Dimanche 14 septembre 2008

Depuis 4 ans, l'ONG Alkarama dépose des milliers de plaintes auprès de l'ONU contre les Etats arabes pour violation des droits humains. L'Algérie s'attaque régulièrement à l'un de ses membres, réfugié en Suisse. Sans pour autant que les relations entre Berne et Alger en pâtissent, selon la diplomatie suisse.
Basée à Genève, une ONG créée par d'anciens prisonniers politiques des pays arabes, utilise les voies offertes par les traités internationaux pour dénoncer les violations des droits de l'homme dans l'ensemble de l'ère arabo-musulmane.
En quatre ans, Alkarama a déposé des milliers de plaintes auprès des organes ad hoc du Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Et ce au nom de victimes des Etats d'Arabie saoudite, de Bahreïn, de Syrie, de Libye, du Maroc, d'Algérie, de Tunisie, etc.
En conséquence, ces gouvernements voient d'un œil toujours plus mauvais l'émergence de ce «nouveau justicier» qui fait preuve d'une rigueur difficilement contestable. Une force qui explique sans doute l'offensive actuelle du gouvernement algérien contre l'une des chevilles ouvrières de l'association.
Ainsi, le 22 août dernier, lors d'une réunion préparatoire de l'actuelle session du Conseil des droits l'homme (8-26 septembre), l'ambassadeur algérien Idriss Jazaïry, s'en est pris, sans le nommer, à Rachid Mesli, ancien prisonnier politique, réfugié en Suisse depuis 2000.
Le diplomate a déploré qu'un membre d'une ONG «faisant l'objet d'un mandat d'arrêt international pour appartenance à un groupe terroriste armé» puisse prendre la parole devant le Conseil des droits de l'homme.

Nombreuses violations en Algérie

L'ambassadeur se référait à la session de juin dernier. En effet, Rachid Mesli y dénonçait, en tant que représentant de la Commission arabe des droits humains, les nombreuses violations commises en Algérie.

Ce militant et avocat de longue date a lui-même connu la disparition forcée, la torture et a séjourné près de 4 ans dans les geôles algériennes A sa libération fin 1999, il obtient l'asile politique en Suisse et y poursuit son action d'avocat des droits de l'homme. Il a ainsi soumis auprès de l'ONU des centaines de dossiers de victimes algériennes.

«J'ai toujours gêné les autorités de mon pays en m'occupant des prisonniers politiques.» L'air nonchalant, Rachid Mesli nous reçoit dans le bureau de Alkarama situé à Genève non loin du siège européen des Nations Unies.

«Ce qui les a rendus fous, c'est lorsque j'ai soumis en 2001 les dossiers de Abbassi Madani et Ali Belhadj au Groupe de travail sur les détentions arbitraires qui a reconnu que les deux leaders du FIS (Front islamique du salut) étaient détenus suite à un procès inéquitable. L'année dernière, le Comité des droits de l'homme a également condamné l'Algérie pour ces mêmes cas.»

Mandat d'arrêt international

«J'ai alors été condamné à 20 ans d'emprisonnement par contumace en Algérie, poursuit l'avocat. Ils ont demandé à Interpol de lancer un mandat d'arrêt international. On m'accusait de constitution d'un groupe terroriste armé actif en Suisse.»

Atteint par téléphone, l'ambassadeur Idriss Jazairy n'a rien voulu ajouter à sa déclaration du 22 août. Même discrétion de l'Office fédéral de la justice à Berne lorsque nous avons demandé à son porte-parole si Interpol avait contacté les autorités helvétiques à propos de Rachid Mesli.

De son côté, Jean-Philippe Jutzi, porte-parole du DFAE (Ministère suisse des affaires étrangères), précise : «Les activités de M. Mesli et celles de l'ONG Alkarama pour laquelle il travaille ne posent pas de problème entre la Suisse et l'Algérie. Alkarama est une organisation dont les compétences sont reconnues auprès des organisations internationales et onusiennes actives dans le domaine de la défense des droits humains.»

De son coté, Rachid Mesli soutient: «En réalité, c'est Alkarama que l'Algérie et les autres pays arabes cherchent à atteindre. Ils veulent empêcher que notre organisation soit accréditée et officiellement reconnue par l'ONU.»

Une ONG peu connue

Malgré son activisme, l'ONG Alkarama reste peu connue dans la Genève internationale.
«On en a soudainement entendu parler lors du passage en Suisse en juin dernier du soudanais Sami Mohieldin El Haj, de la chaîne arabe Al-Jazeera. Un journaliste qui sortait de sept ans d'emprisonnement à Guantanamo, raconte, sous couvert d'anonymat, un militant d'une importante ONG occidentale.
Le militant s'interroge sur les moyens et les tendances politiques d'Alkarama et se demande s'il s'agit d'une organisation islamiste qui utilise les outils juridiques pour s'imposer en Occident. Avant d'ajouter : «Nous avons été impressionnés par la rigueur professionnelle et l'ampleur des connexions de cette ONG.»
Autre son de cloche avec Philippe Grant : «Je connais peu Alkarama. En revanche, je connais de longue date Rachid Mesli. C'est un avocat sérieux, engagé, perspicace et clairement démocrate. Rachid est le poil à gratter des Algériens. Il en faudrait plus comme lui dans le monde arabe», souligne le fondateur de TRIAL (Track Impunity Always).
LES PRIORITÉS D'ALKARAMA  (http://www.alkarama.org )
Basée à Genève, Alkarama (l'honneur) enquête et dénonce la torture, la détention arbitraire, les disparitions forcées, les exécutions extra-judiciaires et les procès inéquitables.
Financée par des fonds privés, Alkarama a des bureaux à Londres (Royaume-Uni), Beyrouth (Liban), Doha (Qatar), Sanaa (Yémen), ainsi qu'un réseau de militants dans tous les pays arabes.
Le président de l'ONG, Abdurahmane Al Nuaimy, est l'un des rares opposants politique du Qatar.

(Source : Swissinfo (Suisse), le 8 septembre 2008)
Lien : http://www.swissinfo.ch/fre/swissinfo.html?siteSect=105&sid=9671306
 

 

Par Carole Vann et Juan Gasparini - Publié dans : ESPACE INFO
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Dimanche 7 septembre 2008

Alors qu'Ess'ghaier Belkhiri croupit toujours en prison, d'autres Nantais de Redeyef, de passage en Tunisie, subissent les vexations de la police locale.
Pas évident d'être Tunisien, d'habiter Nantes et de retourner passer quelques jours de vacances dans sa famille à Redeyef : la police du président Ben Ali fait du zèle. Il y a le cas d'Ess'ghaier Belkhiri. Arrêté à sa descente du bateau alors qu'il revenait se marier au pays, ce maçon de 29 ans croupit depuis plus d'un mois en prison. Il est accusé de « financer la rébellion » à Redeyef, petite ville minière de 30 000 habitants en ébullition sociale. Depuis son arrestation, on est toujours sans nouvelles.
« Interrogé nu, assis sur une chaise »
D'autres Nantais de Redeyef ont évité de peu les geôles tunisiennes. Depuis cette arrestation, les langues se délient peu à peu. Comme Ess'ghaier, Ali (1) a lui aussi été interpellé à sa descente de bateau, le 21 juillet dernier. Son seul tort ? Avoir participé aux manifestations de soutien à la population de Redeyef, organisée à Nantes en juin dernier.
« J'ai remis mon passeport à un policier, raconte Ali. Il a tapé mon nom sur un ordinateur et, quelques minutes plus tard, il m'a dit que j'étais recherché. Ils m'ont déshabillé et j'ai subi un interrogatoire nu, assis sur une chaise. Au bout de douze heures, ils m'ont relâché... »
Quelques semaines plus tard, c'est au tour de Mohamed (1) de subir les mêmes vexations. Même motif, même punition. Cette fois-ci, la garde à vue n'a duré « que » six heures. « Ils m'ont dit qu'en France, je salissais le drapeau tunisien. Que j'étais indigne d'appartenir à ce pays. »
Hassan, lui, évoque les « tortures morales » qu'il a subies pendant huit heures. Pas de violence. Les policiers l'ont menacé de lui retirer son passeport. Et, surtout, d'inquiéter les membres de sa famille s'il continuait à participer aux manifestations à Nantes contre le pouvoir tunisien.
« Tant que l'actuel régime est en place, je ne retournerai pas à Redeyef, martèle-t-il. J'ai deux neveux qui ont manifesté là-bas. Ils sont aujourd'hui en prison. Aujourd'hui, les droits de l'homme n'existent pas en Tunisie. Ce sont les hommes en uniforme qui font la loi. »

Joël BIGORGNE.
1) Prénom d'emprunt.
(Source: Ouest-France le samedi 06 septembre 2008 )

Par Joël BIGORGNE. - Publié dans : ESPACE INFO
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Dimanche 7 septembre 2008

En périodes de turbulences, nos blogs jouent un rôle informationnel de tout premier plan. Que de trop nombreux titres de nos médias «reconnus» ont renoncé à jouer. Ils se sont mis gentiment sur la touche, pour laisser la parole aux jeunes. Tant mieux, puisque l’année leur est consacrée ! Le dialogue avec les jeunes passe désormais aussi par le net. Et ils ont la langue bien pendue ! Sur les blogs les phrases sont lapidaires, ce qui n’offre guère d’espace à la redondance, et autres discours ronronnants. Pour diverses raisons, bien connues des Tunisiens.
Paradoxalement, même des journalistes généralement «bien informés», commencent leur journée par une lecture attentive de quelques blogs. Et depuis l’avènement des «agrégateurs», ces sites qui rassemblent sur une page les commentaires de dizaines de blogs différents, la tache n’en est que plus aisée. La blogosphère tunisienne a déployé ses ailes pour s’intéresser à tous les domaines touchant le Tunisien.
Nous n’avons pas, dans la presse écrite traditionnelle, des journaux spécialisés dans le marketing et la publicité, par exemple. Des blogueurs tunisiens ont pallié ce manque. Analysant, décortiquant les campagnes de pub, et donnant leur point de vue de professionnel. Car quoiqu’on en dise, ce ne sont pas toujours des amateurs qui s’expriment sur le Net. Mieux : ce sont souvent des professionnels chevronnés, passionnés par leur métier, qui font profiter leurs lecteurs en ligne de leur expérience. Quelques uns commencent même par faire autorité.
Les blogueurs y gagnent en notoriété, leurs lecteurs acquièrent des connaissances introuvables sur d’autres supports. Vu que la presse spécialisée dans les hautes technologies, le marketing, et autres secteurs pointus de l’économie, est encore à ses premiers balbutiements dans notre pays. Sans même parler de la presse satirique tunisienne, autrefois florissante, et qui s’est aujourd’hui perdue. Voilà que nos blogs s’y mettent aussi ! Des plumes acérées (quoique le mot clavier aurait été plus approprié), un sens de la dérision parfois poussé, que l’on aimerait trouver plus souvent dans nos journaux imprimés.
Et quand les agrégateurs de blogs ne suffisent pas, restera toujours la possibilité de suivre les liens que les blogueurs mettent sur leur site. Offrant ainsi la possibilité aux internautes d’approfondir leurs recherche dans le même champ d’intérêt. Que l’on soit intéressé par le haut débit (pas si haut que ça, dans nos contrées), ou par les dernières actualités concernant la communauté tunisienne au Canada, le raccourci des blogs permet de gagner du temps, et de s’informer sur des sujets généralement soit délaissés, soit traités à la légère par une presse qui, décidément, s’éloigne des intérêts de ces concitoyens.
Certains mettent pourtant en cause la crédibilité de nos blogueurs. Ces derniers ne la revendiquent pourtant pas. Puisqu’il s’agit clairement d’opinions personnelles, d’impressions individuelles a priori non-généralisables. Mais le nombre tous les jours croissant de blogs traitant d’un même sujet, permet pourtant d’obtenir une image nette de la réalité évoquée. Et après tout, la «presse classique» n’est pas, à cet égard, tout à fait irréprochable. On ne compte d’ailleurs plus les journalistes qui, parfois, après plus de 30 ans de carrière, sont venus renforcer les rangs du net, par blogs interposés. Si les blogs et les portails d’informations sont florissant, c’est aussi, peut-être, parce que les tenants de la presse traditionnelle, leur ont abandonné le terrain. Tant mieux pour le net tunisien. Dommage pour nos quotidiens.
(Source : webmanagercenter.com (Portail d’infos – Tunis), le 11 juin 2008 à 05h33)
Lien:
http://www.webmanagercenter.com/management/article.php?id=43503

Par Oualid CHINE - Publié dans : CHRONIQUE
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Dimanche 7 septembre 2008

                     Conseil National pour les Libertés en Tunisie
T
arak Essoussi, membre dirigeant de l’Association de soutien aux prisonniers politiques (AISPP) a été déféré devant le juge d’instruction de Bizerte le 3 septembre 2008 pour diffusion de fausses nouvelles de nature à troubler l’ordre public en vertu des articles 42 et 49 du Code de la presse.
Il lui est reproché d’avoir fait une déclaration à la chaîne Al Jazeera le 26 août dernier informant de l’enlèvement par la police politique d’un groupe de 7 jeunes à Bizerte.
La véracité de ces graves abus policiers dénoncés par Tarak Essoussi et rapportés dans un communiqué de l’AISPP, est attestée par les témoignages des familles des victimes et confirmée par la section de Bizerte de la LTDH.
Monsieur Tarak Essoussi, qui souffre d’un sévère handicap moteur, a été amené au tribunal de Bizerte pour interrogatoire sans ses béquilles, porté par des policiers ; Le juge d’instruction près le tribunal de première instance de Bizerte, Akram Mnekbi, a accepté de l’interroger dans cet état et poursuivi son interrogatoire malgré les protestations de la défense ;  Me Anouar Kousri s’est retiré en signe de protestation contre cette volonté délibérée d’humiliation. Il semblerait, selon les premiers éléments de l’instruction, que l’accusation ne conteste pas l’authenticité des faits dénoncés par Mr Essoussi.
Tarak Essoussi a été arrêté le 27 août à son domicile, par une brigade d’une dizaine de policiers entrés par effraction, après avoir enfoncé les portes et sauté par le toit,  semant la terreur au sein de sa famille et de ses voisins. Il est écroué à la prison civile de Bizerte où il est sujet à un traitement dégradant ciblant son infirmité et qui l’oblige à ramper par terre après la confiscation de ses béquilles par le directeur de la prison.

Le CNLT considère
·        que monsieur Tarak Essoussi est sanctionné pour avoir fait son devoir de défenseur de droits humains et usé de sa liberté d’expression. Qu’au lieu de punir les coupables des infractions à la loi, les autorités sanctionnent ceux qui révèlent ces violations.
·        Il exige sa libération immédiate, la levée de toutes les poursuites contre lui et l’ouverture d’une enquête sur les mauvais traitements qui lui ont été infligés ainsi que la réparation des préjudices qu’il a subis.
·        Il rappelle à l’Etat tunisien ses engagements internationaux et notamment les articles 6 et 9 de la Déclaration des Nations unies sur les défenseurs des droits de l'homme qui garantit le droit « de publier, communiquer à autrui ou diffuser librement des idées, informations et connaissances sur tous les droits de l'homme et toutes les libertés fondamentales.
»


Pour le Conseil
La porte parole
Sihem Bensedrine

Par CNLT - Publié dans : ESPACE INFO
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Mercredi 27 août 2008
 
Reporters sans frontières
Communiqué de presse

26 août 2008

TUNISIE

Slim Boukhdir privé de papiers d’identité : Reporters sans frontières demande l’intervention du ministre de l’Intérieur


Reporters sans frontières a adressé, le 26 août 2008, un courrier à Rafik Belhaj Kacem, ministre tunisien de l’Intérieur et du Développement local, pour lui demander d’intervenir en faveur de Slim Boukhdir qui est toujours privé de sa carte d’identité nationale depuis sa sortie de prison et de son passeport depuis 2004.
 
 "Condamné à un an de prison en décembre 2007 suite à un procès dont les motifs nous ont toujours paru infondés, il a été libéré le 21 juillet dernier, soit quatre mois avant la fin de sa peine. Cette libération anticipée, gage de bonne volonté de votre gouvernement, n’a pas pour autant mis fin aux difficultés rencontrées par ce journaliste. A sa sortie de prison, Slim Boukhdir n’a pas été autorisé à récupérer sa carte d’identité nationale. Ce document lui est pourtant indispensable dans ses activités quotidiennes, notamment pour toute transaction bancaire", a écrit l’organisation.
 
"Nous tenons également à vous rappeler que Slim Boukhdir est privé d’un passeport depuis quatre ans. Le jour de son arrestation, le 26 novembre 2007, il se rendait justement à Tunis pour obtenir ce document. Il avait auparavant mené une grève de la faim pendant deux semaines pour protester contre le refus de votre administration de le lui fournir",  a ajouté Reporters sans frontières dans sa lettre.
 
"Nous considérons que Slim Boukhdir a souffert de nombreuses injustices. Après avoir passé 238 jours en détention, ce journaliste aspire aujourd’hui à reprendre ses activités professionnelles. Nous vous prions d’intervenir afin qu’il puisse obtenir sa carte d’identité nationale ainsi que son passeport", a conclu l’organisation.
 
Slim Boukhdir, 39 ans, avait été arrêté le 26 novembre 2007 lors d’un contrôle d’identité des passagers d’un taxi collectif reliant Sfax à Tunis. Il avait été immédiatement déféré devant la justice et condamné, au terme d’un procès inique, à un an de prison pour “outrage à fonctionnaire dans l’exercice de ses fonctions”, “atteinte aux bonnes mœurs” et “refus de présenter ses papiers d’identité” par le tribunal cantonal de Sakiet Ezzit dans la banlieue de Sfax. Le journaliste a souffert de conditions de détention très difficiles (conditions d’hygiène insuffisantes, intégrité physique menacée par ses codétenus, privé de correspondance et de journaux indépendants).
Par RSF - Publié dans : ESPACE INFO
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Mercredi 27 août 2008
Reporters sans frontières
Communiqué de presse
24 août 2008

Tunisie

Victime du harcèlement des autorités, la journaliste indépendante Sihem Bensedrine à nouveau empêchée de prendre l’avion pour l’Europe

Reporters sans frontières dénonce la stratégie d’humiliation permanente que font subir les autorités tunisiennes à Sihem Bensedrine. Le 24 août 2008, la journaliste a été à nouveau empêchée de prendre un vol pour l’Autriche, pays où elle bénéficie du statut de résidente, au départ de l’aéroport de Tunis-Carthage. C’est la troisième fois depuis le début de l’année (voir le communiqué du 20 août 2008), que la fondatrice du journal clandestin Kalima se voit interdire de quitter le territoire.
 
“Retenue au moment de passer la douane le 19 août, Sihem Bensedrine a cette fois été interceptée juste après, à l’entrée du portique d’embarquement. Ce genre de mesquineries en disent assez sur la volonté des autorités de pousser à bout une personne dont le seul tort est de se situer dans l’opposition au président Zine Ben Ali, prédateur notoire de la liberté de la presse. Combien d’humiliations Sihem Bensedrine devra-t-elle endurer pour que cesse la complaisance des chancelleries occidentales, et notamment française, vis-à-vis du régime tunisien ? Dans la mesure où la journaliste bénéficie d’un statut de résidente en Autriche, Sihem Bensedrine doit aussi bénéficier du soutien de l’Union européenne et de sa présidence française”, a déclaré Reporters sans frontières.
 
“Je venais de passer les contrôles de police et de douane. C’est au moment de franchir le portique de sécurité, juste avant la passerelle qui mène à l’avion, que des douaniers m’ont interceptée et m’ont prié de les suivre dans leurs bureaux sans me fournir la moindre explication. J’ai refusé en leur faisant remarquer qu’aucun autre passager n’était soumis à ce traitement”, a confié, le 24 août, Sihem Bensedrine à Reporters sans frontières, depuis l’aéroport de Tunis-Carthage d’où elle devait prendre un vol pour Vienne. En mars 2008, Sihem Bensedrine et son mari, Omar Mestiri, avaient été retenues pendant six heures par des agents des douanes au port de la Goulette, à Tunis, puis brutalisés à l’abri des regards dans le bureau de police où ils avaient été conduits.
 
Le 19 août, alors qu’elle devait déjà se rendre à Vienne, la journaliste avait été interceptée par des policiers en civil juste avant de franchir la douane. Cette fois, l’épisode s’est répété juste après. “Devant mon refus, ils m’ont confisqué mon passeport et ma carte d’embarquement. L’avion pour Vienne parti sans moi, le passeport m’a été restitué avec une mention d’annulation sur le tampon de sortie apposé juste avant par la douane. Il s’agit bien d’une interdiction de quitter le territoire, même si les autorités persistent à le nier”, a poursuivi Sihem Bensedrine.
 
Dans son journal Kalima, devenue une plate-forme multimédia alimentée depuis l’étranger, Sihem Bensedrine avait récemment dénoncé la décision de l’Etat tunisien d’autoriser des constructions dans la zone archéologique de Carthage.

Par RSF - Publié dans : SOS COMMUNIQUE URGENT
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Vendredi 22 août 2008

Tunis le 19 août 2008
La journaliste Sihem Bensedrine agressée à l’aéroport de Tunis Carthage et empêchée de quitter le territoire La police des frontières de l’aéroport Tunis Carthage a empêché ce mardi 19 août la journaliste Sihem Bensedrine, de quitter le territoire, alors qu’elle se préparait à prendre un vol pour Vienne. Après avoir subi une fouille méticuleuse de son sac à main et de son sac à dos où se trouvait son ordinateur portable et que ses documents personnels aient été épluchés, les agents de la douane lui ont demandé de les suivre dans un bureau. En l’absence d’une raison valable, cette dernière a refusé de les suivre. C’est alors que plusieurs hommes en civil ont pris la relève des douaniers, sans décliner leur identité. Après une heure de harcèlements, alors que la salle d’embarquement s’était vidée, une autre équipe de la police politique est arrivée, usant d’un ton et d’un langage discourtois et agressif, ils l’ont menacée de ne plus quitter le territoire tant qu’elle n’obéirait pas aux ordres. Après que son avion soit parti, ils se sont jetés sur elle, la brutalisant et la bousculant jusqu’elle soit tombée au sol, ils ont alors jeté son sac à dos contenant le laptop et son sac à main ainsi que son passeport au loin sur le sol de la salle d’embarquement tout en l’insultant et en lui intimant l’ordre de regagner son domicile. Rappelons que Sihem Bensedrine et son mari Omar Mestiri ont fait l’objet d’une agression dans les bureaux de la douane en mars dernier. « Etant donné que la fouille à laquelle a été soumise madame Bensedrine de la part d’agents des douanes en uniforme n’a débouché sur aucun motif de suspicion, la demande formulée par des personnes en civil, qui n’ont pas décliné leur identité, de les suivre dans des bureaux est totalement illégale ; d’autant que madame Bensedrine a fait l’objet d’une agression dans des conditions similaires au mois de mars au port de la Goulette et qu’aucune enquête n’a été déclenchée suite à la plainte en justice qu’elle a déposée. Il s’agit là d’une violation flagrante du principe de légalité auquel est astreinte l’administration et qui suppose que l’administration énonce clairement la mesure qu’elle veut accomplir et la justifie. » a déclaré l’avocat Raouf Ayadi. L’OLPEC condamne cette agression et dénonce cette interdiction arbitraire de quitter le territoire. Il exige que cessent les persécutions qui ciblent la journaliste et qu’elle soit libre de ses mouvements. Pour L’OLPEC La vice-présidente Naziha Rjiba

Par Naziha Rjiba - Publié dans : SOS COMMUNIQUE URGENT
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Jeudi 21 août 2008

TUNIS - L'opposante tunisienne et militante des droits de l'Homme, Zakia Dhifaoui, a été condamnée vendredi à huit mois de prison ferme à la suite d'une manifestation de "soutien aux victimes du bassin minier" de Gafsa, une région du centre-ouest tunisien en proie à une agitation sociale depuis janvier dernier pour cause de chômage et de cherté de la vie, a-t-on appris samedi de source associative.

Membre du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDLT), un parti de l'opposition légale, et de la section régionale de la Ligue tunisienne de défense des droits de l'Homme (LTDH) de Kairouan (centre), Mme Dhifaoui était accusée notamment de "troubles à l'ordre public, dégradation de biens d'autrui, de désobéissance civile, offense à fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions et atteinte aux bonnes moeurs".
Le tribunal de première instance de Gafsa a, en outre, condamné six autres co-inculpés, dont quatre enseignants, à six mois d'emprisonnement.
Mme Dhifaoui avait été arrêtée fin juillet dernier au domicile de Jomaâ Hajji, épouse du leader du mouvement de protestation du bassin minier, Adnane Hajji, en état d'arrestation. Ce mouvement a été déclenché à la suite des résultats contestés d'un concours de recrutement à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), principal employeur de cette région où le taux de chômage dépasse la moyenne nationale de 14%, selon les syndicats.
Les manifestations ont conduit à des affrontements avec les forces de l'ordre, faisant un mort et de nombreux blessés. Il a fallu le déploiement de l'armée pour rétablir le calme.
Après avoir limogé le PDG de la CPG, le président Zine El Abidine Ben Ali a annoncé d'importantes mesures destinées à créer des emplois et à promouvoir les conditions de vie dans cette région riche en phosphates. AP

Par AP - Publié dans : ESPACE INFO
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Vendredi 15 août 2008

RABAT, 14 août 2008 (AFP) -

Fait rare en Afrique, les défenseurs des droits de l'Homme sont puissants, actifs et reconnus au Maroc, qui, après des "années de plomb" sous le règne de Hassan II, a enregistré de très nets progrès n'excluant pas les mises en garde "contre un retour en arrière".
Le royaume ne compte pas moins de quatre organisations de défense des droits de l'Homme indépendantes et actives, un Conseil consultatif des droits de l'Homme (CCDH, public), plus un vaste tissu associatif qui se bat pour les droits des femmes, le droit à l'éducation, au travail, à la santé.
"C'est vrai qu'au Maroc, le débat sur les droits de l'Homme est plus vif et plus ancien qu'ailleurs", explique à l'AFP Ahmed Herzenni, président du CCDH, qui a lui-même passé douze ans de sa vie en prison, de 1972 à 1984, pour appartenance à un parti d'extrême gauche.
"Cela tient au fait que le Maroc se distingue d'autres pays du même type, car il a toujours connu une vie politique plus intense", ajoute-t-il.
Le mouvement marocain des droits de l'Homme est issu des partis de gauche et d'extrême gauche victimes dans les années 1970 et 80 d'une répression acharnée des forces de sécurité du roi Hassan II, qui, après ces "années de plomb", a lui-même décidé de créer le CCDH pour redorer le blason de son régime.
Ayant pour objectif d'inculquer une culture des droits de l'Homme dans l'ensemble de la société marocaine, le CCDH a également été chargé de veiller à l'application des recommandations de l'Instance équité et réconciliation (IER), une "commission vérité" mise en place par le roi Mohammed VI en 2003 pour faire la lumière sur les atteintes graves aux droits de l'Homme des années 1960-1999.
Si quelque 12.000 personnes victimes de la répression ont été indemnisées par l'Etat marocain, ses détracteurs reprochent à l'IER de ne pas avoir désigné les responsables de cette répression qui n'ont jamais été poursuivis.
"Il valait mieux obtenir un changement de style de gouvernement que de poursuivre des individus", affirme M. Herzenni.
C'est selon lui chose faite: "Le Maroc a évolué de manière considérable, Il faut rester vigilants, mais pour l'essentiel on ne peut plus craindre de violations systématiques et massives des droits de l'Homme".
Khadija Ryadi, présidente de la plus ancienne des organisations,
l'Association marocaine des droits humains (AMDH), créée en 1979, veut bien admettre qu'il y a eu "des avancées dans le respect des droits de l'Homme". Mais, ajoute-t-elle aussitôt: "Un retour en arrière est possible, car il n'y a pas de garantie constitutionnelle".
Elle juge "impérative" une réforme de la Constitution garantissant la séparation des pouvoirs, le roi concentrant "toutes les prérogatives entres ses mains". "Il n'y a pas d'Etat de droit au Maroc", affirme Khadija Ryadi.
Elle en veut pour preuve "la lutte contre le terrorisme" islamique, qui donne lieu à "un retour de violations graves des droits de l'Homme, au recours très net à la torture, aux séquestrations".
"Il y une impunité totale", affirme Mme Ryadi, "car les responsables de la répression des années 70 sont toujours là".
Pour elle "le baromètre", c'est "l'affaire Ben Barka", du nom de l'opposant marocain Medhi Ben Barka, enlevé en plein coeur de Paris en 1965 et dont on n'a jamais retrouvé le corps.
Cinq mandats d'arrêts internationaux visant des Marocains ont été délivrés en 2007 par un juge français, mais affirme Khadija Ryadi, "l'Etat marocain, impliqué à fond, bloque, car il n'y a pas de volonté politique d'avancer".

AFP
 

Par Par Stéphane BARBIER - Publié dans : SANS FRONTIERES
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Jeudi 14 août 2008
Le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, candidat à un cinquième mandat. (Reuters)
Tunisie. Une répression sévère s'est abattue sur cette région, symbole des tares du régime.

Cela fait sept mois maintenant que la région de Gafsa est en ébullition. Ce bassin minier pauvre, aux confins de la frontière algérienne, est devenu pour le pouvoir tunisien le plus long foyer de contestation depuis l'arrivée au pouvoir, en 1987, du président Zine el-Abidine Ben Ali, candidat à un cinquième mandat. Vendredi 25 juillet, la ville de Redeyef, épicentre de la contestation, a été le théâtre d'une nouvelle manifestation, dispersée sans ménagement par les forces de l'ordre, et suivie de l'arrestation de quatre nouveaux responsables d'associations et de syndicats, dont Zakia Dhifaoui. Cette enseignante et militante du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) a été arrêtée par des agents en civil chez Jomaa Hajji, l'épouse du leader de la protestation dans la région de Gafsa, Adnan Hajji, lui-même emprisonné depuis le 22 juin. La marche de dimanche rassemblait quelque 500 proches de détenus.

Privilégiés. La révolte à Redeyef a débuté le 5 janvier, lorsque la direction de la Compagnie des phosphates de Gafsa affiche les noms des nouveaux embauchés. Le chômage est particulièrement élevé, surtout chez les jeunes diplômés, les vagues d'embauche sont rares. Quand les habitants découvrent que les enfants des cadres de l'entreprise, par ailleurs membres de la centrale syndicale UGTT, sous étroit contrôle du gouvernement, ont été privilégiés, la colère explose. D'autant que les instances régionales du syndicat sont contrôlées par des gens venus de Tunis et du reste du pays et non par des «enfants du pays», dans une région très tribalisée. Les forces de l'ordre, débordées dans un premier temps, réagissent avec d'autant plus de violence. Mais, à la surprise générale, les habitants ne cèdent pas. Les femmes et les enfants descendent dans la rue fin janvier pour obtenir la libération des hommes emprisonnés. Face au mouvement, qui s'étend à tout le bassin minier de Gafsa (Oum Larayes, Metlaoui, Feriana, etc.), plusieurs familles partent s'installer dans la montagne, voire en Algérie toute proche, pour échapper à la répression. A partir du mois de mars, la région vit un encerclement quasi-permanent. Les véhicules sont contrôlés à l'entrée et à la sortie de la région.

L'escalade est constante, entrecoupée de pauses. Le 6 juin, la police tire à balles réelles, tuant un manifestant et en blessant 26 autres. En juin, l'armée a été envoyée sur place face à l'incapacité de la police à contenir les manifestations.

Elections. C'est que le pouvoir craint avant tout une contagion de ce conflit social et politique au reste du pays. La révolte de Gafsa résume bien à elle toute seule nombre de maux tunisiens : chômage des jeunes, pauvreté extrême des zones marginales du pays, népotisme, infiltration des instances syndicales par le pouvoir, absence de tout espace d'expression et de représentation, syndicale comme politique, et enfin gestion sécuritaire de toute contestation. Mais étrangement, la cause des mineurs de Gafsa n'a guère mobilisé, jusqu'à présent, les opposants et militants de droits de l'homme à Tunis, plus focalisés sur les élections présidentielle et législatives de l'année prochaine, jouées d'avance.

Meilleure preuve du refus du pouvoir d'enclencher toute forme de dialogue ou de négociation, tous les leaders du mouvement de protestation à Gafsa ont été arrêtés et sont en instance de jugement, quand ils ne sont pas en fuite. A commencer par Adnan Hajji, le chef du mouvement, ainsi que Tayeb Ben Othman et Béchir Laabadi. A ce jour, selon une liste nominative dressée par des militants des droits de l'homme, au moins 190 personnes ont été écrouées. Seule une minorité d'entre elles ont été jugées, et condamnées à des peines allant de deux mois à trois ans de prison. Plusieurs cas de torture ont été signalés durant la détention. Mais des peines beaucoup plus lourdes pourraient frapper les «têtes» du mouvement. Hajji, qui était entré dans la clandestinité, est accusé de «constitution de bande de malfaiteurs, association en vue de porter atteinte à des personnes et à des biens publics, et rébellion». Il risque vingt ans de prison.

A la mi-juillet, le pouvoir a tenté une ouverture, sans succès. Le PDG de la société des mines a été renvoyé pour «incompétence» et le président Ben Ali a promis un grand plan d'investissement dans cette région sous-développée. Il en faudra plus, et surtout plus d'avancées concrètes, pour restaurer une confiance en miettes entre les habitants de la région de Gafsa et le pouvoir à Tunis.

© Libération
Par CHRISTOPHE AYAD - Publié dans : ESPACE INFO
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