent de rendre un hommage de pure forme aux droits de l’homme et qu’elles prennent des mesures concrètes pour mettre fin aux atteintes commises. Dans un premier temps, les autorités tunisiennes doivent reconnaître la véracité des allégations troublantes recueillies dans ce rapport, s’engager à enquêter sur les cas relatés et traduire en justice les responsables présumés », note l’organisation.

Dans un rapport intitulé « Au nom de la sécurité : atteintes aux droits humains en Tunisie », l’organisation de défense des droits de l’homme cite plusieurs cas dans lesquels des détenus ont été battus, privés de sommeil ou électrocutés. 977 personnes ont été arrêtées et condamnées sur la base d’une loi contre le terrorisme adoptée en 2003.

L’avocat tunisien Samir Dilou, présent à la conférence de presse, qui a passé la moitié de sa vie en prison et le reste à tenter de plaider, fait un constat sans appel. « Le système tunisien est basé sur quatre piliers : la minimisation (les actes de torture sont des petits dépassements individuels), l’hypocrisie (l’image d’un pays démocrate), la torture (elle n’a pas pour unique but d’extorquer des aveux, mais aussi de frapper les esprits, de faire peur) et la prévention (les dictatures du Sud font le sale boulot pour que la France n’ait pas de terroristes sur son sol). Le régime tunisien est en train de transformer un risque virtuel en risque réel en fabriquant des bombes humaines. » Son confrère Anouar Kousri, vice-président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, ne cache pas son scepticisme devant la machine judiciaire.

« Je plaide dans des procès politiques depuis 20 ans. La machine s’est emballée depuis 2003. Tout est fait pour corroborer les allégations arrachées sous la torture. La justice n’est là que pour confirmer les éléments à charge. L’avocat n’assiste pas à la première comparution, il n’assiste à rien. Quand il veut faire témoigner quelqu’un à décharge, le juge refuse automatiquement son témoignage. »

La Tunisie, alliée des puissances occidentales, a toujours démenti des actes de torture. Le gouvernement tunisien affirme qu’il respecte la démocratie et les droits de l’homme, et juge que les critiques sur ces violations présumées sont le fait d’une minorité d’opposants qui n’ont pour but que de déformer l’image du pays à l’étranger.

Lors d’une visite d’Etat en avril, le président français Nicolas Sarkozy avait décerné un brevet de bonne conduite à son homologue tunisien, Zine El Abidine Ben Ali. « Les propos de Nicolas Sarkozy nous inquiètent. L’union pour la Méditerranée sera constituée de cinq dictatures qui utilisent la torture. On ne peut pas construire l’UPM sans les droits de l’homme », s’indigne Samir Dilou.

(Source : « El Watan » (Quotidien – Algérie), le 26 juin 2008)
Lien : http://www.elwatan.com/Amnesty-international,97691

Par El Watan » (Quotidien – Algérie), - Publié dans : ESPACE INFO
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Samedi 28 juin 2008

 La lutte contre le terrorisme constitue une "véritable aubaine" pour les dirigeants tunisiens pour sacrifier les libertés et les droits fondamentaux les plus essentiels. C'est ce qui ressort de deux rapports séparés, rendus publics à quelques jours d'intervalle, l'un à Paris, l'autre à Londres.

Jeudi 26 juin, le Comité pour le respect des libertés et des droits de l'homme en Tunisie (CRLDHT) et l'Association tunisienne de lutte contre la torture (ATLT) ont présenté à Paris les résultats d'une enquête détaillée, d'une centaine de pages, démontrant, témoignages à l'appui, les effets de la loi antiterroriste votée par le Parlement tunisien en décembre 2003, suite aux attentats du World Trade Center.
En l'absence d'une définition claire du terrorisme, souligne le rapport, cette loi "a légitimé et renforcé tout l'arsenal répressif déjà impressionnant" mis en place en Tunisie : détentions arbitraires, procès inéquitables, sévices corporels et sexuels, pratique systématique de la torture, conditions inhumaines d'incarcération...
La torture et les traitements "cruels et dégradants" sont utilisés "plus que jamais" contre "des milliers de personnes", pour la plupart jeunes, soupçonnées de participation à des activités "subversives" et/ou terroristes. Et cela, "en toute impunité".
Coups, décharges électriques, viol, suspension au plafond, positions dite de la "balançoire" ou du "poulet rôti", supplice de la baignoire... Les méthodes des agents de l'Etat, souvent au siège même du ministère de l'intérieur à Tunis, mais aussi dans les commissariats de police en province, ne sont pas des "bavures". Toutes les personnes arrêtées dans le cadre de la loi dite antiterroriste ont été torturées, souvent avec la complicité de médecins. Les victimes n'ont aucun recours, insiste le rapport, les juges refusant d'acter les déclarations de sévices et d'en constater les traces. Et si elles portent plainte devant le parquet, leur requête est classée sans même l'ouverture d'une enquête.
Ce rapport du CRLDHT et de l'ATLT fait écho à celui d'Amnesty International (AI), publié le 23 juin à Londres, sous le titre "Au nom de la sécurité : mauvais traitements courants en Tunisie". AI souligne que la loi antiterroriste permet au pouvoir d'"ériger en infraction pénale des activités d'opposition légitimes et pacifiques". Quant aux hommages rendus par les autorités tunisiennes aux droits humains, ils ne sont que des "proclamations de pure forme", destinées à présenter "une image positive" du pays, estime Amnesty. En réalité, les forces de sécurité tunisiennes "persistent à commettre des exactions" dans une impunité "quasi totale".
Pour l'avocat Patrick Baudoin, président d'honneur de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), ces deux rapports confirment que Nicolas Sarkozy a "une analyse à courte vue" sur la Tunisie, lourde de conséquences. Ceux qui pâtissent le plus du régime Ben Ali "ne sont pas les terroristes, mais les démocrates tunisiens", déclare-t-il. Une telle politique ne fait que "renforcer la montée de l'extrémisme". Lors de sa visite d'Etat à Tunis, fin avril, le président français avait vanté "l'espace des libertés qui progresse en Tunisie", déclenchant l'indignation des défenseurs des droits de l'homme des deux côtés de la Méditerranée.

Florence Beaugé
(Source: "Le Monde" (Qotidien - France) du 28 juin 2008)

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Mercredi 25 juin 2008

 

Contexte politique
 

Depuis l’accession au pouvoir du Président Ben Ali, le 7 novembre 1987, la vie politique tunisienne est largement dominée par le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), parti présidentiel omnipotent. Le système judiciaire reste ainsi largement sous le joug de l’exécutif, et les magistrats qui tentent de se soustraire aux pressions et à l’ingérence de ce dernier sont quasi systématiquement réprimés. Malgré un débat relatif au corps judiciaire à la Chambre des députés en mai 2007, le Gouvernement nie cependant toute ingérence dans le système judiciaire, mais continue d’assurer son contrôle sur les magistrats, en particulier en nommant les membres du Conseil national de la magistrature (CSM) et en multipliant les actes de répression à l’encontre des membres de l’Association des magistrats tunisiens (AMT).

La “Loi relative au soutien des efforts internationaux de lutte contre le terrorisme et à la répression du blanchiment d’argent”, adoptée en 2003, continue en outre d’être utilisée à des fins politiques sous prétexte de préoccupations sécuritaires. En effet, l’utilisation de cette loi s’est soldée en 2007 par de nombreuses violations des droits de l’Homme : arrestations à la suite de participation à des réunions ou de déclarations dans des journaux d’opposition, perquisitions musclées et menaces de représailles de la police politique, détentions au secret, etc. D’autre part, les agents de l’ةtat qui sont auteurs d’actes de torture et de répression continuent de jouir de l’impunité sur le territoire national.

Le recours à la torture est quasi-systématique à l’encontre des personnes arrêtées dans la cadre de la lutte contre le terrorisme. Des actes de mauvais traitements à l’encontre des prisonniers politiques sont également très régulièrement dénoncés. Une trentaine de prisonniers arrêtés lors des affrontements armés de fin décembre 2006 – janvier 2007, qui ont opposé les forces de l’ordre et des groupes de jeunes accusés d’appartenir à des mouvances salafistes, ont par exemple entamé une grève de la faim à la prison civile de Mornaguia en octobre 2007 pour dénoncer les mauvais traitements subis et demander le respect de leurs droits.

Enfin, les autorités tunisiennes refusent de répondre positivement aux demandes d’invitation réitérées du Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains et dégradants, du Rapporteur spécial sur l’indépendance des juges et des avocats, de la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits de l’Homme, du Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression ainsi que du Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l’Homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste.

Parce qu’ils dénoncent les violations des droits de l’Homme perpétrés par les autorités, les défenseurs des droits de l’Homme doivent faire face à un système généralisé d’agressions mis en place pour asphyxier leurs activités. L’ensemble des acteurs de la société civile est visé par de telles représailles, à l’instar des journalistes, des étudiants, des membres des partis politiques d’opposition, des syndicalistes, des avocats, des magistrats, ainsi que des représentants d’organisations ou de la presse étrangères.

Refus de reconnaître de nombreuses organisations de droits de l’Homme indépendantes La majorité des 9 132 associations tunisiennes enregistrées en 2007 est inféodée aux autorités, permettant au Gouvernement de se féliciter de la vitalité de la société civile tunisienne. Dans ce contexte, les autorités cherchent à décourager les défenseurs des droits de l’Homme en continuant de refuser la reconnaissance légale à de nombreuses associations. Ainsi, le Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP), l’Association de lutte contre la torture en Tunisie (ALTT), le Centre pour l’indépendance de la justice et des avocats (CIJA), le Rassemblement pour une alternative internationale de développement (RAID-Attac Tunisie), le Syndicat des journalistes tunisiens (SJT) et l’Observatoire pour la liberté de presse, d’édition et de création en Tunisie (OLPEC) sont depuis plusieurs années privés d’enregistrement. En outre, la reconnaissance légale ne constitue pas pour autant une protection pour les associations indépendantes de droits de l’Homme.

Tentatives d’asphyxier les ONG et harcèlement policier à l’encontre des défenseurs

Les ONG indépendantes sont constamment contrôlées, leurs locaux sont régulièrement “visités”, et leurs militants sont harcelés, les matériels et documents endommagés ou saccagés, les moyens de communications surveillés et souvent coupés. Les militants ainsi que leurs familles continuent de subir des mauvais traitements, des harcèlements incessants, des agressions physiques, des arrestations arbitraires, des surveillances, des attaques et autres actes criminels. Ainsi, le bureau de Me Ayachi Hammami, secrétaire général de la section de Tunis de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) et rapporteur sur la question de l’indépendance de la justice pour le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH), a été incendié le 31 août 2007. Le recours à des procédures judiciaires est également très répandu. La LTDH se voit ainsi interdire la tenue de son congrès depuis 20051. Depuis cette date, le fonctionnement des sections régionales de la LTDH a fait l’objet de multiples entraves et les membres de ces sections ont été systématiquement empêchés d’accéder aux locaux. De même, le 8 juin 2007, la police a saccagé les bureaux du CNLT, détruisant des documents importants ainsi qu’une grande partie de son matériel informatique.
Enfin, Me Abderraouf Ayadi, avocat, ancien membre du Conseil de l’Ordre des avocats et ancien secrétaire général du CNLT, a été agressé par un officier de la police politique devant le tribunal de Tunis en avril 2007, alors qu’il s’apprêtait à plaider pour la défense de prévenus arrêtés dans le cadre de la loi anti-terroriste.

Restrictions à la liberté de circulation des militants des droits de l’Homme

En interdisant la circulation des défenseurs des droits de l’Homme à l’étranger, le régime veut les empêcher de mobiliser la communauté internationale sur la situation des droits de l’Homme en Tunisie. C’est ce qu’illustre l’interdiction faite à Me Mohamed Abbou, avocat et membre du CNLT et de l’AISPP, qui a été libéré le 25 juillet 2007 après 30 mois d’emprisonnement2, à participer en août 2007 à une  émission sur la chaîne Al-Jazeera à Londres. De même, le 25 août 2007, M. Taoufik Mezni, le frère de M. Kamel Jendoubi, président du REMDH et du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), a été empêché par la police de l’aéroport de Tunis-Carthage de regagner la France, son pays de résidence depuis plus de sept ans.

1./ Cf. rapport annuel 2006 de l’Observatoire.
2./ Me Abbou avait été condamné le 1er mars 2005 après avoir notamment publié des articles sur les conditions de détention en Tunisie, comparant les geôles tunisiennes aux prisons d’Abu Ghraib. Son procès avait été entaché d’irrégularités, Me Abbou ayant notamment été torturé lors de sa détention provisoire.
/ Maghreb / Mashrek

(Source : le site de l’OMCT, le 19 juin 2008)

Par OMCT - Publié dans : RAPPORTS
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Mercredi 18 juin 2008

Amnesty International invite les autorités tunisiennes à ouvrir immédiatement une enquête approfondie, indépendante et impartiale sur l'homicide du jeune Hafnaoui Maghdhaoui, survenu le 6 juin, et sur les blessures infligées à une vingtaine d'autres personnes, et à rendre publiques les conclusions de ces investigations. L'organisation, attristée par sa mort, craint que la police n'ait fait un usage excessif de la force. Elle rappelle aux autorités que les responsables de l'application des lois ne doivent pas recourir à la force ni aux armes à feu, sauf si cela est absolument inévitable pour protéger des vies humaines.
Hafnaoui Maghdhaoui a trouvé la mort lors d'affrontements entre les forces de police et des manifestants qui dénonçaient le chômage et la hausse du coût de la vie à Redeyef, dans le gouvernorat de Gafsa, dans le sud-ouest de la Tunisie. Selon certaines informations, la police a dispersé les manifestants en utilisant du gaz lacrymogène et des armes à feu. Les autorités tunisiennes ont évalué le nombre de blessés à huit, dont trois policiers. Toutefois, Adnane Hajji, leader syndicaliste de Redeyef, a déclaré aux médias qu'une vingtaine de personnes avaient été blessées.
Le ministre tunisien de la Justice et des Droits de l'homme, Bechir Tekkari, a déclaré qu'il « regrett[ait] cet incident », mais a nié toute action illégale de la part des forces de police. Il a ajouté que les autorités « ne toléreraient aucun recours à la violence » et que les manifestants avaient lancé des cocktails Molotov sur les policiers. Amnesty International rappelle que le droit international garantit les droits à la liberté d'expression et de réunion. Elle reconnaît le droit des autorités à maintenir l'ordre public, mais souligne que le maintien de l'ordre lors de manifestations doit s'effectuer dans le respect des normes internationales régissant ces activités, notamment du Code de conduite pour les responsables de l'application des lois. Ceux-ci doivent s'efforcer de causer le minimum de dommages et d'atteintes à l'intégrité physique et faire tout ce qui est en leur pouvoir pour respecter et préserver la vie humaine.
En outre, les normes internationales exigent que l'enquête s'attache à élucider les violations commises par la police, notamment la mort d'Hafnaoui Maghdhaoui, et les circonstances qui les entourent, ainsi qu'à établir si le recours à la force disproportionné et inutile constitue une pratique bien établie. Les autorités tunisiennes doivent veiller à ce que soient traduits en justice tous les représentants de l'État responsables d'avoir commis ou ordonné des atteintes aux droits humains, ou de n'avoir pas raisonnablement cherché à les empêcher. Elles doivent également faire en sorte que les témoins soient protégés de toute forme de harcèlement ou de représailles et que les victimes ou leurs familles reçoivent une réparation appropriée.
Le gouvernorat de Gafsa, dans le sud-ouest de la Tunisie, à environ 350 km de la capitale Tunis, est depuis six mois le théâtre d'une agitation sociale et de protestations sporadiques. Dans cette région riche en phosphate, le chômage et la hausse du coût de la vie ont déclenché un certain nombre de protestations. Les manifestants demandent que le gouvernement mette fin à la corruption, facteur, selon eux, de pauvreté dans la région.
Ce 9 juin 2008, la Tunisie a renouvelé son engagement en faveur des droits humains devant le Conseil des droits de l'homme, lors de la session finale de l'Examen périodique universel. Un tel engagement doit se traduire par la mise sur pied immédiate d'une enquête indépendante sur les événements de Redeyef et la mort d'Hafnaoui Maghdhaoui.

Par AMNESTY INTERNATIONAL - Publié dans : ESPACE INFO
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Mercredi 18 juin 2008

UNSA Infos du 16 juin 2008

LUNSA suit avec une très grande inquiétude l’évolution de la situation sociale dans la région du bassin minier de Gafsa en Tunisie. Le mouvement, portant au départ sur le droit au travail et sur les conditions d’embauche et d’emploi, a évolué en posant dans sa globalité la question sociale dans une région frappée par le chômage et la pauvreté.

L’UNSA appelle les autorités tunisiennes à respecter les droits de l’homme et les droits des travailleurs garantis par les traités internationaux et les normes internationales du travail de l’OIT.

Elle condamne le recours à la répression comme réponse à des revendications légitimes et à un mécontentement populaire exprimés pacifiquement. Elle demande la libération de toutes les personnes arrêtées dans le cadre de ce mouvement, et l’abandon des poursuites à leur encontre.

Elle demande également, soutenant en cela les exigences de la population, des représentants du mouvement du bassin minier et des syndicats locaux, à ce qu’il soit procédé à une évacuation immédiate des forces de police et de l’armée présentent dans la région et dans la ville de Redeyef en particulier.

Les évènements des derniers mois et les violences meurtrières dont ont été victimes les habitants nécessitent qu’une enquête soit menée en toute indépendance et transparence pour faire la lumière sur les circonstances de ces drames.

Seules des négociations en vue d’aboutir à des mesures concrètes et rapides pour lutter contre la situation de pauvreté et d’injustice que subit la population peuvent éviter une spirale de la violence.

Michel Guerlavais
Secrétaire national

Par Michel Guerlavais - Publié dans : ESPACE INFO
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Dimanche 15 juin 2008

En périodes de turbulences, nos blogs jouent un rôle informationnel de tout premier plan. Que de trop nombreux titres de nos médias «reconnus» ont renoncé à jouer. Ils se sont mis gentiment sur la touche, pour laisser la parole aux jeunes. Tant mieux, puisque l’année leur est consacrée ! Le dialogue avec les jeunes passe désormais aussi par le net. Et ils ont la langue bien pendue ! Sur les blogs les phrases sont lapidaires, ce qui n’offre guère d’espace à la redondance, et autres discours ronronnants. Pour diverses raisons, bien connues des Tunisiens.
Paradoxalement, même des journalistes généralement «bien informés», commencent leur journée par une lecture attentive de quelques blogs. Et depuis l’avènement des «agrégateurs», ces sites qui rassemblent sur une page les commentaires de dizaines de blogs différents, la tache n’en est que plus aisée. La blogosphère tunisienne a déployé ses ailes pour s’intéresser à tous les domaines touchant le Tunisien.
Nous n’avons pas, dans la presse écrite traditionnelle, des journaux spécialisés dans le marketing et la publicité, par exemple. Des blogueurs tunisiens ont pallié ce manque. Analysant, décortiquant les campagnes de pub, et donnant leur point de vue de professionnel. Car quoiqu’on en dise, ce ne sont pas toujours des amateurs qui s’expriment sur le Net. Mieux : ce sont souvent des professionnels chevronnés, passionnés par leur métier, qui font profiter leurs lecteurs en ligne de leur expérience. Quelques uns commencent même par faire autorité.
Les blogueurs y gagnent en notoriété, leurs lecteurs acquièrent des connaissances introuvables sur d’autres supports. Vu que la presse spécialisée dans les hautes technologies, le marketing, et autres secteurs pointus de l’économie, est encore à ses premiers balbutiements dans notre pays. Sans même parler de la presse satirique tunisienne, autrefois florissante, et qui s’est aujourd’hui perdue. Voilà que nos blogs s’y mettent aussi ! Des plumes acérées (quoique le mot clavier aurait été plus approprié), un sens de la dérision parfois poussé, que l’on aimerait trouver plus souvent dans nos journaux imprimés.
Et quand les agrégateurs de blogs ne suffisent pas, restera toujours la possibilité de suivre les liens que les blogueurs mettent sur leur site. Offrant ainsi la possibilité aux internautes d’approfondir leurs recherche dans le même champ d’intérêt. Que l’on soit intéressé par le haut débit (pas si haut que ça, dans nos contrées), ou par les dernières actualités concernant la communauté tunisienne au Canada, le raccourci des blogs permet de gagner du temps, et de s’informer sur des sujets généralement soit délaissés, soit traités à la légère par une presse qui, décidément, s’éloigne des intérêts de ces concitoyens.
Certains mettent pourtant en cause la crédibilité de nos blogueurs. Ces derniers ne la revendiquent pourtant pas. Puisqu’il s’agit clairement d’opinions personnelles, d’impressions individuelles a priori non-généralisables. Mais le nombre tous les jours croissant de blogs traitant d’un même sujet, permet pourtant d’obtenir une image nette de la réalité évoquée. Et après tout, la «presse classique» n’est pas, à cet égard, tout à fait irréprochable. On ne compte d’ailleurs plus les journalistes qui, parfois, après plus de 30 ans de carrière, sont venus renforcer les rangs du net, par blogs interposés. Si les blogs et les portails d’informations sont florissant, c’est aussi, peut-être, parce que les tenants de la presse traditionnelle, leur ont abandonné le terrain. Tant mieux pour le net tunisien. Dommage pour nos quotidiens.
 
(Source : www.webmanagercenter.com , (portail d’infos – Tunis), le 10 juin 2008 à 05h33)

Par Oualid CHINE - Publié dans : CHRONIQUE
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Vendredi 13 juin 2008

A la mémoire de Ben Ridha Bel Hafnaoui, 18 ans, abattu par la police tunisienne, le 6 juin 2008.

Alors que de nombreux touristes français et des milliers de Franco-Tunisiens s’apprêtent à traverser la Méditerranée pour aller bronzer tranquillement sur les plages de la "douce Tunisie", manger le "bon couscous" à l’harissa, boire du thé à la menthe à "Sidi Bou" et respirer l’odeur du jasmin, le Général Ben Ali vient de réprimer dans le sang les "révoltes populaires" de Redeyef dans le Sud du pays et tout ça dans une quasi-indifférence de la communauté internationale. Une indignation sélective qui choquera sans doute certains d’entre nous.
Mais, il est vrai que la Tunisie n’est ni le Tibet, ni le Darfour. En somme, Ben Ali fait figure de "dictateur recommandable" et les quelques balles perdues dans les corps meurtris des jeunes tunisiens ne sont qu’un "détail"au regard de la contribution de la dictature tunisienne au nouvel ordre mondial.
Le gouvernement tunisien vient de donner sa version des faits survenus le 6 juin à Redeyef, ville du bassin minier du sud tunisien en ébullition depuis des mois. La voici : « Des actes de violence ont été commis par certains individus dans la région de Redeyef (gouvernorat de Gafsa). … Des informations sont parvenues, vendredi, aux autorités que des éléments étaient en train de fabriquer des cocktails Molotov en vue de les utiliser dans des actes de vandalisme, ce qui a imposé l’intervention des Forces de sécurité qui ont essuyé des jets de ces engins incendiaires. …Malgré les mises en garde lancées, conformément à la loi, par les Forces de l’ordre, les éléments perturbateurs n’ont pas obtempéré, obligeant les forces de sécurité à intervenir. …Ces événements ont entraîné la mort d’un élément perturbateur. Cinq autres ont été blessés ainsi que trois agents de l’ordre » (extrait du communiqué officiel).
Ce qui frappe d’abord dans ce communiqué officiel, c’est le gros mensonge sur le déroulement des évènements.
Celui qui a été abattu par des policiers, ayant reçu l’ordre de tirer sur la foule à balles réelles, est mort en effet avec une balle dans le dos.
Mais le plus scandaleux, c’est que le mort (plutôt l’assassiné) n’est pas considéré comme un être humain, un compatriote, un jeune homme de 18 ans qui comme nous tous a une identité. Non, ce n’est qu’un "élément perturbateur" (Moushagheb en arabe), qualificatif sensé le réduire à ses justes proportions, lui et les autre éléments non moins perturbateurs, blessés et portant les noms omis de Ismail Rahali, Bouali Khalfi, Helmi Amaidi, et Khaled Rahali.
La moindre décence aurait exigé que le communiqué du régime respecte le mort en citant son nom, et en montrant le minimum de compassion humaine, par exemple en exprimant ne fût ce que le soupçon de regret devant, allez disons, un regrettable accident.
Haro donc sur l’anonyme perturbateur qui a attaqué les forces de l’ordre ! Néanmoins, nul doute que les autorités tunisiennes confieront à une commission bidon (à l’instar de celles sur la torture, ou les prisons dans les années 1990.) la tâche de confirmer son statut et sa responsabilité.
L’indignation maîtrisée et en réfléchissant à ce terme d’élément perturbateur, j’ai été frappé par le fait que nous sommes peut être face à une sorte de transfert.
En effet, à y regarder de près ne pouvons nous pas affirmer qu’en Tunisie, et ce depuis vingt ans, le plus grand élément perturbateur est un homme qui s’appelle le Général des services secrets Zine El Abidine Ben Ali ?
Voici mes arguments pour renvoyer ce terme à ses utilisateurs un peu trop imprudents.
Les astronomes et les météorologues utilisent le concept de fenêtre de lancement pour décrire et délimiter une période du temps où des actions déterminés sont possibles. Quand cette fenêtre se ferme, il devient inutile ou impossible, pour des raisons dus à la mécanique céleste ou aux caprices du temps, de lancer la fusée ou une action de sauvetage.
De la même façon, il existe aussi en politique des fenêtres, pour lancer une révolution ou des réformes. Avant, c’est trop tôt, après, c’est trop tard.
Pour la Tunisie la fenêtre de lancement des réformes qui auraient pu en faire le premier Etat démocratique arabe, s’est ouverte à la fin des années 1970.
De facto plutôt que de jurer, les choses ont commencé à bouger dans le bon sens.
Le pays se dotait de vrais partis politiques indépendants, de la première Ligue des droits de l’Homme du monde arabe, d’un embryon de presse libre, sans parler du renforcement de son traditionnel mouvement syndical libre. La société en ébullition piaffait d’impatience devant les tergiversations de Bourguiba, récalcitrant mais non hostile à la démocratisation exigée de tous.
C’est sur cette volonté générale de voir s’accélérer ces prémisses de réformes, que se fit la large acceptation du coup d’Etat médical, le 7 novembre 1987, promettant d’aller plus vite et plus loin dans le réformisme amorcé.
En fait le coup d’Etat n’allait pas accélérer le processus, mais fermer pour deux décennies la fenêtre de lancement.
A dater de ce jour fatidique de novembre 1987, le sens de l’Histoire allait s’inverser sous le prétexte fallacieux de la lute contre l’islamisme. Au lieu du processus démocratique promis, allait se mettre en place inexorablement un processus lent et insidieux de mise en place d’une dictature maffioso –policière de la pire espèce.
A l’époque aucun acteur politique ne le savait, et tous tant que nous sommes étaient loin de deviner ce que cet homme maléfique nous préparait ainsi qu’au pays. Mais aujourd’hui, on sait et on peut reconstituer l’ensemble de la trajectoire.
Faisons le à partir de la grille de lecture que le communiqué nous a suggéré.
On peut dire que le général des services de renseignement Ben Ali a induit dans le pays en évolution, trois types de perturbations.
La première a touché les mots , les idées et les valeurs .A force de double langage , de promesses, de subterfuges, d’escroqueries en tout genre , Ben Ali a su entretenir dans le pays et à l’étranger une confusion permanente sur la vraie nature du système. Il a pu aussi perturbé l’opposition en la divisant, la manipulant, et la stérilisant par le miroitement d’un changement digne de l’ère qui en porte le nom. Vingt ans après, alors que tout le jeu est épuisé et le roi complètement nu, des gens bêtes ou faisant semblant de l’être, continuent à quémander, à supputer dans le marc du café des réformes imminentes, à atteindre le prochain remaniement et le prochain 7 novembre ou faire de l’opposition dans le mouchoir de poche autorisé et selon les règles que le dictateur change en permanence à son avantage.
La seconde perturbation a frappé de plein fouet les rouages de l’Etat conquis de l’intérieur. Certes l’Etat de Bourguiba était autoritaire mais il était aussi honnête, patriotique et dévolu au service public. A partir de 1987 (prise de pouvoir de Ben Ali), et de façon planifiée, le fonctionnement normal des partis, de la presse , de la culture , de l’information , de la vie associative , voire de la police et de la justice , et des douanes a été soit bloqué, soit perverti pour servir le pouvoir personnel et les intérêts catégoriels.
La troisième perturbation a porté sur l’économie. Jamais canular n’a été mieux vendu que celui du "miracle économique tunisien" sous la dictature. Un taux de croissance de 7 % depuis les années 1960, un peuple industrieux, une économie diversifiée, tel était l’héritage de Bourguiba. On feint d’oublier que si les années 1990 ont été des années "fastes",ce n’est pas à cause du dictateur mais le résultat de vingt années d’éducation nationale première priorité budgétaire et de planning familial . A l’arrivée, un peuple éduqué et une constante baisse de pression sur le marché du logement et du travail. C’est cette belle mécanique que le général Ben Ali a perturbé en introduisant le loup de la corruption dans la bergerie du travail et de l’épargne.
Ce fléau associé dans l’esprit du peuple à cet homme et à sa famille, n’a pas simplement affaibli le système bancaire, ruiné d’honnêtes commerçants, bradé pour une bouchée de pain les entreprises nationales. Il a surtout perturbé l’image du travail en tant que valeur et gangrené deux systèmes qui faisaient la fierté des Tunisiens : le système de santé et surtout le système éducatif.
Aujourd’hui, les émeutes de la faim du Sud, l’effondrement de la classe moyenne, l’arrogante richesse des parvenus, la désespérance d’une jeunesse qui ne rêve que de partir, même sur le bateau de la mort, ont définitivement enterré ce mythe savamment entretenu.
Tout cela est maintenant parfaitement admis sauf par ceux qui ont intérêt à faire les sourds et les aveugles. Ce qui reste nimbé de mystère, c’est la quantité de souffrance que cette dictature a infligé au pays. Qui peut quantifier la douleur des parents de "l’élément perturbateur", de tous les torturés, les exilés, les condamnés à vivre dans la peur et le désespoir.
Oui, Monsieur Sarkozy, les perturbations profondes induites par cet homme, à qui vous avez apporté récemment un soutien total et que vous voyez pièce maîtresse dans votre beau projet d’Union méditerranéenne, sont catastrophiques pour notre peuple et hélas irrémédiables pour un certain Hafnaoui Ben Ridha Bel Hafnaoui, mort au seuil de ses vingt ans. Lui, mort sous les balles de Ben Ali, n’aura pas la "chance" de connaître l’Union méditerranéenne, dont vous êtes pourtant le promoteur.
De toutes les façons, que personne ne se fasse d’illusions sur le devenir de cet homme et de son système.
Les peuples, sont des organismes vivants. Ils peuvent souffrir longtemps d’une infection, mais quand celles-ci ne les tuent pas, c’est le virus qui a perturbé leur santé qui finit tôt au tard par être circonscrit.
Le processus de guérison de la Tunisie est en cours et rien ne l’arrêtera.


Moncef Marzouki
Moncef Marzouki est médecin, écrivain et homme politique tunisien. Il contribue par ses nombreux écrits à construire un discours d’intégration de la démocratie et des droits de l’homme dans la culture arabe.
Site web de l’auteur : www.moncefmarzouki.net
(Source: www.oumma.com le 9 juin 2008)

Par Docteur Moncef Marzouki - Publié dans : ESPACE INFO
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Vendredi 13 juin 2008

Beaucoup d’encre a coulé sur la visite d’Etat effectuée le 28 avril dernier en Tunisie par Sarkozy qui a suscité bien des interrogations. Cependant l’énigme de la mise en examen du neveu de Leila Ben Ali par la justice tunisienne pour «complicité de vol en bande organisée»* , à la demande de la justice française, quelques jours seulement après cette visite, est restée entière ;
Depuis, une grande question taraude les Tunisiens: notre « justice » serait-elle devenue une « vraie Justice » ? Va-t-elle désormais établir son pouvoir sur tous les citoyens sans discrimination ? Est-ce –que l’heure est arrivée où tous ceux qui ont violé la loi en toute impunité, vont rendre des comptes ?
Cela arrivera bien un jour, mais aucun indice ne permet d’affirmer que c’est le cas aujourd’hui ; et le régime de Ben Ali a encore de beaux jours devant lui. L’institution judiciaire, assujettie au rôle de serviteur des intérêts privés du clan au pouvoir, continue pour l’instant de couvrir d’un voile de légalité l’abus de pouvoir.

Comment alors expliquer que la justice ait pu exercer son mandat sur un membre aussi puissant et visible du clan, qui s’est particulièrement illustré par de nombreux faits d’armes dans le domaine des abus de droit et des violences ; combien sont-ils ceux qui ont fait les frais de sa vengeance personnelle et ont été jetés en prison pour lui avoir résisté ?

Quelques semaines plus tôt, à l’occasion de la campagne de condoléances présentées à la famille Trabelsi pour le décès de la mère de Leila, les biens nouvellement acquis par ce jeune âgé de 34 ans et qui ne possédait rien le jour de l’accès au pouvoir de sa tante, il y a 20 ans, sont remontés à la surface ; on y apprend qu’il est à la tête d’une holding, la « Med Business Holding » http://www.medbusiness-holding.com/societe/ , qui contrôle pas moins de 10 sociétés dans la promotion immobilière, la distribution des matériaux de construction, jusqu’au secteur agricole, où il vient d’acquérir dans des conditions controversées une propriété à Mornag de 100 hectares pour une bouchée de pain ( 200 mille dinars, soit 108 000 euros ).
Cette campagne d’allégeance qui a couvert des pages entières des quotidiens tunisiens une semaine durant, a été une mine d’information et une source d’inquiétude pour les Tunisiens;
Outre son caractère outrageusement servile et humiliant pour les citoyens, elle a permis de révéler l’ampleur de l’asservissement des institutions de l’Etat, des organisations nationales et des entreprises publiques; comme elle a donné une visibilité à l’étendue des domaines économiques contrôlés par le clan : services, construction, banques, agriculture, agroalimentaire, transport, hôtellerie (dont le plus influent est le groupe Karthago qui comprend entre autres Karthago Airlines, Koral Blue Airlines, Karthago Private Jet, Karthago Hotels, Karthago Travel Services et qui vient de prendre le contrôle de Nouvelair)...etc. Cette insolente démonstration de force fut stoppée après quelques jours, à l’initiative d’amicales recommandations sur le danger de potentielles réactions néfastes et aussi par crainte du mauvais œil ; et l’œil des Tunisiens était, il faut reconnaître, plutôt malveillant face à cette démonstration.

Nul besoin d’être prophète pour deviner qu’on ne peut pas détenir un tel pouvoir, jouir d’un tel appui au sommet de l’Etat et être comptable de ses actes devant la justice.
Un mandat international avait été lancé en janvier 2008 contre Imed et Moez Trabelsi (son frère) par le parquet d’Ajaccio pour leur implication dans le vol d’un bateau (http://www.kalimatunisie.com/article.php?id=713 ) appartenant à un puissant banquier proche de l’Elysée ; L’affaire aurait été probablement classée n’eut été la qualité de la personne lésée par ce vol ; Il semblerait que Ben Ali ait cédé à une demande de Sarkozy de voir la justice tunisienne « donner suite » à la commission rogatoire lancée par la justice française.
Ce que l’on a pu constater, en tous cas, c’est qu’à peine l’avion présidentiel français avait-il décollé de Tunis Carthage que deux magistrats français (Risson et Thorel) arrivaient à Tunis pour interroger les personnes impliquées dans ce vol, et essentiellement Imed et Moez Trabelsi;
Tout semble indiquer que la coopération du parquet tunisien faisait partie du deal conclu à Tunis : appui inconditionnel à Ben Ali contre collaboration judiciaire et sécuritaire !

On n’insistera jamais assez sur le fait que cette visite d’Etat du président de la France constituait un appui salvateur d’un poids significatif et sans précédent, au régime de Ben Ali, depuis son accession au pouvoir ; Sarkozy n’a pas été avare en compliments, déclarant, contre toute évidence, lors du dîner offert par son homologue tunisien : "Aujourd'hui, l'espace des libertés progresse. Ce sont des signaux encourageants que je veux saluer."; il précisera, néanmoins aux journalistes en off « « bien sûr qu’il n’y a pas de démocratie en Tunisie. Mais on n’y a pas les mêmes critères qu’en France » . Pas plus qu’il n’a ménagé son engagement politique et économique aux côtés d’un régime qui s’essoufflait et qui ne savait comment faire face à une crise économique et sociale qui pointait son nez à la faveur d’un contexte mondial récessif ; Les derniers événements de Gafsa et de Feriana en sont un révélateur et forment la partie émergée de l’iceberg.
Bien sûr, la controversée « Union pour la Méditerranée », la lutte contre l’immigration illégale et le terrorisme étaient au coeur de cet échange de bons procédés, mais l’affaire de yacht volé faisait, sans nul doute, partie du package ;
Ainsi Ben Ali s’est-il trouvé dans la fâcheuse position de mettre un membre du clan en posture de rendre des comptes ; raison d’Etat oblige ! Quitte à lui dresser les filets qui freineront sa chute ; et les filet étaient bien là : Imed Trabelsi est jugé par la justice de son oncle par alliance, bien moins regardante que la justice française ; et qui saura donner un aspect purement formel à cette poursuite.
L’absence de Leila des cérémonies d’accueil de l’illustre hôte, officiellement excusée pour le deuil de sa mère, (en réalité elle se trouvait à Dubai) prends une tout autre éclairage ; celui de son opposition à la démarche de la justice française contre son neveu, en soi iconoclaste et dégradante;
Gageons qu’on trouvera un bouc émissaire qui s’auto chargera du délit et innocentera l’impudent neveu ; ainsi tout le monde sortira gagnant dans cette affaire, illustration de ce que Sarkozy aime à nommer « contrat gagnant-gagnant » ; Justice aura été rendue au banquier privilégié et le neveu sortira blanc comme neige de cette affaire qui lui aura appris que, même dans le monde de la mafia, il y a des règles à respecter et des précautions à prendre.

Le vrai perdant dans cette affaire, ce sont les Tunisiens qui se sont sentis, eux, doublement humiliés ;
- Par la France et son président qui a envoyé un message à peine voilé de racisme politique, dont la substance serait « les Tunisiens doivent se satisfaire de leur « despote éclairé », parce qu’il est un bon serviteur des intérêts français et européens et ils doivent enterrer leurs aspiration à la liberté et mettre une croix sur un quelconque soutien à une éventuelle démocratisation de leur régime ».
- Par Ben Ali, qui leur a encore une fois dénié tout droit à l’information, entourant cette affaire d’une opacité totale – seule l’AFP a rendu compte, laconiquement, de l’arrivée des 2 magistrats français- et démontré un haut degré de soumission à l’ancienne puissance coloniale, pourvu qu’elle l’aide à maintenir son pouvoir absolu sur ses « sujets ».

Rappelons à ce propos, que plusieurs citoyens avaient fait une requête en Mai 2007, invoquant l’article 26 du code de procédure pénale - qui prévoit que des particuliers saisissent le procureur de la république de délits dont ils ont connaissance - demandant au parquet tunisien d’ouvrir une information judiciaire sur cette affaire qui éclabousse l’image de la Tunisie, ce qui ordinairement préoccupe la propaganda ; mais le greffe a refusé de l’enrôler.

La France, qui préside le mois prochain l’Union européenne, devrait réfléchir à deux fois à cette version française de la politique néo-conservatrice, promue par l’administration Bush et qui a démontré sa contre productivité, outre le fait qu’elle commence à passer de mode. Le mépris et l’humiliation, loin de prévenir le terrorisme, alimentent la haine et la violence. Et c’est la stabilité et la sécurité, tant recherchées, qui sont mises en danger et fragilisées.

___________________
* Un mandat de dépôt a bien été émis contre Imed Trabelsi le 19 mai 2008, suite à son interrogatoire au Palais de justice à Tunis, mené par le doyen des juges d’instruction et en présence des 2 juges français, mais il n’a pas été exécuté et Imed Trabelsi n’a pas été conduit en prison, comme nous l’avions rapporté dans Kalima

Par SIHEM BEN SEDRINE - Publié dans : ESPACE INFO
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Vendredi 13 juin 2008

http://fr.youtube.com/user/freetunisie

Redeyef, contrairement aux apparences, ce nom n’est pas slave, ni même tchétchène. Il désigne plutôt une ville africaine, située à 350 km au sud-ouest de Tunis. Cette bourgade au bassin minier de Gafsa, dans le Centre-Ouest de la Tunisie, est sortie de son anonymat le week-end dernier, et de bien triste manière.
C’est là, en effet, que les forces de l’ordre ont ouvert le feu, vendredi, sur les manifestants qui protestaient contre le chômage et la dégradation des conditions d’existence ; contre la vie chère en somme. Un mouvement de colère comme ceux qu’ont connu ces derniers temps de nombreux pays africains, sans la moindre effusion de sang.
Mais voilà ! Redeyef. La douloureuse, se trouve au pays de Zine el-Abidine Ben Ali. Un Etat policier où la liberté d’expression demeure à l’état d’utopie. La preuve, ce vendredi, la police, redoutant des dérapages, a choisi de tirer sur la foule des manifestants, à balles réelles, faisant 1 mort et de nombreux blessés. "Nous regrettons cet incident, d’autant que ces troubles sont exceptionnels en Tunisie", a déclaré le ministre de la Justice et des Droits de l’homme tandis que l’armée, appelée en renfort quadrillait les lieux.
L’incident ainsi clos, la chape de plomb est retombée sur le pays. On est loin des déclarations du président Sarkozy qui affirmait lors de sa dernière visite que "l’espace des libertés progresse" en Tunisie. Une avancée marquée, ces derniers jours, par la mort d’un protestataire à Redeyef. La patrie du général Ben Ali a encore beaucoup de chemin à parcourir en matière de droits de l’homme et de libertés publiques.
Ainsi que l’a reconnu lui-même le successeur de Habib Bourguiba, dans ce domaine comme dans d’autres, "nous sommes conscients que beaucoup reste à faire". C’est le cas de le dire, lorsque la société civile, au lieu de défendre les droits du citoyen, en est réduite à se préoccuper de son propre droit d’exister et des moyens d’échapper aux balles du chasseur dénommé Ben Ali.

L’Observateur
(Source: lefaso.net le lundi 9 juin 2008)
Lien: http://www.lefaso.net/spip.php?page=impression&id_article=27262

Par Source: lefaso.net - Publié dans : CHRONIQUE
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