Mardi 13 octobre 2009
par Slim BAGGA, 12 octobre à 15h36

Le frère de Leila Ben Ali, Belhassen Trabelsi, rencontre des haut-gradés de l’armée tunisienne en cachette et se brouille avec le colonel Kadhafi.

Va-t-on vers 7 novembre-bis ? L’information qui a agité le landerneau politique tunisien en fin de semaine dernière ne laisse guère de doutes sur les intentions du clan de la première dame Leila Trabelsi.

Le chef de clan et frère de Zinochette — et jusque-là celui qui apparaissait le moins pourvu d’ambitions politiques, Belhassen Trabelsi — a été convoqué par le président Ben Ali pour s’expliquer sur les soirées très discrètes qu’il organise depuis quelque temps avec de hauts gradés de l’armée.

Dans le même temps, ces officiers ont été longuement interrogés sur le sujet et l’on s’attend, à quelques jours de la parodie présidentielle du 25 octobre prochain, à ce que des têtes tombent, même si le tyran tunisien, affaibli physiquement, semble avoir perdu la main sur les clans dont il s’est entouré depuis 20 ans.

Le livre « La Régente de Carthage » fait une première victime

Il faut dire que ces clans évoluent déjà dans l’après-Ben Ali. Et dans les faits, c’est une Régente Leila qui est aux commandes d’un Etat à la dérive, à l’image de son chef cerné de toutes parts par des forces avides de pouvoir et d’argent qu’il a lui-même créées de toutes pièces. Dans un régime qui parle plus de transparence et de démocratie qu’il ne les exerce, comme pour se donner bonne conscience devant ses excès, de grandes purges sont annoncées pour qui essaie encore de sauver les formes.
Le premier officiel touché a été, samedi dernier, le ministre de la Communication et des Relations avec le Parlement, Rafaä Dkhil. Il a été limogé sans aucune explication à la veille de l’ouverture officielle de la campagne électorale, dimanche 11 octobre. Dans les milieux informés, deux raisons essentielles sont invoquées : l’organisation d’un tirage au sort pour l’ouverture de la campagne ne donnant pas le RCD, le parti-Etat au pouvoir, en première position. Raison qui vient s’ajouter aux propos du ministre Dekhil du temps où il dirigeait Tunis Air et rapportés par les auteurs de l’ouvrage « La Régente de Carthage ». Selon ces propos, Rafaâ Dekhil dit « s’être couvert par des instructions de son ministre de tutelle concernant le désossement de Tunis Air par la compagnie Kartago », propriété de Belhassen Trabelsi.

Le colonel Kadhafi veut se venger de Belhassen Trabelsi

Ce même frère de Leila Ben Ali vient par ailleurs de démontrer que le chef Zine el Abidine est plus que jamais isolé et a perdu tout contrôle sur la famille de sa dulcinée. Belhassen a récemment vendu deux hôtels sur l’île de Djerba à l’agité libyen Kadhafi pour une somme plus que modeste de 80 millions d’euros. Le colonel a même commencé à payer 50 % de la transaction. Et patatras boum boum, Belhassen a subitement mis un point d’honneur à disposer dans ces hôtels respectivement d’un grand appartement et d’une villa. Un caprice qui a déplu au Guide libyen qui a tout simplement annulé la transaction et tenté de récupérer son argent.

Or, rembourser les gens est une pratique voire un terme qui n’existe pas chez les Trabelsi. L’envoi d’un émissaire libyen auprès du président Ben Ali et l’intercession de ce dernier auprès de son gendre pour rendre à Kadhafi ce qui appartient à Kadhafi est aujourd’hui dans l’impasse. Déjà, le bouillonnant colonel jure de ne pas en rester là…

Entre panier de crabes et marigot, la Tunisie offre une triste fin de règne et une non moins triste mainmise d’un clan de ripoux dans l’entourage immédiat de « La Régente de Carthage »…

Slim BAGGA
"Bakchich", Chakchouka tuniienne
12 octobre 2009, à 15h36


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Mardi 13 octobre 2009
Le 25 octobre 2009, les citoyens tunisiens seront appelés aux urnes pour élire leur président de la république et les représentants de la chambre des députés. La réforme pseudo constitutionnelle du 26 mai 2002 ayant supprimé la limite de nombre de mandats successifs pour le président sortant, elle lui octroie le droit de briguer un cinquième mandat et lui permet, concrètement, de se tailler une présidence à vie.

Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat « médical » le 7 novembre 1987, Ben Ali, fut durant deux mandats, l’unique candidat à sa propre succession. En 1989 il fut « élu » avec 99,27% des voix et en 1994 il obtint 99,91% des voix. Les élections pseudo pluralistes inaugurées en 1999 maintiennent le statu quo, la participation de deux candidats de « l’opposition » ne l’empêche pas de remporter les présidentielles avec 99.45%. En 2004, malgré la présence de trois candidats, Ben Ali est « réélu » avec 94.49% des voix. Rien ne permet de croire que l’échéance électorale d’octobre 2009 sera différente, bien contraire, tout indique qu’elle aura lieu dans des conditions encore plus graves que les précédentes.

***

Les mécanismes et les lois électoraux ajustés par le pouvoir, et surtout l’absence totale de toute forme de liberté, privent les tunisiens du droit de choisir librement leurs gouvernants. Sur le plan juridique les sept des neuf membres du Conseil constitutionnel, à qui incombe, notamment, la tâche de valider les candidatures à l’élection présidentielle, sont nommés par Ben Ali. Ainsi, les candidats officiels sont imposés par le Président lui même. A chaque élection il fait voter des lois exceptionnelles pour mettre au point des "élections " sur mesure et choisir par là ses adversaires.

Les lois électorales restreignent les candidatures, à la présidentielle comme aux législatives, aux adversaires choisis et validés par Ben Ali et excluent du vote la majorité de la population tunisienne. Le code électoral est même façonné pour permettre de certifier la triche et d’accepter que le président-Etat-Parti chapeaute les différentes étapes des élections à sa guise. Aucune forme de contrôle indépendant n’est possible. Sur le plan politique le régime ne cesse d’affirmer son totalitarisme en dominant la vie sociale, économique, politique et culturelle du pays. Les organisations syndicales et politiques, les institutions et les acteurs de la société civile n’ont jamais été aussi persécutés et assiégés. Ils subissent quotidiennement la répression, les violations de leurs droits à s’organiser, à s’exprimer et à manifester librement. L’intimidation, le harcèlement, la prison, la violence, la torture et même l’assassinat sont les seules réponses que les autorités fournissent à la population et à la société civile. Rappelons les récentes actualités : Les militants du bassin minier de Gafsa qui croupissent depuis de longs mois en prison dans des conditions inhumaines, les milliers de jeunes accusés de terrorisme, victimes de torture, de traitement inhumain et de procès inéquitables, l’interdiction du congrès de l’UGET, l’emprisonnement et l’expulsion de ses militants des universités, le passage à tabac des opposants, le putsh qui se trame contre le SNJT et qui dit long sur l’état de la presse et de la liberté d’expression, l’interdit qui frappe les activités de la LTDH, la persécution que subisse les militants et les représentants de l’Association de Magistrats et de l’Association Tunisienne des Femmes démocrates, etc. Allergique à toute forme de pensée et de critique, le pouvoir ne tolère que les louanges. Le matraquage médiatique orchestré par le régime domine tous les espaces. Radios, presses, télévisions et autres médias, accaparés par le parti unique ne peuvent que glorifier le Président et sa politique. L’état de délabrement total du système judiciaire fait de lui un outil d’asservissement entre les mains de l’exécutif. Dépourvue de toute indépendance, la justice, dont ses propres fonctionnaires sont parfois ses victimes, est aux ordres du pouvoir. Le ministère de la Justice parait comme annexé au ministère de l’intérieur et il n’a d’autre mission que de garantir la survie du régime.

Dans ce contexte politique, les conditions les plus élémentaires ne sont pas réunies pour garantir un déroulement libre et démocratique des élections de 2009.

***

Sur le plan socio-économique, le régime fait régner l’injustice, les inégalités, la corruption et remet en cause les acquis et les droits des femmes. Par ces élections, le pouvoir de Ben Ali cherche à s’habiller d’une légitimité démocratique qu’il n’a jamais possédée. D’autre part il veut garder les mains libres pour continuer une politique économique libérale, en défaveur des couches populaires, dictée par l’intérêt des plus riches familles au pouvoir et l’intérêt des capitaux européens et internationaux ; une politique qui asservit d’avantage la Tunisie au capitalisme à travers ses institutions, la Banque Mondial, le Fonds Monétaire International et l’Union Européenne. Et pourtant les luttes politiques et sociales, spontanées ou organisées, contre les choix socio-économiques du pouvoir n’ont jamais cessé. Manifestations, occupations, grèves des travailleurs, grèves de la faim et soulèvements populaires font d’ores et déjà partie du quotidien social. Les femmes, les travailleurs, les jeunes et les chômeurs du Bassin minier qui ont osé braver l’interdit en sont le meilleur exemple. *** Nous sommes convaincus du droit incontestable de l’opposition tunisienne à pouvoir se présenter à des élections réellement libres et démocratiques. Nous sommes convaincus aussi que le peuple tunisien a le droit de voter librement sans crainte et sans entrave. Cependant, la participation aux élections, dans les conditions actuelles, ne fera qu’être l’écho d’une comédie dans laquelle les jeux sont faits d’avance. Elle ne sera politiquement bénéfique qu’à la dictature, pas à l’opposition, ni au peuple tunisien. D’autant plus qu’au fond de sa conscience, le citoyen tunisien est parfaitement convaincu que, vu l’état actuel des choses, les urnes de Ben Ali ne pourront apporter aucun changement au quotidien de leur vie.

***

C’est ce constat qui donne toute sa raison d’être à notre action qui, en résonance avec la voix de la majorité des tunisiens, appelle au boycott des élections d’octobre 2009.

Face à cet état des lieux, il nous incombe, signataires de cet appel, de nous constituer en Collectif démocratique, laïque et pluraliste, ouvert à toutes les tunisiennes et tous les tunisiens qui s’identifient à sa plateforme politique, pour :

Refuser cette mascarade électorale, dénoncer son caractère fantoche et rejeter la présidence à vie. Rassembler les tunisiens et les tunisiennes pour réclamer des élections libres et démocratiques rompant avec le totalitarisme et la dictature. Organiser des manifestations de protestation visant à dénoncer cette supercherie électorale.

Nous invitons tous les militants et toutes les militantes, intellectuels, épris de justice et de liberté, toutes les tunisiennes et les tunisiens qui aspirent à la démocratie sociale et politique à rejoindre notre initiative.

Collectif pour le boycott des élections d’octobre 2009 en Tunisie

Premiers signataires :

1. Wassim Azreg, militant politique, Paris.
2. Nejib Baccouchi, Doctorant en Philosophie, Paris.
3. Rania Majdoub, étudiante, Paris
4. Raja Albahri, Paris.
5. Raja Chamekh, militante féministe, Paris.
6. Lotfi Hammami, Doctorant en Philosophie, Paris.
7. Lamia Guizani, indépendante, Perpignan, France.
8. Hamadi Aouina, Paris.
9. Adel Thabet, Paris.
10. Béchir Abid, militant, Paris.
11. Abdelwahab Hammami, Paris.
12. Samir Hammouda, Paris.
13. Mohsen Rezgui, Paris.
14. Anis Ben FARHAT, militant indépendant, Paris.
15. Mohsen Chebbi, Paris.
16. Ezzeddine Boughanmi, militant de gauche Saint-Etiennes, France.
17. Faouzi Ouerghi, militant des droits de l’Homme, Marseille.
18. Loumamba Mohsni, Marseille.
19. Adel Al-khammar, communiste tunisien, Grande-Bretagne.
20. Anouar Nsiri, Grande-Bretagne.
21. Mondher Sfar, Comité d’Appel à la Démission du président Ben Ali, Paris.
22. Kais Doghri, doctorant sciences politiques, Paris.
23. Abdelaziz Agoubi, Lyon France.
24. Mohamed Tag Elbehi, Docteur en chimie-physique, USA.
25. Rachid Trabelsi, Paris.
26. Lassaad Zitouni, réfugié politique, France.
27. Chokri Yacoub, Forum Tuniso Suisse des libertés, Genève.
28. Khaled ben M’barek, France.
29. Souad Binouche, Paris.
30. Ali Tenjel.
31. Faten Braham, Paris.
32. Shawky Arif, reseacrher in economics, UK.
33. Mourad Zid, Montreal, Canada.
34. Karim hamdaoui : ingénieur en mécanique des équippement et instrumentation nucléaire, France.
35. Belgacem Hammami, président du Bureau juridique de la Zitouna, Suisse.
36. Brahim Hamdi, Paris.
37. Abdennacer Nait-Liman, AVTT Association des Victimes de Torture en Tunisie, Suisse.

Nous avons également reçu les signatures suivantes de Tunisie :

Jamel M’Sallem.
Ahmed Galai, Bizerte.
Fathi jerbi, Membre fondateur du CPR, Enseignant universitaire.
Najeh Saghrouni, secretaire generale de bureau federal UGET à la faculté de gestion Sfax.
Ahmed Souissi, membre de bureau federal UGET à la faculté de gestion Sfax.
Ali Ben Salem, Bizerte.

Pour signer l’appel, envoyez votre signature à contact@boycottelections2009.net

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Mardi 13 octobre 2009

Derrière les violations de la liberté de la presse se cachent des responsables et des commanditaires. Qu’ils soient président, ministre, chef d’état-major, chef religieux ou leader d’un groupe armé, ces prédateurs de la liberté de la presse ont le pouvoir de censurer, emprisonner, enlever, torturer et, dans les pires des cas, assassiner des journalistes. Pour mieux les dénoncer,Reporters sans frontières dresse leurs portraits. Zine el-Abidine Ben Ali - Tunisie 

Depuis qu’il a écarté du pouvoir l’ancien président Habib Bourguiba en 1987 pour cause de "sénilité", Zine el-Abidine Ben Ali contrôle le pays et les médias d’une main de fer. Réélu en 2004 pour un quatrième mandat de cinq ans, - et après avoir fait modifier la Constitution pour pouvoir se présenter -, il devrait se présenter avec succès en 2009 pour un cinquième mandat. Au début de son quatrième mandat, le président Ben Ali a déclaré vouloir poursuivre son action "en vue d’encourager le pluralisme dans le paysage médiatique, (...) en élargissant les espaces de dialogue, en impulsant l’initiative privée dans le secteur de l’information, et en améliorant les conditions de travail et la situation des journalistes". Cependant, sous la "douce dictature" de Ben Ali, les journalistes et défenseurs des droits de l’homme sont soumis à un véritable harcèlement administratif quotidien, à des violences policières et à une surveillance quasi permanente des services de renseignements. Le contrôle d’internet s’est considérablement renforcé au cours de l’année passée. En outre, au cours de leurs déplacements professionnels en Tunisie, les journalistes étrangers sont constamment accompagnés d’un fonctionnaire de l’Agence tunisienne de communication extérieure. Le contrôle de l’information prend une forme quasi obsessionnelle dans ce régime autoritaire. Toutefois, le président tunisien, allié des Occidentaux dans leur lutte contre le terrorisme, bénéficie d’une grande mansuétude de la part des organismes internationaux.



SOURCE REPORTERES SANS FRONTIERES

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Samedi 10 octobre 2009

إذا الشعب يوما أراد الحياة
 فلا بد أن يستجيب القدر
ولا بد لليل أن
ينجلي
ولابد للقيد أن ينكسر
ومن لم يعانقه شوق الحياة
تبخر في جوها واندثر
كذلك قالت لي الكائنات
وحدثني روحها المستتر
ودمدمت الريح بين الفجاج
وفوق الجبال وتحت الشجر:
إذا ما طمحت إلى غاية
ركبت المنى ونسيت الحذر
ومن لا يحب صعود الجبال
يعش ابد الدهر بين الحفر
فعجت بقلبي دماء الشباب
وضجت بصدري رياح أخر
وأطرقت أصغى لقصف الرعود
وعزف الرياح ووقع المطر
وقالت لي الأرض لما سالت:
يا أم هل تكرهين البشر ؟:
أبارك في الناس أهل الطموح
ومن يستلذ ركوب الخطر
وألعن من لا يماشي الزمان
ويقنع بالعيش ، عيش الحجر
هو الكون حي يحب الحياة
ويحتقر الميت مهما كبر
وقال لي الغاب في رقة
محببة مثل خفق الوتر
يجيء الشتاء شتاء الضباب
شتاء الثلوج شتاء المطر
فينطفئ السحر سحر الغصون
وسحر الزهور وسحر الثمر
وسحر السماء الشجي الوديع
وسحر المروج الشهي العطر
وتهوي الغصون وأوراقها
وأزهار عهد حبيب نضر
ويفنى الجميع كحلم بديع
تألق في مهجة واندثر
وتبقى الغصون التي حملت
ذخيرة عمر جميل عبر
معانقة وهي تحت الضباب
وتحت الثلوج وتحت المدر
لطيف الحياة الذي لا يمل
وقلب الربيع الشذي النضر
وحالمة بأغاني الطيور
وعطر الزهور وطعم المطر

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Vendredi 9 octobre 2009
Besançon, le 8 octobre 2009

                 Développement capital inespéré dans l’affaire; Faïsal BARAKAT est toujours vivant


Il y a 16 ans jour pour jour, le 8 octobre 1991, le jeune étudiant Faïsal BARAKAT décédait dans le bureau du capitaine Abdelfattah LADIB, chef de la brigade de Recherches de la Garde nationale de Nabeul, à la suite d’une journée de torture non stop menée par une demi-douzaine d’agents tortionnaires.
« C'est un accident de la circulation », claironne le gouvernement depuis le début de l'affaire. Mais alors, comment expliquer la « perforation de la jonction rectosigmoïdienne », relevée dans le rapport d'autopsie ? Autrement dit, qu'est-ce qui a entraîné une atteinte très localisée, voire quasi-chirurgicale, au niveau de la jonction entre l'intestin gros et le rectum, déversant leur contenu dans l'abdomen, ce qui explique la dernière et lugubre mention du rapport d'autopsie tunisien : « Estomac vide »?
Les médecins légistes britanniques, danois et français* qui se sont prononcés sur le rapport d'autopsie tunisien ont déclaré possible qu'un accident de la circulation aboutisse à ce type de lésions. Mais alors il faudrait qu'elle soit accompagnée d'atteintes aux os environnants et de fractures au niveau du bassin, ce qui n'a pas été relevé par l'autopsie. Etant précisé que les dermabrasions et autres blessures relevées notamment au niveau de la plante des pieds, ne peuvent aucunement résulter d'un accident, de l’avis de tous ces éminents experts, qui ne se sont jamais concertés sur le cas.
Pour départager définitivement les thèses en présence, le Comité contre la torture avait demandé dans ses Décisions dans l’affaire BARAKAT en date du 20 novembre 1999 que le squelette de la victime soit exhumé et ré-autopsié EN PRESENCE DES MEDECINS LEGISTES INTERNATIONAUX qui avaient eu à se prononcer sur
ce dossier. Cette démarche ingénieuse vise à départager les deux thèses simples qui s’affrontent :
a- Celle de la famille et de son mandataire au Comité, selon laquelle il s’agit bien d’un acte criminel délibéré par lequel on a fait exploser les intestins de la victime, entraînant sa mort.
b- Celle de l’Etat tunisien, selon laquelle il s’agirait d’un accident de circulation suivi de fuite.
Le raisonnement du Comité est le suivant : s’il s’agit d’un accident, un véhicule n’aurait pas pu cibler les intestins seuls. Le choc par tamponnage doit avoir provoqué de très importants dégâts dans les os du bassin où on devrait observer de multiples fractures. Mais si les os en question sont intacts, il faudra se rendre à l’évidence : ce sera sans nul doute possible LA PREUVE que la victime est décédée d’une agression humaine atroce et délibérée. Il suffirait donc de regarder le squelette de près…
Voici ce que nous écrivions l’an dernier pour la même occasion :
« Dans le cadre de sa nouvelle organisation, le Comité contre la torture poursuit ses efforts auprès du gouvernement pour obtenir que ses recommandations dans cette affaire en 1999 soient suivies d’effet. Il y a lieu d’espérer que l’affaire finira par bouger … »
Or, il semblerait que nous ayons été entendus. Il nous est donc agréable d’annoncer à l’opinion tunisienne et internationale que le gouvernement tunisien a fait savoir à qu’il avait procédé à la réouverture du dossier BARAKAT dans les termes fixés par le Comité et qu’il avait fait désigner un juge d’instruction pour reprendre l’affaire, dans la perspective de l’exhumation du squelette, tel que recommandé par le Comité.
Nous saluons cordialement ce développement capital. Mais nous nous en tenons là pour l’instant en attendant de voir comment va évoluer la situation dans les semaines qui viennent.
Khaled BEN M’BAREK, Coordinateur
Auteur des Communications CAT 14/1994 & CAT 60/1996
* Respectivement Pr. J. D. POUNDER, Département de médecine légale, université de Dundee (GB), Pr. B. NIGHT, Institut de Médecine légale du Pays de Galles (GB), Pr. L. Fournier, Institut de Médecine légale de l’université René Descartes (France) et Pr. Jørgen Thomsen, chef de l’Institut de Médecine légale de l’université d’Odense (Danemark)


CENTRE D’INFORMATION ET DE DOCUMENTATION SUR LA TORTURE
CIDT-TUNISIE
Association de citoyens du monde pour le droit des Tunisiens à ne pas être torturés
Membre du Réseau SOS-Torture de l'OMCT-Genève

Comité d’honneur :
M. Jacques FRANÇOIS
Mgr Jacques GAILLOT
Dr. Hélène JAFFÉ
M. Gilles PERRAULT
M. François DE VARGAS

Président :
Jean-Marc MÉTIN

** Les liens suivants portent les textes du Comité contre la Torture sur l'affaire Barakat :
http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf/23a89bf90e53e6ccc125656300593189/46b5caf9f05f83f9802567a6004cfd23?OpenDocument&Highlight=0,barakat
http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf/23a89bf90e53e6ccc125656300593189/3a3747c41a942b8e802568b8005058fb?OpenDocument&Highlight=0,60%2F1996
_________________________________________________________________________________
Centre d’information et de documentation sur la Torture (CIDT-TUNISIE)
Association Loi 1901
23, rue Brulard F25000 Besançon. FRANCE. Tél./Fax : (33 3) 81 41 33 22 . E-mail: cidtunisie@free.fr
CCP N° : 6 458 94 X DIJON
Source : www.unhchr.ch
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Mercredi 7 octobre 2009
Mercredi 7 octobre 2009 
LE TEMPS /  Frédéric Koller

L’avocate tunisienne Radhia Nasraoui dénonce la répression et la torture du régime du président Zine el-Abidine Ben Ali. Les élections présidentielle et législatives se tiennent le 25 octobre prochain

Cela fait vingt-deux ans que Zine el-Abidine Ben Ali dirige la Tunisie. Et de l’avis de tous les observateurs, la campagne électorale (présidentielle et législatives) qui débute en fin de semaine se soldera le 25 octobre prochain par un mandat supplémentaire de cinq années. « C’est une pure mascarade, l’opposition est verrouillée, la presse muselée, le droit de réunion suspendu », explique l’avocate tunisienne Radhia Nasraoui. La présidente de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie, de passage à Genève, qualifie la situation dans son pays de « pire que jamais, pire encore que sous la dictature de Bourguiba ».

Mari tabassé

Hamma Hammami, le porte-parole du Parti communiste des ouvriers de Tunisie, et époux de Radhia Nasraoui, a ainsi été tabassé par la police la semaine passée alors qu’il posait le pied sur le tarmac de l’aéroport de Tunis. Son crime ? Il venait d’appeler au boycott des élections dans une interview accordée à Al-Jazira et France 24 lors d’un déplacement à Paris. La Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) regrette qu’« une fois encore les voix dissidentes soient systématiquement rappelées à l’ordre et que le pouvoir en place n’hésite pas à recourir à tous les moyens, y compris à la violence ». Publicité

Parmi les neuf partis en lice pour les législatives, seul le parti de Ben Ali a pu valider ses listes dans l’ensemble des circonscriptions du pays. L’opposant Mustapha Ben Jaafar, fondateur du Forum démocratique pour le travail et les libertés, a pour sa part été écarté de la course. Il a appelé lundi à voter pour le « seul candidat sérieux » de l’opposition, Ahmed Brahim, le chef d’Ettajdid (Renouveau, ex-communiste).

Radhia Nasraoui estime que « plusieurs centaines de prisonniers politiques » croupissent dans les geôles de Ben Ali. Parmi eux des militants de gauche, des syndicalistes et « beaucoup de jeunes qualifiés de salafistes ou terroristes ». Les conditions de détention seraient très dures : « Toute personne arrêtée en Tunisie est torturée. La torture est quotidienne, c’est une méthode de gouvernement. Elle est destinée à obtenir des aveux, à terroriser, à casser les opposants. » Soutien de Sarkozy à Ben Ali

Selon la militante des droits de l’homme, cette lutte affichée contre le « terrorisme » assure à Zine el-Abidine Ben Ali une impunité aux yeux de l’Occident. « En Tunisie, on dit que sans le soutien des Etats-Unis, de la France et de l’Italie, Ben Ali n’aurait jamais été au pouvoir. »

Aujourd’hui, l’avocate, qui est membre de l’ordre, ne se sent plus protégée contre les violences policières. La raison ? « Les médias occidentaux ne parlent plus de nous, ni de la répression. Il y a un vrai changement depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir. Sarkozy soutient à fond Ben Ali. Sarkozy veut contrôler les médias, donc il n’autorise pas les chaînes françaises à en parler. » La militante reconnaît qu’il y a encore des exceptions, comme France 3. Mais du coup, les Tunisiens se tournent de plus en plus vers Al-Jazira ou YouTube pour entendre une autre voix.

http://www.droitshumains-geneve.inf...

Voir en ligne : http://www.letemps.ch/

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Mercredi 7 octobre 2009

Communiqué Urgent

(Traduit de l’arabe par Hend Harouni)


Le droit de Abdelkarim Harouni de vivre en toute dignité dans son pays : la Tunisie

Oppressions exercées sur notre fils Abdelkarim Harouni, après 16 ans de prison:

 

Tunis le 5 Octobre 2009
Je suis Hend Harouni, la sœur de Abdelkarim Harouni, tous les membres de notre famille se joignent à moi pour demander aux responsables de ce pays de garantir à notre fils Abdelkarim l’assurance de ses droits les plus élémentaires et en particulier
:
l'intégrité physique et morale, la sécurité, la préservation de la dignité humaine et le traitement respectable et de lui assurer ainsiqu’à son épouse et à notre famille une vie sereine. 
Depuis qu’il a été libéré en Novembre 2007, Abdelkarim a été soumis à une surveillance très étroite par la police civile et une filature incessante dans tous ses mouvements, même dans son lieu de travail et depuis la nuit de son mariage le 14 Août 2009 en rentrant chez-lui et voilà que maintenant les choses ont dépassé les limites ; des menaces graves et répétées à son encontre et à celui de sa femme, forcées par le biais du fils du propriétaire de ce domicile situé au 7 bis, lieutenant Bjaoui - près de La Mosquée El Haq à proximité de la Rue de la Liberté à El Menzah V, pas loin de la capitale. 
Aujourd’hui, Lundi 5 Octobre 2009, à 17h, en sortant de son travail sis aux Berges du Lac, il a trouvé 3 voitures de la police civile qui y étaient mobilisées et une voiture dans laquelle se trouvaient des agents de la police civile l’a suivi (il était à pieds) et l’ont emmené dans leur voiture contre sa volonté et ce en pleine rue. Ils ont refusé sa demande de lui présenter une convocation officielle .
Ils l’ont emmené au District de la police des Berges du Lac et l’ont retenu pendant des heures en la présence du Chef du district , le responsable des services des renseignements du lieu et un responsable de la Sécurité d'Etat.
Il a été questionné. Entre autre, ils lui ont posé des questions d’ordre personnel le concernant lui et son épouse, tel que : le nom complet, le lieu de travail etc ... .
Ils l’ont également menacé de n’exercer aucune activité quel quelle soit politique ou du domaine des droits de l’homme et de n’effectuer aucune déclaration aux médias. 
Abdelkarim a défendu son droit à la liberté d'expression ainsiqu’ à son application de la loi . 
Il est insensé de voir la vie de notre fils Abdelkarim mise en danger de cette manière, et lui barrer le chemin en tout lieu et l’enlever à tout moment dans la rue par la police civile. 

Aujourd’hui et plus que jamais, la vie de notre fils Abdelkarim est devenue vulnérable et à haut risque . 
A cet effet, nous adressons le présent communiqué aux parties responsables concernées à propos de la protection de la vie de notre fils Abdelkarim et de son épouse, ceci étant un droit acquis, voire constitutionnel et garanti par toutes les conventions internationales en vue de mettre fin d’une façon immédiate à ces agressions et graves menaces touchant la vie des individus qui par conséquent, sont illégales et inhumaines. 
Hend Harouni et Toute la Famille 
Adresse : 26-26 Bloc B 
Appartement 4 B - Sidi Amor 2089 
Kram – Ouest 
Tunis-Tunisie 
Tél. : (domicile) : 216-71.971.180

 


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Mercredi 7 octobre 2009

Les Ben Ali, couple infernal

Et nos économistes de se livrer à un exercice d’anticipation des plus pessimistes :

« L’Etat, qui va être confisqué et instrumentalisé par les nouveaux clans mafieux au pouvoir, a la faveur d’une libéralisation économique qui se déroule en l’absence d’une démocratisation de la vie politique et de toute possibilité de contestation et de recours, devrait aussi faire face à de graves problèmes de légitimité.»

De fait, le régime est alors bel et bien engage sur cette voie périlleuse. Et rien ne semble plus freiner le couple infernal que forment Zine el-Abidine et Leila Ben Ali. Entre répression policière, logique clanique, clientélisme et manigances politiques, ils ont réussi à mettre l’Etat sous leur coupe et celle de leurs clans mafieux, créant ainsi un pouvoir exécutif parallèle et occulte.

13 août 2008 : après des semaines d’absence de la scène médiatique et politique tunisienne pour cause de bouderie contre son époux – qu’elle accusait de ne pas l’avoir aidée a soustraire son neveu Imed Trabelsi des griffes de la justice française dans l’affaire du vol de yachts de luxe (volt infra, chapitre 5) –, Leila Ben Ali fait sa grande rentrée politique l’occasion de « la fête nationale de la femme ». Rusée et arriviste, elle s’est choisi deux causes sociales pour exister sur la scène politique nationale et internationale : les handicapés, au travers de l’association Basma qu’elle dirige, et – comme on l’a vu – les femmes. Discours retransmis à la télévision nationale, visites médiatisées de centres sociaux… La presse tunisienne aux ordres ne cesse de couvrir Leila d’articles élogieux.

Hélas pour elle, la première dame ne connait pas le même succès sur la scène internationale ou même arabe. Elle est certes régulièrement invitée à prononcer des discours sur la condition de la femme lors de congres internationaux, mais son penchant pour l’intrigue et les complots lui joue de vilains tours. Ainsi, Leila accède en mars 2009 a la présidence de l’Organisation de la femme arabe (OFA), jusqu’en 2011 ; et, de ce fait, cette institution a tenu son congres annuel a Tunis les 25 et 26 juin 2009. Las ! Si l’épouse du roi du Maroc, Lalla Selma, a bien fait le déplacement, les stars que sont la reine Rania de Jordanie et Sheika Mozah, première dame du Qatar, ont séché l’événement, alors qu’elles sont des militantes assumées de la cause des femmes dans le monde arabe. La raison ? Dune part, le traitement que Leila Ben Ali a infligé en 2007 à son ancienne amie Souha Arafat, la veuve du leader palestinien Yasser Arafat, en lui faisant confisquer pendant plusieurs mois ses biens et comptes bancaires en Tunisie, mais aussi en la faisant déchoir de sa nationalité tunisienne (voir infra, chapitre 6). D’autre part, les premières dames du monde arabe ont très peu goûté les tentatives de Leila Ben Ali de glisser dans le lit du cheikh Maktoum de Dubaï sa jeune nièce, alors même que le riche homme est marié à la sœur du roi de Jordanie…

Elle a également connu des déconvenues politiques dans son propre pays, qu’elle ambitionne pourtant de diriger dans l’ombre. Selon la journaliste Sihem Bense¬drine, rédactrice en chef du site web d’opposition Kalima (régulièrement censuré par le pouvoir), Leila a tenté, en 2004 et 2005, de se positionner en vue d’occuper un rôle politique de premier plan « Nous avons tous relevé que celle que les Tunisiens surnomment la “présidente” s’est mise à prononcer des discours politiques. A l’époque, la rumeur disait le président Ben Ali en piètre forme physique. Leila Ben Ali a notamment eu l’honneur de lire, en octobre 2004, le discours de clôture du candidat du RCD, en l’occurrence son époux, qui applaudit à tout rompre sa femme. Tel ne fat pas le cas de Nabil Adil, très haut cadre de l’appareil sécuritaire présidentiel et terreur des islamistes. Ecœuré de voir Leila sur le devant de la scène du RCD, devinant la future régente, il lâcha haut et fort ce cri du cœur : C’en est fini de la République ! Plutôt que la carrière politique de Leila, c’est sa carrière de sécuritaire en chef qui a tourné court : Nabil Adil fut jeté quelque temps en prison pour « corruption ».

Outre certains clans de l’appareil sécuritaire révoltés par le traitement réservé à Nabil Adil - comme ce fut le cas en 1990 après l’embastillement du secrétaire d’Etat à la Sécurité, Chedly Hammi (voir supra, chapitre 2) -, des militants et des cadres du RCD se sont également soulevés contre la tentative de Leila de se positionner sur le devant de la scène politique. Ainsi, en avril 2005, des membres du RCD publient une ravageuse lettre anonyme sur Internet pour, selon eux, traduire les « sentiments intimes et vrais de l’écrasante majorité des militants du RCD, qui ne se reconnaissent [pas] dans les pratiques de gouvernement médiocres, mesquines et méprisantes que Ben Ali a instituées depuis le 7 novembre. » Et ils racontent dans le détail les « premier acte de désobéissance politique des militants contre un oukase de Zine et de sa femme » :

« Celle-ci ayant propulsé l’une des animatrices de son association “caritative” Basma [comme] secrétaire générale du comité de coordination de Ben Arous[1], les militants de la région se sont dressés comme un seul homme pour récuser cette nomination et sont allés jusqu’a se barricader a l’intérieur du siège du comité, en signe de refus résolu d’une telle supercherie et d’une telle insulte à leur dignité de militants ! Et Ben Ali de reculer. Il a surtout peur dune contagion. »

Effectivement, dans les mois qui ont suivi, après ces levées de boucliers dans l’appareil sécuritaire et au sein du RCD, et plus encore dans les milieux de l’opposition légale au président, Leila Ben Ali a préféré faire marche arrière et se rabattre sur la cause des femmes. En apparence. Dans les faits, l’épouse du président n’en joue pas moins un véritable rôle politique. Surtout depuis qu’elle a acquis le statut de mère en donnant naissance en février 2005 au seul enfant male du couple Ben Ali, Mohamed Zine el-Abidine, surnommé « le petit prince » et dont le président est littéralement fou [2].

Quand Leila fait et défait les carrières

Une anecdote en dit long sur le pouvoir de nuisance de Leila. Mohamed Jegham affiche le CV d’un homme de confiance du président (comme Zine, il est originaire de Hammam Sousse) ex-ministre de la Défense, ex-ministre de l’Intérieur et ex-conseiller spécial de la présidence, doublé dune réputation d’homme plutôt propre. Ce qui ne la pourtant pas protégé des foudres de Leila. En 2007, il a jugé utile de prévenir le président Ben Ali que la famille Trabelsi versait un peu trop dans la corruption et le racket. Mal lui en a pris ! Leila eut vent de ses propos et le malheureux se retrouva « exilés » comme ambassadeur à Rome, avant de se voir proposer le même poste a Pékin, ce qu’il refusa, préférant faire valoir ses droits à la retraite et se lancer dans le business.

Mais la spécialité de Leila Ben Ali reste la prédation économique au profit des siens. Dix-sept ans après son manage avec Zine, B semble loin le temps où elle se réunissait avec son clan dans le salon bleu du palais présidentiel de Carthage pour se demander sur quel bien immobilier il fallait faire main basse… « Aujourd’hui, Leila Ben Ali voyage, fait des affaires à l’international et place ses amis. Elle a ordonné aux administrations de la prévenir des qu’un projet supérieur à un million de dinars (environ 600 000 euros) est en gestation », souligne le journaliste et opposant refugié à Paris Slim Bagga.

« Si une affaire l’intéresse, c’est ensuite elle qui décide quel membre de sa famille en bénéficiera. Elle sert d’arbitre, dispatche, par exemple entre Imed, son neveu, et Sakhr Materi, son gendre. A ce titre, elle fait office de marraine du système mafieux qui s’est installe en Tunisie » , poursuit-il.

Et le président Ben Ali ? Les observateurs du sérail s’accordent pour estimer que si ce « superflic » s’occupe du sécuritaire avec un penchant pour la lecture de notes émanant de ses services de renseignements sur telle ou telle personnalité, il écoute néanmoins ses conseillers, réputés compétents, pour la gestion des grands équilibres macroéconomiques du pays, ainsi que pour les questions diplomatiques. Les avis divergent en revanche quant à son rôle politique. Ainsi, la trilogie anonyme intitulée « Atmosphère délétère au palais de Carthage », publiée en 2006 sur le site Web Tunisnews, mentionne :

« Et Zine ? Que devient-il, le pauvre, dans tout cela ? En même temps qu’on lui prépare, mine de rien, un linceul, Ben Dhia et les membres du clan à la tête duquel officie Leila, sont aux petits soins. Ils lui passent ses crises, ses sautes d’humeur, précédent ses désirs, aiguisent ses haines contre tous ceux dont ils veulent avoir la peau, l’isolent de ceux dont ils redoutent les influences, de telle sorte que, durant les quelques heures par jour de répit que lui laisse l’intensif traitement hormonal qu’il subit et au cours desquelles il a l’impression d’être le « président », il ne fait pas autre chose qu’exécuter, à son insu, les plans de son successeur… »

Dépassé, l’ami Zine ? Pas pour la journaliste Sihem Ben¬sedrine, qui, d’un mot cruel, estime que, si Leila passe le plus clair de son temps à tisser des complots et a manigancer, le président Ben Ali garde la main :

« Si elle arbitre entre les membres de son clan, son époux, lui, arbitre entre les différents clans qui composent le pouvoir. II a toujours cherché à ce qu’on le perçoive comme un recours. Ca ne le dérange donc pas que Leila soit perçue comme la “méchante” par l’opinion publique. Il joue à se faire passer pour la victime de sa propre épouse… »

Abdelaziz Ben Dhia, l’homme des missions secrètes de Ben Ali

Pour parer aux éventuels mauvais coups de Leila, le président Ben Ali peut toujours compter sur un fidele d’entre les fideles, qui ne convoite pas son poste Abdelaziz Ben Dhia, ministre d’Etat, conseiller spécial auprès du président de la République et porte-parole officiel de la présidence. On ne compte plus les services que ce fin juriste – il est agrégé de droit civil –, qui a débuté sa carrière politique sous Bourguiba, a rendus à Zine el-Abidine Ben Ali. C’est en effet lui qui a géré la révision constitutionnelle de 2002 instaurant légalement la dictature. Non seulement celle-ci a accru les pouvoirs déjà excessifs du président et lui a garanti une immunité a vie, mais, surtout, elle a rendu légalement possible une présidence à vie en levant l’interdiction d’exercer plus de trois mandats successifs. C’est encore Ben Dhia qui, deux ans plus tard, a coordonné la campagne électorale de Ben Ali, candidat à sa propre succession. Et c’est toujours lui qui sera à la manœuvre pour concevoir et faire voter la loi du 27 septembre 2005 octroyant d’exorbitants privilèges aux « présidents de la République dès la cessation de leurs fonctions » ainsi qu’a leur famille en cas de décès. Votée dans la hâte alors que les rumeurs les plus alarmantes circulaient sur l’état de santé du président, elle a été conçue sur mesure pour protéger Leila et sa progéniture en cas de disparition de Zine [3].

Homme des missions délicates et secrètes pour le président Ben Ali, Abdelaziz Ben Dhia a également été dépêché aux côtés de Leila pour lui porter assistance lorsque, en quête de respectabilité et de compétences pour exercer une éventuelle régence, elle préparait par correspondance sa maitrise de droit public de l’université de Toulouse, en 2006. C’est aussi lui qui est aujourd’hui mandaté auprès de Sakhr Materi, le gendre préféré du président, pressenti comme son successeur à terme, pour le déniaiser politiquement.

En guise de remerciement, Ben Ali a offert à son fidele serviteur une carrière a la hauteur de son dévouement et de sa loyauté. Avant de devenir conseiller spécial de la présidence, Abdelaziz Ben Dhia a été ministre de la Défense pendant cinq ans, puis secrétaire général du RCD de longues années durant, ce qui lui a permis de faire la pluie et le beau temps dans le parti-Etat en favorisant, selon ses détracteurs, la nomination de cadres originaires, comme lui, du Sahel.

Hélas, les plus belles carrières ont aussi une fin. En juin 2009, Abdelaziz Ben Dhia est transporté en urgence absolue à la clinique du Lac, où il est pris en charge par le professeur Habib Thameur, cardiologue. Ben Dhia vient de faire une mauvaise chute dans sa salle de gymnastique et s’est cassé deux côtes. Mais le drame n’est pas là : sa chute a très vraisemblablement été causée par une crise cardiaque. Depuis, l’éminence grise de Ben Ali fonctionne au ralenti.

Abdelwaheb Abdallah, majordome de la famille Trabelsi

Les malheurs de Ben Dhia ravissent un autre homme : son éternel rival Abdelwaheb Abdallah, ministre des Affaires étrangères et proche de Leila Ben Ali, qui passe en 2009 pour être l’homme fort de Carthage. Après avoir convoité le poste de Premier ministre, ce Mazarin tunisien se verrait bien en successeur de Ben Ali, malgré une carrière qui a connu quelques trous d’air.

Après avoir été nomme ministre de l’Information en septembre 1987, il est « exilé » comme ambassadeur à Londres, de 1988 à 1990. Les raisons de cet éloignement demeurent mystérieuses, même si une version plausible circule depuis des années à Tunis. Abdelwaheb Abdallah est en effet un parent éloigné de Saida Sassi, la nièce et confidente du président Bourguiba, mais aussi, on l’a vu, responsable de nombreuses intrigues qui ont terni la fin de règne du combattant suprême. Et ce serait lui qui, en 1987, aurait prévenu Zine el-Abidine Ben Ali, alors Premier ministre, que le président Bourguiba allait le limoger le 9 novembre, après une violente dispute entre les deux hommes survenue trois jours plus tôt, parce que le vieux président avait découvert que Ben Ali n’avait pas son baccalauréat et l’avait copieusement insulté : « Mais tu es un général âne ! » Abdallah était en effet bien placé pour recueillir les confidences du vieux président, qui n’avait plus toute sa tête : à 16 heures tous les jours, il lui lisait la presse. Dans ce contexte, Ben Ali pourrait très bien avoir décidé d’éloigner quelque temps Abdallah de Tunis, pour le protéger d’éventuelles représailles de fideles du président Bourguiba.

Lorsqu’il revient à Carthage, Abdelwaheb Abdallah accède d’ailleurs au poste de ministre conseiller et porte-parole du président de la République, des fonctions qu’il occupera treize années durant et qui lui permettront de tisser sa toile à tous les échelons de l’appareil d’Etat. Puis, rebelote en novembre 2003: les attributions de porte-parole lui sont brutalement retirées et confiées Abdelaziz Ben Dhia. Abdallah conserve néanmoins un bureau au palais présidentiel.

« A l’époque, se souvient le journaliste Slim Bagga qui dirigeait alors le mensuel « L’audace », des informations nous étaient parvenues faisant état dune immense colère du président Ben Ali envers son conseiller. Le P-DG de la Société générale, Daniel Bouton, avait demandé à rencontrer Ben Ali en personne après que la banque française, qui avait racheté l’Union internationale de banques (UIB), eut découvert que des chiffres avaient été falsifiés avant le rachat. L’administratrice de cette banque tunisienne n’était autre qu’Alya Abdallah et son mari n’aurait pas transmit à Ben Ali le message de Daniel Bouton. »

Malgré cet impair de taille, au début de l’année 2005 Abdelwaheb Abdallah est nommé ministre des Affaires étrangères, alors que la diplomatie ne fait guère partie de ses compétences.

L’homme est surtout réputé pour être un as de la désinformation et du verrouillage des medias. Des compétences acquises dans ses précédentes fonctions. Après avoir été professeur A l’Institut de presse et des sciences de l’information (IPSI), il a dirigé l’agence de presse officielle TAP et le groupe La Presses. « C’est un manipulateur-né qui gère l’image extérieure de la Tunisie. Sa principale réussite, ce sont toutes ces personnalités étrangères qui font de belles déclarations sur le pays », souligne Sihem Bensedrine. Autre fait d’armes l’organisation sous l’égide des Nations unies du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), qui s’est honteusement tenu en novembre 2005 dans une Tunisie où la liberté d’expression est inexistante [4].

En bon stratège machiavélique qu’il est, Abdelwaheb Abdallah a su nouer très tôt une alliance avec les Trabelsi, qu’il sert dans l’ombre, comme s’en souvient Slim Bagga : « Au milieu des années 1990, il n’était pas rare qu’il accompagne Leila visiter les biens immobiliers et les terrains qu’elle convoitait à Tunis et dans sa banlieue. Dix ans plus tard, c’est avec tout le clan que le ministre des Affaires étrangères s’acoquine sans vergogne. A ce sujet, des membres du sérail qui ont publié une dévastatrice lettre anonyme sur Internet au printemps 2009 restituent bien le personnage au sein des limaces de l’appareil d’État qui exécutent les desiderata de la mafia au pouvoir :

« Il s’agit généralement de conseillers à la présidence, un quarteron de ministres aux ordres, une poignée d’ambassadeurs en poste dans les capitales névralgiques, ainsi que des responsables d’entreprises publiques et d’institutions financières nationales. Le plus emblématique de ces personnages est bien entendu Abdelwaheb Abdallah, majordome de la famille Trabelsi et ministre de l’information et des Affaires étrangères à ses heures perdues. Il agit en duo avec son épouse née Gorgob, qui porte une double casquette de « bonne en chef » du même clan et de P-DG de la Banque de Tunisie, suite à un hold-up mémorable que seule la scène financière tunisienne est capable de produire. »

En effet, en mai 2008, le frère de Leila, Belhassen Trabelsi (voir chapitre suivant), devenait administrateur de la Banque de Tunisie peu de temps après qu’Alya Abdallah en eut été nommée P-DG, en dépit de son passage calamiteux à la tête de l’Union internationale de banques (UIB), propriété de la Société générale.

Conseillers occultes et appareil sécuritaire les piliers du régime

Le pouvoir exécutif parallèle peu à peu instauré par le couple Ben Ali s’appuie également sur les nombreux conseillers de la présidence une quarantaine environ, ce qui fait sans doute de la Tunisie l’un des pays où l’on compte le plus de conseillers présidentiels au mètre carré. Sans eux, la Tunisie ne donnerait pas l’illusion d’être correctement gouvernée. Ils fonctionnent comme un gouvernement parallèle, reléguant les ministres au rôle de figurants du journal télévisé, qui retransmet chaque mercredi des images du conseil des ministres. « Tous les matins, ils envoient aux ministres concernés leur programme de travail et décident de l’ordre du conseil des ministres », ironise Slim Bagga.

Les noms de ces conseillers, comme leurs visages, sont pour la plupart inconnus du grand public. Parmi les plus craints, on peut citer le colonel Mohsen Rehaiem, directeur général du protocole présidentiel, le général Ali Seriati, conseiller directeur de la Sécurité présidentielle [5] et Tahar Fellous-Refai, directeur général au ministère de l’Intérieur. Méchamment surnommé le « monstre noir » par ses détracteurs, il est, en sa qualité de directeur de la coopération internationale et des relations extérieures de son ministère, plus particulièrement affecté à la surveillance des opposants refugiés à l’étranger, qui le vouent aux gémonies.

Le cercle des conseillers de la présidence comptait également en 2009 deux médecins influents. Hedi Mhenni, ancien ministre de l’Intérieur et secrétaire général du RCD, semblait le mieux placé pour succéder au super-conseiller Abdelaziz Ben Dhia, fortement diminue depuis sa crise cardiaque. Quant à Mohammed Gueddiche, cardiologue et médecin personnel du président Ben Ali, il cumulait en outre les casquettes de membre du comite central du RCD, maire de Hammamet et conseiller auprès du président de la République, sans oublier un grade de général de division.

Surtout, ni le président Ben Ali ni son épouse n’auraient pu se maintenir toutes ces années au pouvoir sans la protection d’un appareil sécuritaire dédié à désamorcer les complots fomentés à l’intérieur du système et à maintenir une chape de plomb répressive sur la société civile. Tout au long de sa carrière, Zine el-Abidine Ben Ali est d’ailleurs passé maitre dans l’exercice de basses et nobles œuvres de police et de renseignement.

Le jeune Ben Ali a en effet été formé pendant une vingtaine de mois aux Etats-Unis, à l’Ecole militaire supérieure de renseignement et de sécurité de Baltimore. À son retour en Tunisie, devenu commandant, il est nommé directeur adjoint, puis directeur, de la Sécurité militaire à l’état-major. Après un « exil » politique comme attaché militaire à l’ambassade de Tunisie au Maroc, celui qui est entre-temps passé colonel est catapultés directeur de la Sûreté nationale à la fin des années 1970. Cette nomination fait de lui un « superflic » qu’il est depuis resté dans l’âme, en dépit d’un détour au début des années 1980 comme ambassadeur en Pologne. Le général Ben Ali retrouve en effet, le 29 janvier 1984, son poste à la tête de la direction nationale de la Sûreté nationale, avant d’être promu secrétaire d’Etat puis ministre de l’Intérieur en 1986 et Premier ministre en octobre 1987.

Encore aujourd’hui, Zine el-Abidine continue de s’appuyer sur le ministère de l’Intérieur, qui constitue l’ossature de l’appareil sécuritaire [6]. Ce « superministère » emploie environ 145 000 policiers — pour un peu plus de 10 millions de Tunisiens — et se compose pour l’essentiel de deux directions générales : la police et la sûreté nationale. Cette dernière comprend les sections spéciales que sont la DST, les Renseignements généraux, les services techniques du contre-espionnage, la Documentation, la direction des Relations extérieures et les Aigles noirs (équivalent tunisien du Raid français). La police s’occupe, elle, des affaires publiques courantes, ainsi que de la circulation automobile.

Dans certains domaines, le niveau élevé de compétences de l’appareil sécuritaire n’est plus à prouver. C’est notamment le cas du flicage de l’Internet, que le régime Ben Ali a toujours considéré comme un danger sérieux, n’hésitant pas à mettre en place une cyberpolice de 600 personnel installée dans la banlieue de Tunis. Ainsi, en 2005, l’ONG de défense de la presse Reporters sans frontières (RSF) écrivait au sujet des cybercenseurs tunisiens : « Le président Ben Ali, dont la famille dispose d’un monopole sus l’exploitation du réseau, a mis en place un système très efficace de censure d’Internet. Toutes les publications de l’opposition tunisienne sont bloquées, de même que de nombreux sites d’information - comme le quotidien français Liberation. Les autorités cherchent par ailleurs à dissuader les internautes d’utiliser des webmails, plus difficiles à surveiller que les comptes mails classiques (par Outlook, etc.). Accéder à Yahoo mail à partir d’un cybercafé tunisien peut prendre vingt minutes et, souvent, se terminer par un message du type « Délai de connexion dépassé » ou « Page non trouvée »

Le RCD, parti-Etat dédié au culte de Zine

Autre institution détourée au profit exclusif du couple Ben Ali et des clans qui l’entourent : le parti au pouvoir, le ROD (Rassemblement constitutionnel démocratique) [8]. Tout n’a pourtant pas commencé sous les pires auspices pour celui-ci. Avant même la tenue de son congrès fondateur de 1988, des élections sont organisées en interne.

Elles permettent de renouveler 62 % des cellules locales et entre 70 % et 80 % des cadres au niveau national [9]. Place aux jeunes et aux technocrates, qui poussent dehors les vieux politiciens du PSD finissant. Malheureusement pour la démocratie tunisienne, l’embellie n’a pas duré et ce, en dépit de l’engouement que suscitait alors le RCD auprès des Tunisiens. Le nombre de militants a en effet augmenté de 50 %, passant de un million environ en 1986 a 1,5 million en 1987[10].

Mais, un an à peine après la prise de pouvoir de Zine el¬Abidine Ben Ali, « des comités de quartier, sous l’emprise conjointe du ministère de l’Intérieur et du RCD, sont mis en place » [11]. Objectif : encadrer les citoyens au niveau local. Vingt et un ans après la naissance du RCD, le parti continue de maintenir sous sa coupe la population. Sous prétexte d’édifier une « Tunisie nouvelle » et de mettre en œuvre le « Changement », des milliers de comités de quartier et de cellules de base continuent de quadriller l’ensemble du pays et les Tunisiens vivant à l’étranger.

Si du temps du combattant suprême le parti du président produisait des cadres dignes de ce nom qui intervenaient dans le débat politique, il n’en est plus rien aujourd’hui. Véritable coquille vide idéologique, le RCD s’est transformé au fil des ans en un parti-Etat dédié au culte de la personnalité du président Ben Ali et à ses scores électoraux a la soviétique. Dans les années 1990, les grands congrès se penchaient sur des thèmes tels que « Persévérer dans le processus de consolidation du Changement » (1993) ou « L’excellence : une culture, un état d’esprit et un comportement pour accéder au meilleur » (1998). A partir des années 2000, il ne s’agit plus que de « consacrer les choix et orientations tracés par le président Ben Ali pour le présent et l’avenir ».

Le succès apparent du RCD auprès de la population – il comptait 2,2 millions d’adhérents en 2008, soit un adulte sur quatre - s’explique d’abord parce qu’il constitue « le meilleur ascenseur social du pays » pour ceux qui n’ont pas d’autre piston, comme l’expliquait en 2008 un cadre du parti à un journaliste de l’hebdomadaire Jeune Afrique enquêtant sur ce parti-Etat [12]. En clair, ses adhérents jouissent d’enviables privilèges, allant de l’accès aux cercles du pouvoir pour les entrepreneurs à l’aide humanitaire distribuée par les cellules de base pour les citoyens défavorisés.

Le RCD constitue également un point de passage obligé pour ceux qui veulent exercer une quelconque influence dans le pays. C’est sans surprise que « les personnalités » du régime occupent les postes dans les différentes structures décisionnelles. Ainsi Abdelaziz Ben Dhia et Abdelwaheb Abdallah sont tous deux membres du bureau politique dirigé par le président Ben Ali ; et Belhassen Trabelsi fait partie du comité central - la deuxième plus haute instance du parti après le bureau politique, chargée officiellement de veiller à l’exécution de ses orientations et de sa politique. Signe de la succession qui se prépare, Sakhr Materi, le gendre de Zine et Leila, a été coopté au comité central lors du congrès de juillet 2008.

——————————————————————————————-

1-Les comités de coordination sont des structures clés du RCD au niveau régional.
2-De l’union de Ben Ali avec Leila Trabelsi, en plus de Mohamed Zine el-Abidine, sont nées deux filles : Neseine, née en 1986, qui a épousé Saker Materi en 2004; et Halima, née en 1992.
3-Kamel Labidi, « La longue descente aux enfers de la Tunisie », Le Monde diplomatique, mars 2006
4-Les journalistes étrangers subissent également les foudres des autorités. En novembre 2005, l’envoyé spécial du quotidien Libération, Christophe Boltanski, qui enquêtait sur un tabassage de militants des droits de 1′homme a ainsi été roué de coups de pied, poignardé dans le dos par des quatre individus en plein Tunis et s’est fait voler ses notes, sous le regard de policiers impassible,
5-Originaire de la ville de Kairouan, le général Ali Sériati a donné quelques frayeurs en 2008 à ceux qui craignent un coup d’état destituant Zine el-Abidine Ben Ali : au cours du troisième trimestre, son fils, Mourad Sériati, a connu une ascension fulgurante au sein de la Garde national, celle-là même qui avait déposé le président Bourguiba. Certains, qui observent que la Sécurité compte de nombreux Kairouanais dans ses rangs, se demandent même si Mourad Sériati ne jouerait pas un jour les Habib Ammar, du nom du général qui a commandé la fameuse Garde nationale de janvier 1984 à novembre 1987 et qui a donc tenu un rôle clé dans le coup d’Etat du 7 novembre 1987.
6-Cela ne l’empêche pas de nourrir une véritable paranoïa envers d’éventuels ennemis qui pourraient comploter contre lui. Ainsi, après avoir fait emprisonner Nabil Abid, haut cadre de la Sécurité présidentielle, le président a exigé que, pour chacun de ses déplacements, l’équipe qui assure sa sécurité à l’aller ne soit pas la même au retour…
7-Reporters Sans Frontières, « Les champions de la censure sus le net », www.rsf.org, 14 septembre 2005.
8-Créé en 1920 sous le nom de Parti libéral constitutionnaliste tunisien ou Destour, rebaptisé Néo-Destour en 1934 à la suite d’une scission, puis Parti socialiste destourien (PSD) trente ans plus tard, le mouvement n’est devenu le RCD qu’en février 1988, manière de « concrétiser les orientations de l’ère nouvelle ».
9-Célina Braun, « à quoi servent les partis tunisiens ? Sens et contresens d’une libéralisation politique », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, mars 2006.
10-Ibid.
11-Ibid. Précisons que Ben Ali souhaitait financer les 3000 comités de quartier grâce aux fonds de l’USAID (aide américaine au développement), ce que refusera cette dernière, le Département d’Etat ayant compris qu’il s’agissait de structures de contrôle de la population.
12-Samir Gharabi, « RCD, voyage à l’intérieur du parti-Etat », Jeune Afrique, 27 juillet 2008.

* La Régente de Carthage. Main basse sur la Tunisie. Ed. La Découverte, 177 p, 14€, chap3, p48-p64

(Source : Extraits mis en ligne par www.nawaat.org (censuré en Tunisie), le 5 octobre 2009)

Lien : http://www.nawaat.org/portail/2009/10/03/la-regente-de-carthage-les-extraits-du-livre-evenement-sur-leila-trabelsi-epouse-ben-ali/

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Mardi 6 octobre 2009
 

“La régente de Carthage”: les extraits du livre événement sur Leila Trabelsi épouse Ben Ali (2)

Le dernier livre de Nicolas Beau et Catherine Graciet, « La Régente de Carthage. Main basse sur la Tunisie. », risque de faire l’effet d’une bombe à Tunis. Les deux journalistes y expliquent, avec menus détails, comment « la présidente », Leïla Trabelsi, l’épouse du président Zine el-Abidine Ben Ali, aurait réussi, à la tête de son clan familial, à faire « main basse » sur des pans entiers de l’économie tunisienne.

Leïla Trabelsi avait demandé l’interdiction de ce livre au Tribunal de grande instance de Paris. Le livre comportant, selon elle, « des passages diffamatoires et d’autres injurieux » à son encontre. Elle a finalement été déboutée le 30 septembre, et condamnée à verser 1500€ à la maison d’édition du livre. Le tribunal avait notamment considéré que celle-ci « n’a pas respecté dans son assignation l’obligation qui pèse sur elle d’indiquer les textes de loi applicables à la poursuite ». Un comble pour une « diplômée en droit »…

Le livre est donc disponible en librairie, en 18 000 exemplaires, depuis le 1 octobre et ne manquera certainement pas d’être un succès commercial. Rappelons que le livre “Notre Ami Ben Ali” du même Nicols beau, coécrit avec Jean-Pierre Tuquoi, s’était vendu comme des petits pains et même réédité. Les services consulaires tunisiens des pays où le livre était en vente, avaient reçu l’ordre d’en acheter le plus d’exemplaire possible.

Considérant le fait que le livre est déjà interdit en Tunisie et les difficultés que la plupart des tunisiens vivant en Tunisie connaitront pour se le procurer, nous avons décidé d’en publier des larges extraits. Nous commençons par le deuxième chapitre qui revient sur l’irrésistible ascension de Leila Trabelsi épouse Ben Ali…

Source Nawaat.org

 

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Mardi 6 octobre 2009

Dans un livre paru le 1er octobre, les journalistes Nicolas Beau et Catherine Graciet dressent un portrait assassin de la « régente de Carthage », Leila Trabelsi, laquelle, avancent les auteurs, se positionne pour l’après Ben Ali.Il y a quelques jours, la « présidente » s’est elle-même chargée de la promotion de ce court et peu flatteur portrait de 180 pages. Invoquant « des passages diffamatoires et d’autres injurieux », la première dame s’est adressée – en vain - à la justice française.....pour en interdire la publication et retirer les exemplaires déjà en circulatio. Pourtant, l’ouvrage n’est pas tout à fait une biographie non autorisée de Leila Trabelsi, 52 ans.Il s’agit plutôt, pour Beau et Graciet, de dresser un état des lieux de la dérive mafieuse de clans qui s’agitent sur fond de rumeurs persistantes de vacillement de la santé présidentielle. Mettre la lumière sur Leila devient ainsi un prétexte tout trouvé (et probablement vendeur) pour parler des familles, dont les Trabelsi et les Materi, qui agissent en maîtres absolus d’un pays qu’ils pillent allégrement. Une cohabitation à la tunisienne Le livre décrit avec minutie les contours d’une « cohabitation » à la sauce tunisienne laissant à Ben Ali les clés de l’appareil sécuritaire, des grands dossiers diplomatiques et des arbitrages ultimes et accordant aux Trabelsi le mainmise sur tout le reste. Le bouquin contient peu de révélations. Après tout, les frasques réelles, exagérées ou inventées des Trabelsi sont sur toutes les lèvres, en Tunisie. Mais c’est leur regroupement dans un livre bien construit qui indispose un régime peu habitué à des critiques aussi acerbes. Deux constats contenus dans le bouquin peuvent légitimement inquiéter le pouvoir. D’abord, plusieurs indices laissent croire que la bourgeoisie tunisienne (jusque-là complice, lâche ou profiteuse) ne se laissera pas imposer un suppôt des Trabelsi (les noms de Hédi Jilani et du gendre « bigot » Sakhr Materi circulent avec insistance) comme successeur à Ben Ali. Encore plus alarmant pour la voyoucratie tunisienne, les auteurs rappellent que Washington commence à hausser le ton envers ce régime qui se spécialise dans la désinformation. À trois semaines d’un scrutin présidentiel et législatif dont les résultats sont d’ores et déjà connus, ce livre va donner des raisons supplémentaires de déprime aux démocrates. Beau et Graciet suggèrent que les Tunisiens pourraient bien finir par regretter l’ère musclée de Ben Ali devant la dérive mafieuse de ses probables successeurs. « La Tunisie ne mérite pas cela ! », concluent-ils leur ouvrage.On ne saurait mieux dire… La régente de Carthage. Main basse sur la Tunisie. Nicolas Beau et Catherine Graciet. La Découverte, 2009, 180 pages.

Proposé par Taïeb Moalla Journaliste Québec le Dimanche 04 octobre 2009 

SOURCE http://www.kalima-tunisie.info/fr/News-file-article-sid-105.html 
Par TUNISIE STOP TORTURE - Publié dans : ESPACE INFO
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