Mardi 16 décembre 2008

Un ancien diplomate tunisien a été condamné lundi en son absence à huit ans de réclusion criminelle par la cour d'assises du Bas-Rhin pour des actes de torture infligés en 1996 dans son pays à une ressortissante tunisienne.

Khaled ben Saïd, 46 ans, risquait vingt ans de prison pour "actes de torture et de barbarie par personne dépositaire de l'autorité publique".

La cour, constituée des trois seuls magistrats professionnels, s'agissant d'un jugement par défaut, l'a seulement reconnu coupable d'avoir donné des ordres sans participer directement aux actes.

L'avocat général avait pour sa part requis la relaxe, en raison du manque de preuves.

C'est la seconde fois qu'une juridiction française se prononce sur des faits n'impliquant ni la France, ni ses ressortissants, en vertu de la règle de compétence universelle. Celle-ci résulte d'une convention de l'Onu contre la torture de 1984 introduite dans le droit français en 1994.

Zoulaikha Gharbi, une femme de 44 ans qui vit aujourd'hui en France, a porté plainte en mai 2001 contre le diplomate, alors vice-consul de Tunisie à Strasbourg, pour des faits commis, dit-elle, cinq ans auparavant.

Khaled ben Saïd, qui est rentré précipitamment en Tunisie quelques mois plus tard, dirigeait le commissariat de Jendouba où elle avait été conduite le 11 octobre 1996, après le départ pour la France de son mari, membre du mouvement islamiste interdit El Nahdha.

"DIFFUSER LA PEUR"

Elle aurait été giflée par Ben Saïd puis livrée à ses agents qui l'auraient à moitié dénudée et attachée par les mains et les pieds à une barre de fer dans la position du "poulet rôti", avant de la frapper, notamment sur les seins et les pieds.

En l'absence de l'accusé, le procès auquel la Ligue française des droits de l'homme et la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) s'étaient constituée parties civiles, a été aussi celui du système mis en place par le président Zine el Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 21 ans.

"En Tunisie, sous Ben Ali, on torture au nom des droits de l'homme et on viole les femmes en invoquant le droit des femmes", a déclaré le sociologue Vincent Geisser, pour souligner les contradictions d'un pouvoir soucieux de son image internationale.

Devenue quasi-systématique, "elle est destinée à humilier et à diffuser la peur. C'est un mode de contrôle de la société", a ajouté ce chercheur du CNRS cité par les parties civiles.

"Il n'y a rien qui aide à combattre ce fléau. Les médias sont verrouillés, les juges sous tutelle", a déclaré Silhem Bensedrine, porte-parole en Autriche du Conseil des libertés, une ONG tunisienne.

"S'il n'avait pas le soutien de certains pays occidentaux, le régime pourrait changer", a estimé Radhia Nasraoui, avocate à Tunis et militante des droits de l'homme de renom.

Seul représentant de l'accusé, Me Olivier Salichon a soulevé en vain l'incompétence du tribunal, pour des raisons de procédure et en estimant que les faits de torture n'étaient pas constitués.

Il a aussi dénoncé "la volonté des parties civiles de faire de ce procès le procès de l'Etat tunisien".

"Un Etat ne peut pas juger un autre Etat", a-t-il affirmé à l'ouverture du procès.

Gilbert Reilhac avec Marine Jobert

Par REUTERS - Publié dans : ESPACE INFO
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Mercredi 10 décembre 2008

République tunisienne
Chef de l'ÉtatZine el Abidine Ben Ali
Chef du gouvernementMohamed Ghannouchi
Peine de mortabolie en pratique
Population10,3 millions
Espérance de vie73,5 ans
Mortalité des moins de cinq ans (m/f ‰)23 / 20 ‰
Taux d'alphabétisation des adultes74,3 %

Les performances économiques de la Tunisie et les avancées législatives ont amélioré l'image du pays au niveau international. Ceci dissimulait toutefois une réalité plus sombre dans laquelle les garanties juridiques étaient souvent violées, les personnes arrêtées pour des motifs politiques torturées alors que les auteurs des sévices étaient impunis, et les défenseurs des droits humains harcelés. Des restrictions sévères continuaient de peser sur la liberté d'expression et d'association. De nombreuses personnes poursuivies pour activités terroristes ont été condamnées à de lourdes peines d'emprisonnement à l'issue de procès inéquitables, qui se sont notamment déroulés devant des tribunaux militaires. Plusieurs centaines d'autres, condamnées les années précédentes à l'issue de procès iniques, étaient maintenues en détention, dans certains cas depuis plus de dix ans. Certains de ces détenus étaient susceptibles d'être considérés comme des prisonniers d'opinion.
Évolutions sur le plan juridique et institutionnel
En juillet, la composition du Comité supérieur des droits humains et des libertés fondamentales, l'organe chargé de recueillir les plaintes pour violation des droits humains, a été modifiée par décret. Le nombre de membres du Comité a été accru, mais celui-ci n'incluait pas d'organisations indépendantes de défense des droits fondamentaux.
« Guerre contre le terrorisme »
Abdellah al Hajji et Lotfi Lagha, deux des 12 Tunisiens détenus par les autorités américaines à Guantánamo Bay (Cuba), ont été renvoyés en Tunisie en juin. Arrêtés à leur arrivée, ils ont été placés en détention dans les locaux de la Direction de la sûreté de l'État du ministère de l'Intérieur, où ils auraient été torturés et contraints de signer des déclarations. Abdellah al Hajji s'est plaint d'avoir été privé de sommeil et frappé au visage. Il a ajouté que des agents de la Direction de la sûreté de l'État avaient menacé de violer sa femme et ses filles. Déclaré coupable, en octobre, d'appartenance à une organisation terroriste opérant à l'étranger, Lotfi Lagha a été condamné à trois ans d'emprisonnement. Abdellah al Hajji, qui avait interjeté appel d'une condamnation à dix ans d'emprisonnement prononcée par contumace en 1995, a été rejugé par un tribunal militaire de Tunis. Déclaré coupable, en novembre, d'appartenance, en temps de paix, à une organisation terroriste opérant à l'étranger, il a été condamné à sept ans d'emprisonnement.
Neuf Tunisiens renvoyés d'Égypte en janvier et en mars auraient été détenus aux fins d'interrogatoire, dans certains cas pendant plusieurs semaines. La plupart d'entre eux ont été libérés, mais deux au moins – Ayman Hkiri et Adam Boukadida – étaient maintenus en détention à la fin de l'année dans l'attente de leur procès. Ces hommes avaient été arrêtés en Égypte en novembre 2006 avec d'autres étudiants égyptiens et étrangers. Ils auraient été torturés alors qu'ils étaient interrogés à propos d'un complot présumé en vue de recruter des personnes en Égypte et de les envoyer en Irak combattre les troupes de la coalition emmenée par les États-Unis.
Système judiciaire
Les procès des suspects accusés d'activités terroristes, dont certains se sont déroulés devant des tribunaux militaires, étaient le plus souvent inéquitables et débouchaient généralement sur des condamnations à de lourdes peines d'emprisonnement. Parmi les accusés figuraient des personnes arrêtées en Tunisie ainsi que des Tunisiens renvoyés contre leur gré par les autorités d'autres pays, notamment de France, d'Italie et des États-Unis, alors qu'ils risquaient d'être victimes d'actes de torture. Les condamnations étaient souvent fondées sur des « aveux » obtenus durant la période de détention provisoire et que les accusés avaient rétractés à l'audience en affirmant qu'ils avaient été extorqués sous la torture. Les juges d'instruction et les tribunaux s'abstenaient systématiquement d'ordonner une enquête sur ce type d'allégations.
Seize civils au moins auraient été traduits devant le tribunal militaire de Tunis et condamnés à des peines allant jusqu'à onze ans d'emprisonnement. La plupart ont été déclarés coupables de liens avec des organisations terroristes opérant à l'étranger. Dans ces procès, non conformes aux normes internationales d'équité, le droit des accusés de se pourvoir en appel n'a pas été intégralement respecté.
En novembre, 30 hommes ont comparu devant le tribunal de première instance de Tunis dans le cadre de l'affaire dite « de Soliman ». Ils étaient accusés de toute une série d'infractions, notamment de complot en vue de renverser le gouvernement, utilisation d'armes à feu et appartenance à une organisation terroriste. Tous avaient été arrêtés en décembre 2006 et janvier 2007 à la suite d'affrontements armés entre les forces de sécurité et des membres présumés des Soldats d'Assad ibn al Fourat, un groupe armé. Ils se sont plaints d'avoir été torturés et maltraités durant leur garde à vue, qui s'est prolongée bien au-delà de la durée maximale légale de six jours. Leurs avocats ont demandé au juge d'instruction et au tribunal d'ordonner des examens médicaux de leurs clients en vue de constater des traces de torture, mais ces demandes ont été rejetées. Le 30 décembre, deux des accusés ont été condamnés à mort, huit à la détention à perpétuité et les autres à des peines allant de cinq à trente ans d'emprisonnement.
Libération de prisonniers politiques

Cent soixante-dix-neuf prisonniers politiques ont été remis en liberté. Selon les informations recueillies, une quinzaine avaient été maintenus en détention provisoire car on les soupçonnait d'appartenir au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), un groupe armé qui serait lié à Al Qaïda. Les autres étaient, pour la plupart, incarcérés depuis le début des années 1990 pour appartenance à l'organisation islamiste interdite Ennahda (Renaissance).
Torture et mauvais traitements

Comme les années précédentes, des cas de torture et de mauvais traitements infligés par des membres des forces de sécurité, et notamment de la Direction de la sûreté de l'État, ont été signalés. Les prisonniers maintenus au secret risquaient tout particulièrement d'être victimes de telles pratiques. Il n'était pas rare que les forces de sécurité ne respectent pas la durée maximale de la garde à vue, fixée à six jours, et maintiennent des personnes au secret pendant plusieurs semaines. De nombreux détenus se sont plaints d'avoir été torturés pendant leur garde à vue. Parmi les méthodes le plus souvent signalées figuraient les coups, la suspension dans des positions contorsionnées, les décharges électriques, la privation de sommeil, le viol et les menaces de viol de parentes des détenus. Les autorités n'ont pratiquement jamais mené d'enquête ni pris une quelconque mesure pour traduire en justice les tortionnaires présumés.
Mohamed Amine Jaziri, l'un des accusés dans « l'affaire de Soliman » (voir plus haut), a été arrêté le 24 décembre à Sidi Bouzid, au sud de Tunis. Il a été détenu au secret, dans un premier temps au poste de police de cette localité puis dans les locaux de la Direction de la sûreté de l'État à Tunis, jusqu'au 22 janvier. Les proches de cet homme se sont régulièrement enquis de son sort, mais les autorités ont nié le détenir jusqu'à sa remise en liberté. Mohamed Amine Jaziri a affirmé que pendant sa garde à vue il avait été frappé sur tout le corps et suspendu au plafond durant plusieurs heures, et qu'on lui avait administré des décharges électriques. Il a ajouté qu'on l'avait aspergé d'eau froide et privé de sommeil et qu'on lui avait recouvert la tête d'une cagoule sale durant les interrogatoires. Cet homme a été condamné en décembre à trente ans d'emprisonnement.
Conditions de détention

Selon certaines informations, de nombreux prisonniers politiques étaient victimes de discrimination et subissaient des conditions de détention très pénibles. Certains ont observé une grève de la faim pour protester contre les sévices infligés par les gardiens, la privation de soins médicaux, l'interruption des visites de leur famille ainsi que la dureté des conditions carcérales, tout particulièrement le maintien prolongé à l'isolement.
En octobre, Ousama Abbadi, Ramzi el Aifi, Oualid Layouni et Mahdi Ben Elhaj Ali auraient été frappés à coups de poing et de pied et ligotés par des surveillants de la prison de Mornaguia. Lorsque l'avocat d'Ousama Abbadi lui a rendu visite, il a constaté que son client était grièvement blessé à l'œil et présentait une blessure ouverte profonde à la jambe ; il était dans un fauteuil roulant, incapable de se tenir debout. D'autres détenus de la prison de Mornaguia auraient été entièrement dévêtus par des gardiens et traînés dans un couloir le long des cellules. Aucune enquête n'a semble-t-il été effectuée, malgré les plaintes déposées par les avocats des détenus.

Liberté d'expression

La liberté d'expression restait soumise à de sévères restrictions. Plusieurs centaines de prisonniers politiques continuaient de purger des peines d'emprisonnement en raison de leur implication, réelle ou supposée, dans des activités pacifiques d'opposition au gouvernement.
Liberté de la presse
Les rédacteurs en chef et les journalistes exerçaient leur profession dans un climat d'intimidation et de peur. Des publications étrangères ont été censurées et des journalistes qui critiquaient le gouvernement ont été la cible de campagnes de dénigrement ou de poursuites pénales pour diffamation. Des journalistes ont été empêchés, y compris par la force, d'assister à des manifestations organisées par des organisations indépendantes de défense des droits humains ou au cours desquelles le régime allait être mis en cause, et d'en rendre compte.
À l'issue d'un procès inéquitable, un tribunal de Sakiet Ezzit (gouvernorat de Sfax) a condamné, en décembre, le journaliste indépendant Slim Boukhdir à une peine d'un an d'emprisonnement. Cet homme comparaissait pour « outrage à un fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions », « atteinte à la moralité publique » et « refus de présenter sa carte d'identité ». Il a été arrêté le 26 novembre alors qu'il se rendait de Sfax à Tunis à la suite d'une convocation pour récupérer son passeport. Au cours de l'année, Slim Boukhdir avait signalé avoir reçu des menaces de mort après avoir accordé un entretien à Al Hiwar, une chaîne de télévision basée au Royaume-Uni, dans lequel il critiquait des membres de la famille du président Ben Ali. Il avait été agressé par des policiers en civil la semaine précédant ces menaces.
Les autorités continuaient de bloquer l'accès à un certain nombre de sites Internet qui diffusaient des critiques politiques, entre autres, du gouvernement, avançant des raisons de « sécurité » ou arguant de leur contenu « nocif ». Les sites Internet de journaux et d'organisations de défense des droits humains locales et internationales tout à fait respectables étaient parmi ceux dont l'accès était bloqué.
Liberté religieuse
La liberté d'expression des croyances religieuses était restreinte. Des femmes portant le hijab (voile islamique) ont été harcelées. Certaines ont été contraintes de l'ôter avant d'être autorisées à entrer dans une école, une université ou un lieu de travail, et d'autres ont dû l'enlever dans la rue. En mai, des femmes qui portaient le hijab se sont vu refuser l'entrée à la Foire internationale du livre de Tunis. Des femmes ont affirmé qu'elles avaient été conduites dans des postes de police où on leur aurait demandé de s'engager par écrit à ne plus porter le hijab ; certaines qui avaient refusé ont été brutalisées par des policiers.
Défenseurs des droits humains
Les autorités ont fortement entravé les activités des organisations de défense des droits humains. Les lignes téléphoniques et les connexions Internet de ces organisations étaient régulièrement interrompues ou perturbées, ce qui les empêchait de communiquer avec des personnes en Tunisie et à l'étranger. Des défenseurs des droits humains ont été harcelés et intimidés. Certains d'entre eux, de même que leur famille, étaient soumis à une surveillance constante de membres des forces de sécurité qui, dans certains cas, les brutalisaient.
En mai, Raouf Ayadi, avocat et défenseur des droits humains, a été agressé par un policier alors qu'il allait entrer dans une salle d'audience pour assurer la défense d'une personne accusée d'activités terroristes. Sa voiture a été saccagée au mois de juin. En novembre, Raouf Ayadi a été insulté, jeté par terre et traîné par des policiers qui voulaient l'empêcher de rendre visite à un militant des droits humains et à un journaliste qui observaient une grève de la faim pour protester contre le refus des autorités de leur délivrer un passeport. Les autorités n'ont pris aucune mesure contre les responsables des agressions dont cet avocat a été victime.
Mohammed Abbou, avocat et défenseur des droits humains, a été libéré en juillet après avoir purgé vingt-huit mois de la peine de trois ans et demi d'emprisonnement à laquelle il avait été condamné en avril 2005 à l'issue d'un procès inéquitable. Après sa remise en liberté conditionnelle, il a été empêché de quitter le pays à trois reprises au moins.
Peine de mort
Trois condamnations à mort ont été prononcées, ce qui portait, semble-t-il, à plus de 100 le nombre total de prisonniers sous le coup d'une sentence capitale. Aucune exécution n'a été signalée.
En mars, le ministre de la Justice et des Droits de l'homme a déclaré que le gouvernement n'était pas favorable à l'abolition de la peine de mort. En juin, une Coalition nationale contre la peine de mort a été formée par des organisations tunisiennes de défense des droits humains, dont la section tunisienne d'Amnesty International. En novembre, le représentant de la Tunisie n'a pas pris part au vote d'une résolution des Nations unies préconisant un moratoire au niveau mondial sur les exécutions.
Visites et documents d'Amnesty International
Des représentants d'Amnesty International se sont rendus en Tunisie en juin et juillet, ainsi qu'en novembre et décembre. Ils ont rencontré des défenseurs des droits humains, des victimes de violations et leurs proches ainsi que des responsables des pouvoirs publics et des représentants des pays de l'Union européenne.

Par AMNESTY INTRENATIONAL - Publié dans : RAPPORTS
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Dimanche 9 novembre 2008

Nous venons d'apprendre avec colère et consternation les sévices sexuels dans les geôles de Ben Ali dont a été victime une journaliste militante membre du Forum démocratique pour le travail et la liberté (FDLT), et membre de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie (ALTT) suite aux manifestations de soutien aux syndicalistes du bassin minier de Gafsa.
Dans une interview accordée au quotidien suisse Le Temps, quelques heures après sa libération, Madame Dhifaoui a eu le courage de parler avec pudeur de son calvaire : «J'ai passé trois mois et dix jours à la prison de Gafsa. Au début, j'ai été violée. Aujourd'hui, je suis en bonne santé, mon moral est bon et je n'ai qu'une idée en tête: continuer mon travail de journaliste et de politicienne. Mais je ne sais pas si j'aurai le droit de le faire.» (Voir Le Temps du 7 novembre 2008, et Tunisnews, même date, interview accordée à Isolda Agazzi, InfoSud).
Nous savons que la plupart des autres détenus dans la même affaire ont aussi été torturés, comme l'ont été et le sont encore une importante proportion des prisonniers politiques depuis l'accession du général Ben Ali aux affaires en 1984.
La torture et le viol pratiqués à grande échelle en Tunisie benalienne constituent selon les critères de l'ONU un crime contre l'humanité. Ils constituent aussi des armes faciles mais efficaces entre les mains du règime pour semer la terreur dans tout le pays. Ben Ali l'a compris depuis qu'il a pris ses fonctions de premier flic en 1984. La torture est pour lui la baguette magique qui fait de tout Tunisien un mouton, parce que humilié et terrorisé.
Nous demandons que ces crimes qui perdurent depuis 24 ans en Tunisie – pour ne compter que le règne benalien - soient dénoncés et combattus avec la dernière énergie par tous les Tunisiens.
Nous demandons que le premier responsable de ces crimes et donneur d'ordre le général Ben Ali soit arrêté et jugé avec ses complices et exécuteurs devant la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité.
Nous demandons aux militants de se mobiliser sérieusement contre ces fléaux que sont la torture et le viol des femmes qui gangrènent toute notre société et qui sont la clé de voûte de tout le système de terreur policière.
Nous exprimons à Madame Zakia Dhifaoui les sentiments de notre solidarité et nous lui apportons notre sympathie pour ce qu'elle a subi de la part de brutes inhumaines, et nous l'encourageons à porter plainte auprès de la Cour pénale internationale contre ses bourreaux et contre leurs donneurs d'ordres.

Le Bureau
Paris, le 9 novembre 2008

Collectif de la Communauté Tunisienne en Europe
1 rue Cassini – 75014 Paris – Tél . 01 43 29 68 98

 

Par Mondher SFAR - Publié dans : ESPACE INFO
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Samedi 1 novembre 2008

Après la tenue de la deuxième réunion préparatoire du Sommet mondial de la société de l'information ( SMSI ) à Tunis en novembre 2005, les relations diplomatiques se sont dégradées entre le gouvernement de Ben Ali et la Suisse, co-organisatrice de cette manifestation sous l'égide des Nations Unies.
Président de la Confédération hèlvétique durant cette période, Samuel Schmidt n' a pas hésité, à Tunis même et en direct à la télévision du pays, de demander l' application concrète des fondements du SMSI, à savoir l' ouverture à la liberté des médias, le libre partage des informations, du savoir et des opinions sur Internet, ici  même, en Tunisie. Il s' est ensuite prononcé pour la mise en exergue, durant cette deuxième phase tunisienne du Sommet sur la société de l'information, de l' article 19 de la Déclaration universelle des droits humains, précisant que la liberté d' expression constitue un droit humain fondamental dans toute société réellement démocratique.
Son discour en direct sur la chaine tunisienne 7 a été coupé, l' ambassadeur tunisien à Berne rappelé et un chargé d' affaires l' a remplacé pour expédier les affaires courantes jusqu' à la nomination de Mme Rafi'a El Imam Bawandi en tant que nouvelle ambassadrice à la fin de cet été 2008.

Cet incident a fait le tour de la planète et discrédité le pouvoir tunisien qui, sous le coup de la colère de ses dirigeants, a démontré clairement qu' il ne tolètre aucune critique et qu' il est véritablement répressif. Le rappel de l' ambassadeur tunisien à Berne et la vacance  de cette charge durant près de trois ans n' a été profitable ni aux immigrés tunisiens travaillant et résidant en Suisse, ni aux échanges économiques entre les deux pays ni à l'investissement suisse en Tunisie.

La colonie tunisienne en Suisse s' attendait à ce que la nouvelle ambassadrice Mme Rafi'a El Imam Bawandi allait se réunir avec ses membres, s' enquérir de leurs besoins et de leurs conditions, entendre leurs doléances et essayer de résoudre leurs nombreux problèmes. Peine perdue et l' ambassadrice de Tunisie à Berne s' est contentée d' envoyer à chacun des Tunisiens de Suisse cette invitation, datée du 18 septembre 2008 en tant qu' inauguration de son poste : " Dans le cadre de la bienveillance qu' accorde le président de la République Zine Eddine Ben Ali aux membres de la communauté tunisienne de l' étranger et notamment ceux de la deuxième et troisième génération pour leur permettre de célébrer les diverses fêtes musulmanes, ce qui leur permet de s'attacher encore plus à leur religion et à leur patrie, il nous plait de vous inviter à la soirée de célébration de la nuit du destin ( léalatou el kadr ), et ce le 25 septembre, à l' hotel Warwick, à Genève, à 21 heurs 30 ".

Faut-il rappeler ici qu' à Genève, où vivent près de 30.000 Arabes, il ya plusieurs lieus de prières et principalement la mosquée du Petit Saconnex, le Centre islamique et plusieurs associations islamistes. Les Tunisiens de la Cité de Calvin n' ont donc aucun problème pour célébrer la nuit du destin. Ils ont au contraire d ' autres préoccupations plus sérieuses à résoudre d' autant plus qu' ils manquent d' organisations, contrairement aux autres communautés étrangères, pour règler eux-mêmes leurs problèmes.

Que le gouvernement tunisien ait opté pour l' envahissement du champ islamique pour l' intègrer à son idéologie et couper ainsi l' herbe sous les pieds d' Ennahdha et d' autres courants religieux, c' est son choix bien que cette stratégie ne sert à long terme que les adeptes de Cheikh Ghannouchi et son clan. Mais delà à voir l' ambassadrice de Tunisie à Berne mettre en priorité la célébration de cette fête religieuse avant de se présenter à ses compatriotes résidant en Suisse et s' enquérir de leurs problèmes et de leur conditions de vie, c' est vraiment un comble et une mauvaise appréciation de ses actions diplomatiques et sociales.
Si notre ambassadrice à Berne rétorque qu'elle n' est pas là pour faire l' assistante sociale et que son travail est d'abord et surtout d' ordre diplomatique, alors on lui répondra qu' à ce moment, et pour être logique avec elle même, il ne faut pas qu' elle s' adonne à une mission de prosélytisme ni à une fonction de propagantisme de l' idéologie destourienne auprès des immigrés tunisiens en Suisse.

 Lorsqu' un nouveau ambassadeur débarque en Suisse, il est vite mis sous l' influence du personnel de l' ambassade qui lui présente la situation des Tunisiens résidant en Confédération hèlvétique sous les meilleurs auspices. C'est exactement comme losqu' on change de gouverneur ou de délégué dans les régions de  Tunisie, le oumda, le président de la municipalité, le secrétaire général du comité de coordination et les différents élus du parti au pouvoir RCD prennent en charge le nouveau nommé et lui cache la réalité du gouvernorat et de la délégation.

En Suisse, les Tunisiens y résidant sont livrés à eux-mêms et certains d' entr' eux ont fini par se diriger vers les organisations islamiques , la Mosqué du Petit Saconnex, le Centre islamique et l' association créée par les membres d' Ennahdha réfugiés en Confédération hèlvétique. Certains ne recoivent même pas une convocation pour les élections qui se passent dans le pays parce qu' ils sont opposants au régime de Ben Ali.
Et pourtant, les Tunisiens de Suisse envoie chaque année plus de dix millions de dinars dans leur pays. Ils demeurent ainsi de simples vaches à lait puisqu' ils ne bénéficient même pas d' une réduction sur les billets d' avion et de bateaux lors des vacances d' été et même de décembre, considérées comme des périodes de haute saison durant lesquelles toute faveur se trouve suspendue!

Houcine.ghali@bluewin.ch

Par Houcine Ghali / Genève - Publié dans : CHRONIQUE
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Vendredi 24 octobre 2008
Militante des droits humains, Radhia Nasraoui témoigne   «Le pays stable se lézarde»

Pour l’avocate, le régime de Ben Ali fait face à une crise sérieuse avec le mouvement social dans le bassin de Gafsa.

L'infatigable avocate des droits humains tunisienne Radhia Nasraoui était en nos murs ces derniers jours. L’occasion, pour elle, d’évoquer avec Le Soir une situation dont elle regrette le manque flagrant de publicité. Morceaux choisis.
Vous vous êtes impliquée dans les «événements du bassin de Gafsa», des troubles sociaux qui durent depuis janvier dans le sud-ouest de la Tunisie…
Ce qui s’est passé là-bas montre que cela va de mal en pis. Maintenant, «ils» osent tirer sur la foule (un mort) et cela n’a même pas attiré l’attention des chaînes de télévision françaises! Cela s’est passé le 6 juin à Redayef. Sans susciter d’enquête. Alors qu’une pierre lancée en direction d’un policier déchaîne une vague d’arrestations. Dans le cas du bassin minier de Gafsa, on compte quelque deux cents arrestations. Les chefs du mouvement de protestation sociale ont été torturés dès avril; j’ai personnellement vu des traces de torture et fait des photos.

Vous parlez d’acharnement…
Une militante des droits de l’homme, Zakia Dhifaoui, a par exemple été condamnée à de la prison ferme pour s’être trouvée au milieu d’une manifestation de femmes (8 mois réduits à 4,5 en appel). Le chef de la sécurité l’a menacée de viol et elle a dû signer un procès-verbal bidon. Le tribunal a refusé d’acter ses dires, ce qui prouve une fois de plus que les magistrats protègent les tortionnaires. Dans les cas les plus flagrants de torture, ils refusent les expertises médicales. La torture est prohibée par les textes légaux tunisiens, mais ceux-ci n’existent que pour conforter une belle image contraire à la réalité.

En quoi les événements de Gafsa seraient-ils importants?
Il y a déjà eu précédemment des mouvements de grève à travers la Tunisie, mais celui-ci est le plus important. Il démontre que la réputation de pays stable en plein essor économique se lézarde. Et il ne s’agit pas ici d’islamistes qu’on réprime: on parle de gens poussés par la misère et qui n’ont rien à perdre! La région est riche en phosphate mais la population n’en profite pas, à l’exception des proches du pouvoir. L’étincelle a été, le 5janvier, un recrutement après un concours d’embauche que les gens ont estimé falsifié, favorisant des pistonnés. Ça a été le tollé car le chômage est massif.

Comment a réagi le régime?
Après la répression, celui-ci s’est révélé très nerveux, tentant d’empêcher tout témoignage. En atteste ce qui est arrivé un journaliste de la petite chaîne par satellite Al Hiwar Attounsi qui avait réussi à diffuser des images de là-bas: il vit désormais dans la clandestinité car il est poursuivi pour avoir fait son métier d’informer. On dit que le président Ben Ali a renoncé à aller à Gafsa en raison du mécontentement de la population, laquelle a d’ailleurs chassé des hommes politiques dépêchés de Tunis.

Tunis, où la situation politique reste figée depuis vingt ans…
On aurait pu espérer qu’avec des élections présidentielles en 2009, un certain assouplissement serait perceptible. Mais non, au contraire, les libertés restent plus que jamais traquées. Des partis légaux et des associations de la société civile se retrouvent dans l’incapacité physique de se réunir. Le but est de démobiliser et de décourager. Mon propre cabinet d’avocat a été plusieurs fois encerclé et ma clientèle intimidée.

En 2005, pourtant, le collectif dit du 18 octobre a réuni diverses sensibilités de l’opposition après une grève de la faim…
C’est pourquoi, ces militants ne peuvent plus se réunir. Ils font peur au pouvoir car ils représentent en effet des tendances très variées, de gauche, nationaliste, libérale, islamiste, etc. Et ils sont arrivés à sortir des textes communs affirmant par exemple la nécessité de préserver les acquis des femmes ou la liberté de conscience. Cela ne fait pas les affaires du régime. Ben Ali ne veut pas de débat. Vous savez, si les Tunisiens jouissaient de la liberté de choisir, il ne resterait pas au pouvoir. Les Tunisiens savent qu’il ne demeure là où il est que par la force, la torture et l’emprisonnement. Même des policiers de base nous disent leur embarras. C’est le ras-le-bol car trop c’est trop.

Mais le régime tient…
Avec ses méthodes. Avec l’appui de l’Europe et d’abord de la France. Et dans le silence des médias européens peut-être dissuadés par le sort funeste d’un journaliste français sauvagement agressé en plein Tunis en octobre 2005.
BAUDOUIN LOOS
(Source : « Le Soir » (Quotidien – Bruxelles), le 22 octobre 2008)

Par BAUDOUIN LOOS - Publié dans : ESPACE INFO
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Mardi 21 octobre 2008
MAGHREB. La région, qui fait du pays le 4e producteur mondial de phosphate, est l'une des plus déshéritées du pays.

C'est le plus long mouvement social de la Tunisie moderne. Voilà huit mois que la population du bassin minier de Gafsa est en rébellion contre le «modèle économique tunisien». Dans un huis clos total, lycéens, étudiants, ouvriers, mères de famille multiplient les grèves et les manifestations pour protester contre le chômage, la corruption et la flambée des prix. Du côté des médias officiels, silence radio. Tandis que les forces de police ont ordre d'encercler, de harceler, voire d'arrêter les émeutiers et, surtout, de faire barrage aux journalistes trop curieux.
Le minerai extrait de ce bassin fait de la Tunisie le 4e producteur de phosphate du monde. Or la région est restée l'une des plus pauvres du pays. Pas d'infrastructures, si ce n'est une ligne de chemin de fer servant uniquement au transport des marchandises.
La Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) est, depuis le XIXe siècle, l'unique moteur économique de la région. Mais un plan d'ajustement structurel a réduit de 75% les effectifs de la compagnie. De 11000, les employés sont passés à 5000. Le chômage touche 40% des jeunes.
Tout est d'ailleurs parti d'eux, le 5 janvier 2008 dans la ville de Redeyef, suite à un concours d'embauche de la CPG, considéré comme truqué. Les jeunes nouvellement diplômés de la région décident alors d'occuper le siège local de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT). Ils sont rapidement rejoints par leurs familles, qui installent les tentes devant le bâtiment. Le mouvement ne cesse alors de s'amplifier.
Face à ce mouvement, le gouvernement opte pour deux priorités: éviter à tout prix que la protestation ne se propage dans les autres régions et que l'image du pays - 6,7 millions de touristes en 2007 - soit épargnée.
«La zone est interdite aux journalistes étrangers», explique Rachid Khechana, à la fois rédacteur en chef d'Al-Mawqif («L'opinion», l'un des trois journaux d'opposition du pays) et correspondant pour Swissinfo ainsi que pour Al-Hayat, quotidien panarabe basé à Londres. «Les autorités ne veulent pas étaler le scandale à l'extérieur. Si les infos sont diffusées hors du pays, la situation n'est plus maîtrisable. Mais, tant qu'il s'agit d'un journal local, on peut toujours le confisquer dans les kiosques.» Grâce à ce black-out total, il n'y a, aux yeux du monde, ni émeutes, ni arrestations, ni procès.
Pourtant, une équipe de la TV pirate Al Hiwar Attounisi (ndlr: «le dialogue tunisien») parvient tout de même à sortir des images de ces insurrections. Elles sont diffusées via satellite sur la chaîne italienne Arcoiris et sur France 3. Depuis, les journalistes de la chaîne tunisienne font l'objet de tracasseries et de tabassages répétés. Raison pour laquelle son directeur, Tahar ben Hassine, est venu témoigner, avec Rachid Khechana, cette semaine à Genève.
«Ces images sont les seules qui existent sur les insurrections de Gafsa, explique-t-il. Elles ont été prises clandestinement. Leur diffusion par satellite casse la stratégie du pouvoir. Le gouvernement veut donner l'impression que rien ne se passe à Gafsa. La police a l'ordre d'agir de manière dispersée afin de ne pas en faire un gros événement. Qui va savoir qu'ici un tel s'est fait tabasser ou que là-bas la caméra d'un journaliste a été fracassée? Un étau invisible se resserre ainsi sur la population.»
En mars, le président Ben Ali contre-attaque. Signe apparent d'apaisement, il limoge le gouverneur de Gafsa et, par la suite, le PDG de la Compagnie des phosphates. Et, en juillet, il s'engage à consacrer un pourcentage des revenus des exportations de phosphate à la construction d'une nouvelle cimenterie et de nouvelles infrastructures, avec à la clé des emplois pour la région. «Là, les médias officiels ont parlé de la région minière, ironise Rachid Khechana. C'est une des rares fois où Ben Ali a reconnu un problème social.»

Après cette initiative présidentielle, la tension baisse, avant de très vite remonter quand les familles réalisent la vacuité des promesses présidentielles. Une nouvelle vague d'arrestations s'abat alors sur la région. «Trente-huit représentants syndicaux attendent toujours leur jugement. Inculpés comme droits communs, ils peuvent encourir des peines très lourdes. L'un d'eux, Adnan Hajji, risque jusqu'à plusieurs dizaines d'années.»

Un journaliste d'Al-Hiwar, Fahem Boulkaddous, est aujourd'hui inculpé de «constitution de bande de malfaiteurs» et risque 10 ans de prison. «Cela juste parce qu'il a couvert le mouvement de protestation du bassin minier de Gafsa», remarque son directeur.
Les émeutes de Gafsa rencontrent un fort soutien de la société civile et des avocats. Ces derniers se déplacent à tour de rôle de Tunis - dix heures de route aller-retour - pour suivre les procès et défendre les détenus.
(Source : «Le Temps », (Quotidien – Suisse), le 16 octobre 2008)
Lien : www.letemps.ch
Par Carole Vann, InfoSud - Publié dans : ESPACE INFO
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Dimanche 12 octobre 2008

Le site Internet du magazine Kalima (http://www.kalimatunisie.com/) est inaccessible depuis le 8 octobre 2008. “C’est la première fois que nous subissons une attaque de cette ampleur. Notre fournisseur d’accès ne comprend pas ce qui s’est passé”, a déclaré Sihem Bensedrine, la journaliste fondatrice du Webmagazine en ligne depuis 2000, à Reporters sans frontières.
Le 7 octobre, la rédaction a publié un reportage sur des incidents violents qui se sont déroulés devant le palais de justice de Tunis, montrant des forces de l’ordre frapper des détenus sous les yeux des magistrats. D’après la journaliste, cette attaque pourrait être un moyen de censurer cette information.
En 2007, le blog Tunisia Watch de Mokhtar Yahyaoui a connu une attaque de la même ampleur. En mai 2008, le site Internet Come4News a été bloqué en raison de la publication d’articles de ce blog sur sa plateforme. Il y a six mois, TunisNews a également subi la même attaque.

Voici le reportage du 7 octobre 2008 publié par Kalima en français :

Des prévenus passés à tabac en pleine audience de la cour d’appel de Tunis

Aujourd’hui 7 octobre, la cour d’appel de Tunis a été le théâtre d’actes de violences graves exercées par les agents de la police politique sur des prévenus, en pleine audience, et avec la caution du président de la chambre Manoubi Hmidane.
Quatre jeunes (âgés entre 24 et 30 ans) accusés de terrorisme refusaient de comparaître devant ce juge, mettant en cause son impartialité. Ce dernier, après avoir mis en délibéré l’affaire est revenu sur sa décision et renvoyé à nouveau l’affaire pour plaidoirie au 7 octobre ; Cette décision qui contrevient aux procédures semble avoir été dictée d’en haut dans le but de mettre un terme à ces comportement de « contestation » d’une justice aux ordres qui commence à faire tache d’huile dans les procès à caractère politique.
Pressentant que les accusés allaient probablement refuser à nouveau de se présenter devant la cour, il a décidé le huis clos lors de cette audience ; Après avoir fait évacuer la salle, il a ordonné d’amener de force les prévenus, qui effectivement avaient refusé de monter des geôles du palais de justice. Les policiers déployés en nombre impressionnant à l’intérieur et à l’extérieur du palais ont usé de violences pour conduire les prévenus dans la salle d’audience et avaient continué à les frapper sous les yeux du président de la cour sans qu’il ne bronche. Les avocats présents, scandalisées par de telles brutalités, ont fait appel à maître Kilani, représentant l’ordre des avocats qui a formellement protesté, affirmant que ces pratiques « déshonorent la justice tunisienne » et exigé que les protestations de la défense soit consignées au PV. Le Président a alors décidé de lever la séance en accusant le président de la section de Tunis de l’ordre des avocats d’atteinte à la cour et de diffamation du corps de la police. Les accusés ont alors été reconduits en geôles et lors de la reprise de l’audience, ils ont été ramenés menottés et ont subi un nouveau passage à tabac sous les regards choqués des avocats et le regard approbateur de Manoubi Hmidane. La défense a demandé le renvoi de l’affaire pour formuler une demande de « prise à partie » (contestation de la cour) étant donné que la cour à démontré son absence de neutralité. Mais le président a refusé de donner suite à la demande des avocats et poursuivi la lecture de l’acte d’accusation. C’est alors que la défense a décidé de se retirer en bloc. Plusieurs ONG de défense de droits humains (CNLT, AISP, ALT, LE) ont décidé de publier un communiqué commun de dénonciation de ces actes inqualifiables.
Kalima Tunisie
 
(Source: Le site de "Reporteurs sans frontières" le 10 octobre 2008)
 

Par Reporteurs sans frontières - Publié dans : ESPACE INFO
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Vendredi 10 octobre 2008

Il y a 17 ans jour pour jour, le 8 octobre 1991, vers midi, une voiture banalisée s'arrête en trombe devant le poste de la Garde nationale de Nabeul, à la sortie de la ville en direction de Tunis. Des agents en civil en descendent, traînant un jeune homme en slip, le visage ensanglanté. Dans le bureau d'accueil, des agents s'alertent les uns les autres en hurlant, dans une mise en scène bien élaborée. Ils se ruent sur le jeune homme recroquevillé par terre, toujours menotté, protégeant instinctivement son visage et tremblant de froid et d'effroi. Après une bastonnade en règle, Faïsal est introduit au bureau du chef de la Brigade de Recherches – al abhath wattaftich -, le capitaine Abdelfattah LADIB. Une huitaine d'agents se relaieront sur lui durant toute l'après-midi. Jusqu’à ce que mort s’ensuive.
La reconstitution du crime aboutit au scénario suivant avec une probabilité d'erreur proche de zéro: au bout de quelques heures d'agressions physiques systématiques, l'un des agents - une enquête sérieuse devra déterminer son  identité - a introduit un long objet pointu dans l'anus de la victime sur une profondeur d'au moins quinze centimètres, parcourant le rectum et perforant mortellement l'intestin.
Le Comité contre la Torture (CAT), au bout de cinq années et demi de procédure*, a reproché à Tunis ses manquements à la Convention contre la Torture, dans cette affaire. Il a épinglé le système, du procureur de Grombalia au ministre de la justice. Il a demandé au gouvernement tunisien de procéder à l'exhumation du squelette - sous le contrôle des médecins qui ont déjà étudié le cas - en vue de départager les deux thèses : soit il s'agit d'un accident de la route et on trouvera des os fracturés, les os se conservant plusieurs centaines d'années; soit il s'agit d'une agression délibérée et les os s'avéreront intacts.
Si jamais la vérité venait à être admise par quelque gouvernement tunisien, la victime réhabilitée et sa famille équitablement indemnisée, ce sera - on ne le rappellera jamais assez - grâce à l’action et à la ténacité d’Amnesty
International et du Département Maghreb/Moyen-Orient en particulier. Sans l’engagement et le professionnalisme de la prestigieuse organisation, Faïsal Barakat aurait sombré dans l’oubli.
En 2002, une lettre a été envoyée par la Coalition des ONG internationales contre la torture (CINAT : Amnesty International, OMCT, APT, REDRESS et FI-ACAT) au président du Comité, le canadien Burns, lui demandant d'agir en vue d'amener le gouvernement de Tunis à coopérer avec le Comité. L'on croit savoir que ce dernier a convoqué un représentant du gouvernement tunisien pour une entrevue apparemment restée vaine.

Le gouvernement joue l’obstruction systématique face au Comité contre la Torture, qui n'a jamais déclaré l'affaire close. C’est pourquoi l’affaire est en voie d’être relancée auprès des tribunaux tunisiens. Ce n’est pas que l’on accorde le moindre crédit à cette justice, mais juste le moyen de démontrer par la preuve immédiate, à l’attention d’organismes intergouvernementaux, que c’est bien le gouvernement de Tunis en tant que tel qui fait obstruction à une vérité facile à établir, mais dépendant de sa seule volonté.
Cela dit, il revient à la société civile tunisienne , d’appuyer le combat de la famille martyrisée en vue d’établir – officiellement et sans le moindre doute possible – une vérité devenue secret de polichinelle. Dans ce rude combat qui
s’annonce, les BARAKAT auront besoin de la présence de tous, hormis les mezrifiés, recrues tardives d’un pouvoir calcifié et faux témoins, orfèvres dans l’art de baiser la main monstrueuse qu’ils ont si longtemps mordue.
Aussi, nous appelons l’ALTT, la LTDH, Liberté-Equité, l’AISPP, RAID, Amnesty Tunisie, ainsi que les partis politiques de toutes tendances, à manifester leur soutien effectif à la famille. Des actions exigeant du gouvernement de Tunis qu’il se conforme aux décisions du Comité contre la torture seront très utiles pour accélérer ce processus inexorable vers la vérité. Nous voudrions espérer que les ONG et les médias tunisiens et internationaux se joindront à ce mouvement en vue de permettre enfin à la famille de vivre un deuil qui n’a jamais eu lieu et n’aura lieu que si la vérité est définitivement mise au jour et reconnue.

Khaled BEN M’BAREK, Coordinateur
Auteur des Communications CAT 14/1994 & CAT 60/1996


* Les liens suivants portent les textes du Comité contre la Torture sur l'affaire Barakat :

http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf/23a89bf90e53e6ccc125656300593189/46b5caf9f05f83f9802567a6004cfd23?OpenDocument&Highlight=0,barakat


http://www.unhchr.ch/tbs/doc.nsf/23a89bf90e53e6ccc125656300593189/3a3747c41a942b8e802568b8005058fb?OpenDocument&Highlight=0,60%2F1996

Par Khaled BEN M’BAREK - Publié dans : ESPACE INFO
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Mardi 7 octobre 2008

Nous publions ci-dessous la réaction de l’ambassadeur de Tunisie à notre interview à Radhia Nasraoui, "L’antiterrorisme favorise a montée de l’islamisme" (voir ci-dessous) :

Monsieur le Directeur,
Suite aux allégations publiées par votre agence le 19 septembre 2008 sous le titre « L’antiterrorisme favorise la montée de l’islamisme », nous vous prions de porter les précisions suivantes à la connaissance de vos lecteurs :
1-Me Nasraoui prétend que la loi du 10 décembre 2003 relative au soutien des efforts internationaux de lutte contre le terrorisme et à la répression du blanchiment d’argent « permet d’emprisonner les gens sans qu’il n’y ait des charges contre eux » et que « les autorités peuvent accuser n’importe qui d’appartenance aux réseaux terroristes sans preuves ».
Or, il n’en est rien et de telles allégations sont dépourvues de tout fondement juridique. En effet, la loi du 10 décembre 2003 portant soutien aux efforts internationaux de lutte contre le terrorisme et à la répression du blanchiment d’argent ne prévoit aucune disposition dérogatoire au régime normal de la preuve en matière pénale qui demeure régi par le code de procédure pénale. De même, la loi de 2003 ne contient aucune disposition permettant « d’emprisonner les gens sans qu’il n’y ait des charges contre eux ».
En effet, cette loi ne porte aucunement atteinte aux garanties fondamentales dont jouissent les prévenus. Il ne s’agit ni d’une loi d’exception ni d’une loi dérogatoire aux principes fondamentaux du respect de la liberté et de la dignité des personnes, étant donné qu’elle est en parfaite conformité avec l’article 12 de la Constitution tunisienne qui « interdit de soumettre quiconque à une garde à vue ou à une détention arbitraire » et dispose expressément que « la garde à vue est soumise au contrôle judiciaire » et qu’il « ne peut être procédé à la détention préventive que sur ordre juridictionnel ».
Par ailleurs, et contrairement à ce qui a été allégué par Me Nasraoui, la garde à vue des personnes impliquées dans des crimes terroristes ne relève pas de la loi du 10 décembre 2003 mais du code de procédure pénale, qui ne prévoit aucune disposition dérogatoire au droit commun pour les infractions terroristes. En plus, l’article 13 bis dudit code prévoit toute une série de garanties qui cantonnent la garde à vue dans des limites très strictes (durée limitée à trois jours qui ne peut être prorogée qu’une seule fois pour une durée n’excédant pas trois jours sur autorisation écrite et motivée du procureur de la République, obligation de faire mention de la garde à vue dans un registre spécial soumis au contrôle de la justice, obligation d’informer immédiatement les membres de la famille de la personne gardée à vue, droit de la personne gardée à vue de demander à être soumise à un examen médical…).
2-Me Nasraoui affirme, par ailleurs, que la loi du 10 décembre 2003 « viole les principes élémentaires permettant d’assurer des procès équitables ». Cette affirmation est entièrement fausse. En effet :
- La loi tunisienne du 10 décembre 2003, contrairement aux législations en vigueur dans d’autres pays, n’a pas institué de délais de garde à vue ou de détention préventive dérogatoires aux délais applicables aux crimes autres que les crimes terroristes.
- De même, cette loi n’a pas institué de tribunaux d’exception et a conféré la compétence pour juger les crimes terroristes aux tribunaux de droit commun.
- Conformément à cette loi, l’assistance d’un avocat est obligatoire. Les personnes poursuivies pour infractions terroristes jouissent de ce droit.
- La tenue d’audiences publiques est également un principe fondamental qui n’a pas été touché par la loi du 10 décembre 2003.
- Les procès des crimes terroristes sont des procès contradictoires permettant de discuter les éléments à charge et à décharge.
- La garantie du double degré de juridiction est également un principe fondamental permettant le réexamen du procès en totalité devant une formation judiciaire supérieure.
- Le recours en cassation est en outre prévu.
3-Me Nasraoui prétend aussi que la loi du 10 décembre 2003 permet aux magistrats, aux témoins et aux enquêteurs de cacher leur identité ce qui priverait les personnes inculpées du droit de récuser le juge ou le témoin.
Il convient de préciser, à cet égard, que la loi de 2003 n’a prévu la possibilité de ne pas dévoiler l’identité de témoins, de magistrats et d’officiers de police judiciaire que dans l’unique but de leur procurer la protection nécessaire contre les dangers qu’ils pourraient affronter ; étant bien entendu que plusieurs conventions internationales, notamment la convention internationale pour la lutte contre la criminalité transnationale organisée, exigent d’assurer une telle protection aux témoins et à tous ceux qui concourent à la lutte contre ce genre de criminalité ainsi que leurs familles.
En outre, il y a lieu de souligner que la loi tunisienne de 2003 a entouré cette mesure de conditions très strictes qui rendent son application exceptionnelle. En effet, l’article 49 de ladite loi dispose clairement que la possibilité de ne pas dévoiler l’identité des magistrats et témoins ne peut être utilisée « qu’en cas de péril en la demeure ». Cette mesure n’est donc pas une mesure habituelle qui s’applique chaque fois qu’un procès pour crime terroriste est ouvert. C’est une mesure exceptionnelle qui ne peut être utilisée que si des circonstances extrêmement graves la justifient.
Aucune décision de justice ayant fait application de cette mesure exceptionnelle n’a été rendue, à ce jour. La loi de 2003 n’a fait que prévoir, en fin de compte, une mesure exceptionnelle pour parer à d’éventuels dangers sans toucher aux garanties des prévenus.
4-Il est également faux d’affirmer comme l’a fait Me Nasraoui, que la mesure permettant de ne pas dévoiler l’identité des magistrats et des officiers de police judiciaire prive le prévenu de son droit de récuser le magistrat ou de porter plainte contre l’officier de police judiciaire.
En effet, l’article 52 de la loi de 2003 consacre expressément le droit du prévenu ou de son conseil de demander à l’autorité judiciaire saisie de l’affaire que les identités qui ont été tenues secrètes leur soient révélées.
De ce fait, dire que la loi de 2003 prive le prévenu de son droit de récuser le magistrat ou de porter plainte contre l’officier de police judiciaire revient tout simplement à faire dire à la loi ce qu’elle n’a jamais dit. Le législateur tunisien a essayé d’instaurer un équilibre entre la protection des magistrats, officiers de police judiciaire et témoins, d’une part, et les droits de la défense des prévenus, d’autre part. Le droit à la récusation n’a jamais été remis en cause puisque le prévenu peut demander la révélation des identités tenues secrètes.
5-Me Nasraoui prétend également que la loi de 2003 porte atteinte au secret professionnel de l’avocat en l’obligeant à dénoncer les personnes soupçonnées d’avoir commis des infractions terroristes. Or, cette affirmation est dénuée de tout fondement.
La loi du 7 septembre 1989 portant organisation de la profession d’avocat est un texte spécial qui exclut l’application du texte général. C’est là un principe de droit que tout juriste connaît parfaitement.
De ce fait, tout ce qui a été dit par Me Nasraoui ne repose sur aucun fondement, et il aurait été souhaitable et déontologiquement indiqué, de vérifier ces allégations avant publication.
Vous remerciant des dispositions que vous prendrez pour publier le présent droit de réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur, nos meilleures salutations.

L’Ambassadeur Rafiaâ Limam Baouendi
(Source: « InfoSud » (Agence de presse – Suisse), le 25 septembre 2008)
Lien : http://www.tunisnews.net/nyvers/newsletter/newsletters/

Par INFO SUD - Publié dans : ESPACE INFO
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Mardi 7 octobre 2008

L’interview avec Radhia Nasraoui :

14 septembre 08 -
De passage à Genève dans le cadre de la session d’automne du Conseil des droits de l’homme, l’avocate Radhia Nasraoui témoigne des dérives persistantes de la lutte contre le terrorisme menée en Tunisie. Propos recueillis par Carole Vann/Tribune des droits humains –
En marge de la 9ème session du Conseil des droits de l’homme, Amnesty International, la Commission internationale des juristes et la Fédération internationale des droits de l’homme, organisaient vendredi 12 septembre une table ronde sur les violations persistantes commises au nom de la lutte contre le terrorisme.
L’une des participantes, l’avocate tunisienne Radhia Nasraoui, fondatrice de l’Association de lutte contre la torture en Tunisie (ALTT), explique les répercussions du 11 septembre sur la profession des magistrats dans son pays. Interview.
Qu’est-ce que les attentats du 11 septembre ont changé en Tunisie ?

Une loi « relative à la contribution à l’effort international de lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent », entrée en vigueur le 10 décembre 2003 permet d’emprisonner les gens sans qu’il n’y ait de charges contre eux. Les autorités peuvent accuser n’importe qui d’appartenance aux réseaux terroristes sans preuves.
Cette loi viole les principes élémentaires permettant d’assurer des procès équitables. Elle permet aux magistrats, témoins, enquêteurs de cacher leur identité sous prétexte de mesures de protection. Du coup, la personnes inculpée est privée de son droit de récuser un juge ou un témoin.
Normalement, en Tunisie, une personne peut récuser un juge ou un témoin pour manque d’objectivité si elle peut prouver qu’ils ont, par exemple, un litige familial ou de voisinage.
De même avec cette nouvelle loi, si l’enquêteur pratique des actes inhumains sur l’inculpé, ce dernier n’a plus la possibilité de porter plainte contre son tortionnaire puisqu’il ne peut l’identifier.
Autre problème : l’atteinte au secret professionnel des avocats. La loi au 10 décembre prévoit que quiconque ne dénonce pas une personne susceptible d’être dans des réseaux terroristes, cela même si elle est tenue au secret professionnel, est punissable de 5 ans de prison ou plus. Le rôle de l’avocat est presque anéanti.

Est-ce que ces abus des autorités entraînent une montée de l’islamisme en Tunisie ?

Absolument. Beaucoup de jeunes que je défends n’étaient pas pratiquants avant d’entrer en prison. Ils n’avaient aucune activité politique et ne considéraient pas du tout le pouvoir comme ennemi. Mais les tortures et mauvais traitements les ont tellement humiliés qu’ils sont maintenant sous influence des détenus salafistes [salafisme, mouvement revendiqué par les Frères musulmans qui prône un retour aux sources de l’islam] Ces jeunes détenus me disent : j’ai été arrêté injustement. Si un jour je sors de prison, je combattrai ce régime.

Il y a pourtant des gens intelligents au pouvoir. Comment expliquez-vous une telle dérive ?

Le pouvoir a besoin de créer des « terroristes » pour se présenter aux gouvernements européens et aux Américains comme le rempart contre le terrorisme. Leur message : « Nous emprisonnons tous ceux qui peuvent constituer un danger pour vous. Vous devez nous y aider. » C’est ainsi que Ben Ali parvient à rester président à vie. Ce régime n’a pas de vision à long terme.

Lors de son Examen périodique universel devant le Conseil des droits de l’homme en mars dernier, la Tunisie s’est engagée à inviter le rapporteur spécial chargé de la protection des libertés dans la lutte contre le terrorisme. Elle a aussi invité Human Rights Watch à visiter ses prisons. Ces visites ont-elle eu lieu ?

Le gouvernement tunisien n’a pas encore trouvé d’accord avec Human Rights Watch. Et rien n’a encore été fixé pour le rapporteur spécial.

Il semble que la peine capitale n’est plus appliquée en Tunisie. Pourtant il y a eu plusieurs condamnations à mort en 2008. Qu’en est-il ?
Il y a bien eu une dizaine de condamnations à mort cette année. La Tunisie se targue de ne plus appliquer la peine capitale, mais près d’une centaine de condamnés attendent dans les couloirs de la mort dans des conditions inhumaines, certains y sont depuis plus de dix ans. Ils n’ont droit à aucune visite ni de leur famille ni de leur avocat. Ils ne peuvent recevoir aucun courrier. Ils sont coupés de tout contact avec l’extérieur, certains en perdent la raison.
(Source: « Tribune des Droits Humains » (Suisse), le 14 septembre 2008)
Lien : http://www.droitshumains-geneve.info/L-antiterrorisme-favorise-la,3470

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